‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 36 sur 72 · Palissades de camp des Grecs et des anciens Romains · texte numérisé non relu

Palissades de camp des Grecs et des anciens Romains

— D'après Poltbe et Tits-Live ^, la palissade, chez les Romains de la République, était formée de troncs d'arbres (valli), munis de branches appointées et plantées venicalement en terre. Cette barricade (vallum) des camps romains constituait une excellente défense contre les surprises, quoique restant incapable de résister au fer et au feu, comme toutes les fortitications de bois. Mais ordinairement ce rempart n'était pas immédiatement abordable; il surmontait un remblai de terre (agger), précédé d'un fossé (fossa)^.

Les Grecs, paraît-il, étaient moins habiles que les Romain? dans l'organisation de ces défenses. Leurs pieux, trop gros et trop branchus, étaient difficilement transporiables. Au contraire, les valli romains pouvaient être portés par les légionnaires. Chez les Grecs, les pieux, mis en place, se ti'ouvaient trop espacés», peu aiguisés et mal reliés entre eux. Aussi, quand k ligne se trouvait une fois rompue pendant le combat, ie dommage était-il irréparable, tandis que les Romains la rétabhssaient avec facilité. Une défense de cette espèce, cependant, permit à Euphaës de résister aux Lacédémoniens dans la première guerre de Messénie. Ceux-ci durent même, rapporte Pau- SÂNiAs *, l'énoncer à attaquer le retranchement en bois que le général messénien avait fait construire autour de son camp par les esclaves (^30).

70. Les palissades romaines et daces de la colonne Tra- Jane. — Les Daces, d'origine thrace, sont mentionnés pour la première fois par les histoiiens dans les commentaires de Césàa

i. Rosellini, I Monam., pi. LXXXVII, et t. lU, M. H., p. 132, 222. i-au PiÀfbù, XVIli, i; nte-Live, XXXIIl, b.^3. Ci. Mw^aelex, GMtraB. dei Romaios, p. 153 el siiv. *- 4. Paosan., Iksaéo.y VU.

sur la guerre des Gaules ^ Mais, à partir de cette époque, ils figurent très-fréquemment dans les annales romaines, plusieurs expéditions ayant été entreprises contre eux successivement. Maintenus dans leurs limites jusque sous Domilien (86 ap. J.-C), ils parurent alors si redoutables à l'empereur que celui-ci dut consentir à leur payer un tribut annuel et à leur fournir des ouvriers et des ingénieurs militaires, sujétion honteuse tout à fait en dehors des habitudes romaines. C'était à Trajan qu'était réservé l'honneur de faire cesser ce malheureux état de choses (101-104 ap. J.-C). La colonne élevée, à Rome, dans le Foram de Trajan 2, fut destinée à rappeler les principales opérations militaires de ce prince contre ces barbares, déjà fort avancés, du reste, dans la civilisation, en raison de leur long contact avec les Romains (114 ap. J.-C).

Comme on peut en juger par les bas-reliefs de ce monument, les palissades employées par les Romains, pour la confection des retranchements de campagne, à l'époque des guerres daciques, ne ressemblaient plus aux vallt fourchus, en forme de V, qui, d'après Varron', avaient donné leur nom au vallum. Au contraire, les pieux étaient pointus et sans branches, comme ceux qu'emploient les ingénieurs modernes.

Certains retranchements en partie ou entièrement en bois se trouvaient formés de lils successifs de troncs d'arbres dépouillés de branches et recroisés ^ L'aggeràe bois, ainsi composé, portait ordinairement à son sommet, soit des galeries couvertes en charpente formées de poutres et de palissades aiguës ou de planches jointives, soit encore des fers barbelés d'un modèle tout parliculicr et destinés à interdire l'accès du retranchement.

Chez les Daces, les dispositions des fortifications de bois paraissaient entièrement calquées sur celles des Roniains. Probablement les architectes et les ouvriers, qui; depuis Domitien, vivaient à la solde des Décébales, en avaient dirigé la construction.

Mais on trouvait aussi, chez ce peuple, des forteresses de pierres. Les unes, bâties en appareil polygonal, montraient des murailles du genre cyclopéen, traversées de pièces de bois et

4. César, G. d. G., VI, 25.-2. Yoy. Frœhner, Col. Trajane. — 3. Varron, Ling. lat., V, 117.— 4. Frœhner, id., p. 81 et s., 114, I4î»ir

garnies de tours en pieux et planches. Il parait que, de nos jours, on a retrouvé des ruines de ces murs aux environs de Kosia et des Portes de Fer*.

