‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 37 sur 72 · Bnoeintes extérieures des villes, en palissades. — JO · texte numérisé non relu

Bnoeintes extérieures des villes, en palissades. — JO

siPHB, à propos du siège de