Les autres, bâties à la mode romaine, présentaient des enceintes multiples en pierre, avec des avant-naurs en palissades, des tours de pierre ou de bois, des créneaux, enfin tous les accessoires de la fortification italiote *.

71. Ij*eiiceinte de pieux de Tacropole d* Athènes. — Â l'origine des sociétés, les villes naissantes ne dédaignèrent pas, sans doute, remploi des fortifications simples, formées avec des pieux. Telle était du reste, lors de sa fondation, Tacropole d'Athènes, si Ton en croit les historiens grecs. Elle était située sur un des rochers escarpés qui se dressent ,de distance en distance sur le sol de TAttique^, et elle n'eut, dans le principe, outre ses défenses naturelles, qu'une fortification formée par des pieux mêlés à des oliviers sauvages (1580?)^.

Quand les habitants de la Cécropie^, voulant augmenter leurs sûretés, en firent compléter les remparts par les Pélasges (1120)®, ceux-ci entourèrent celte acropole d'un mur qui conserva leur nom, «le mur des Pélasges», même quand, après avoir été ruiné par Xerxès (480), il eut été rétabli par Thémislocle (478). Mais, à l'approche du roi des Perses, on avait redressé, en avant du mur pélasgique, la palissade primitive du roi Cécrops. Quelques vieillards, sur la foi d'un oracle, rapporte à ce sujet Hérodote', pensèrent que le salut de la République était attaché au rétablissement de l'ancienne enceinte de bois; car la pythie de Delphes avait dit : « Le prévoyant Jupiter accorde à Tritogénie qu'une forteresse de bois sera seule imprenable. »

Il s'agissait sans doute de la flotte grecque et de la future bataille de Salamine; car les flèches enflammées du monarque des Perses apprirent bien vite aux vieux Grecs trop confiants qu'ils avaient dû mal interpréter l'oracle de la prêtresse d'Apollon.

1. Frœhner, id., p. 38, 140. — 2. Id., p. 92, 108, 109. — 3. Pline, VIII, 57, 4.— 4. Beulé, Acrop., t. I,p. 20; Hérod., VII, 142.— 5. Voy. ci-dessus, p. 55.- 6. Pausan., Att., XXVIII ; Hérod., VI, 137.— 7. Id., VII, 142; VIII, 51-53.

D'après Dents d'Halicarnasse *, les premiers établissements de Romulus, dans la campagne de Rome, furent également fortifiés de palissades et encore de fossés.

Cette^ défense resta en usage en France, au moyen âge, pour les châteaux et les petites villes; on s'en servait également pour les grandes places, quand Taccroissement rapide de celles-ci n'avait pas encore permis l'extension des anciens remparts'.

7d. La cHé des Hans-ATara aoua €Xharieaac»e. '— < les a Huns 1, disait Ammien Marcellin au IV* siècle de l'ère chrétienne ^ < sont à peine mentionnés dans les annales et seule- « ment comme une race répandue au del^ des Palus-Méalides, « sur les bordjs de la mer Gheiale, et d'une férocité qui passe t l'imagination. Aucun toiit ne les abrite. Les maisons» ckei c eux, ne sont d'usage journalier, non plus que les tombeaux; « on n'y trouverait pas même une chaumière. Ha vivent aa mi- « lieu des bois et des montagnes » (375 ap. J.-C.)*.

Mais depuis que ces Barbares avaient mis le pied dans Vempire romaip. leurs habitudes s'étaient, paraH-i)> considérablement modifiées. Attila, copiant les Romains, ayant un ministre grec, Onégèse, s'étail fait construire, dans le goût de Tépoque, par des architectes byzantins, une villa avec des bains et tous les accessoires d'une maison rootaine (434-4S3 ap. J.-G.)',

Quelques années après la mort mystérieuse de ee prince , Fempire des Huns fut complètement désorganisé, et quelquesuns de ses débris, dispersés par les Germains à la bataille da Nétad, eurent bien de la peine h se rassembler et à se reformer dans le Hunrmar^y c'est-à-dire dans la région inférieure da cours du Danube.

i. D. d Hah'e., H, X, 3. — 2. Voy. ci-das^ns, p. 381, 3SS. La Yitta

de Naales, fortifiée au XIU' siècle par Pierre do \>ren% (vers 1230 epw J.-C.) (Voy. Guépin, HUi da Nantes, p. 91 et suiy.), s'était tel leoieal agrandie en peu de temps qae J. J. des Ursins en a pu dire au XIV* siècla (1380 ap. J.G.) : « Et n*étoit la ville en aucun lieu forte de murailles »; L. Bonaparte, Artillerie, t. II, p. 2. — 3. Amra. Marcel, XXXI, 2. — 4. Les Huns, d'origine asiatique, faisaient partie de la famille tartaroflnnoise, parlant une langue d'agglutination.— 5. Voy. ci-dessus, p. 364. ^6. Far, en hngue hunniqne, signifiait citadelle, défense, rempafrt. Voy. Am. Thierry, Attila, 1. 1, p. 243.

A là fin du VI* siècle, les Avars^, tribu hunnîque ftiyant TAsîe et les Turcs, vinrent s'établir dans la Pannonie et firent plusieurs irruptions sur les terres des Pranks Austrasiens dans les annéôs 868 et 899 de notre ère. Ils fondèrent ainsi un second empire huonique , et se rendirent rapidement redoutables, à tel point qu'au commencement du VIT» siècle, ils parurent devant Gonstantinople avec un matérirt de siéfçe si considérable que la grande ville en fut effrayée (626 ap. I.-C.) ^, A la fin du YIII» siècle, lorsque Gharlemagne porta ses armes contre eux (796 ap. J.-G.), ils possédaient près du Danube, dans les environs de la ville actuelle de Pesth, dans la Hongrie, un immense camp retranché formé, dit le moine de iSaint-Gall, de neuf enceintes circulaires et concentriques, divisant en zones toute l'étendue du pays ainsi englobé, dont la largeur n'était pas moins grande que la distance dé Zurich à Constance. Ces singuliers i^mparts se trouvaient t tellement construits en troncs de chênes, de hê- « très et de sapins que, d'un bord à l'autre, dit le chroni- « queur*, la palissade avait vingt pieds de largeur, et autant « de hauteur, et que l'intérieur était rempli de pierres très-dures « et d'une craie fort compacte. La surface supérieure de ce « rempart, ajoute-t-il, était couverte de buissons non taillés et, « entre les divers cercles, étaient plantés des arbustes qui, « quoique coupés et abattus, poussaient des branches et des « feuilles; là aussi étaient placés les bourgs et les villes, tellet ment rapprochés qu'on pouvait s'entendre de l'un à l'autre c En face de ces b&timents et dans ces murs inexpugnables « étaient ouvertes des portes étroites, par lesquelles les Huns, « non-seulement du cercle extérieur, mais de tous les autres, c sortaient pour piller. »

On sait que les Avars furent entièrement subjugués par Gharlemagne, qui fit de l'Avarie une partie de son empire. Un siècle plus tard (894 ap. J.-C.), les Madgyars, autre peuple d'origine finnoise, envahit le pays des Avars et des Huns et donna naissance au royaume hongrois, formé de la nouvelle alluvion

4 . Voy . sur l'origine des Ouar-Khouni ou psendo-Avars, Am. Thierry, Attila, 1. 1. p. 376 et suiv.— 2. Id., t. H, p. 86 etsuîv.— 3. Collection Gttizot, 1. 111, p. 224; Lebas, Hlst. de France, Annales, Univ. pitt., carte 9.

finnoise et de son mélange avec les débris des Haos et des

Avars.

73. Les fbrteresses océaniennes. -^ Si Ton tient à retrouver remploi des palissades pour enceindre des forteresses chez des •peuples encore plus voisins de Tétat de nature, les lies océaniennes en fourniront de nombreux exemples qui témoignent de Texcellcnce des indigènes dans ce genre de construction.

Outre les Eppahs de la Nouvelle-Zélande^, dont j'aurai bientôt l'occasion de reparler, je mentionnerai une forteresse rencontrée par M. le commandant du génie Lesdos à Faiouê, Tune des Loyattes, groupe d'îles à 25 ou 30 lieues de la Nouvelle- Calédonie.

c C'est, dit M. Lesdos ^ un rectangle dont le grand c6té est « parallèle à la plage; il a une ouverture A défendue par deux c petits retours intérieurs, une porte de secours B ménagée dans t le petit côté de gauche qui est brisé, et plusieurs réduits ou

< plutôt des magasins et des logements qui se composent sim- « plement des toitures en herbes, posées sur d'énormes po- « teaux. J'ai visité cette enceinte qui est en parfait état; cepen- « dant elle remonte assez loin; les populations actuelles ne t font pas de pareilles défenses. La clôture est formée par des « troncs de cocotiers, inclinés à environ 70® vers l'extérieur, « enterrés profondément, et reposant sur une énorme traverse « portée sur des fourches naturelles. Celte clôture a environ t S°» de hauteur; quoique sa construction soit bien primitive, « il faut nos moyens de destruction pour en venir à bout*. »

Je dois encore au même officier supérieur la description d'une forteresse de la Nouvelle-Calédonie, dont la photographie a été également mise à ma disposition, c Les deux poteaux « placés en avant, ajoute le commandant, sont les insignes de t la tribu; la porte est ménagée dans le tronc d'un arbre par- « faitement vivant, nommé vulgairement banian. Cet arbre

< laisse tomber de ses mattresses-branches des pousses qui

i. Cook, Premier voyage, IIL— 2. Documant inédit communiqué ^acieusement par M. Lesdos, chef de bataillon da génie, ancien directeur des fortifications et des ponts et chaussées à la Nouvelle-Calédonie. —3. Yoy. les planches annexées à cet ouvrage.

c prennent bientôt racine et forment avec le temps de grosses

a colonnes tout alentour. Je vous signale ce détail, parce qu'il

c ajoute aux difficultés que peut présenter cette singulière en-

t trée. Vous ne voyez pas sur l'image ces colonnes naturelles»

t parce qu'on ne les laisse pas subsister à l'extérieur de l'en-

« ceinte. »

74. Fortifications aquatic^nes en palissades. -*- L'emploi des palissades, dans l'antiquité, se retrouvait encore dans les enceintes des établissements passagers que les Romains appelaient camps nautiques (castra nautica vel navalia), et dont l'histoire grecque nous présente aussi quelques exemples. On y abritait les vaisseaux tirés sur le sable, après un débarquement*. Ainsi fut protégée la flotte du général athénien Démosthène, sous les murs de Pylos, pendant la guerre du Péloponèse (423) '. Il en fut de même de celle de l'Athénien Philoclès à l'embouchure de l'iEgos-Potamos (405)*, et encore de celle de César sur les côtes de la Bretagne (54) ^

Après l'inutile tentative de Cnémus sur le Pirée, ce fut également au moyen d'une palissade que ce port fut fermé (428) *.

Pendant la guerre du Péloponèse, les Syracusains palissadèrent tous les points accessibles de leurs rivages (415), et, à Syracuse, ils formèrent, pour protéger leurs vaisseaux, une estacade de pieux enfoncés à fleur d'eau, contre laquelle les navires ennemis risquèrent plusieurs fois de venir se briser (413) «.

De la même manière, les Bretons insulaires défendirent plus tard un gué de la Tamise contre César, en plantant dans le fleuve des pieux cachés sous l'eau et en doublant cette fortification aquatique d'une palissade établie sur la rive amie (54) ^

Au moyen âge, lorsque Philippe Auguste assiégea le Château- Gaillard, près des Andelys, il trouva la rivière barrée par une

1. Tite-Live, XXIII, 28. Himilcon, débarquant l'armée carthaginoise sur les côtes d'Espagne, prit cette précaution (navibusque subduclis et vallo clrcnmdatii} (216).— 2. Thucyd.^ V^ 9.-3. Corn. Nepos, Alcîb., VIII; Xénoph.;, Hist. gr., II, 1.— 4. César, G. d. G., Y, 32.— 5. Diod., XII, 49.-6. Thucyd., VI, 75 ; VII, 25.— 7. César, id., V, 32.

— 8oe -

triple digue formée t de pîeux, carrés et de chêne très-dur • ». delle-cl se prolongeait vers la rive opposée de la Seine et était destinée à interdire toute navigation aux vaisseaux (1804 ap^ J.-C.) «.

Quelques années plus tard (1818 ap. J.-C), les Musulmans égyptiens, pour s'opposer au débarquement des croisés k Damiette, « semèrent des écueils au milieu des eaux du Nil, dit < J. MB ViTRTy en enfonçunt des pieux duns leurs gouffma* . »

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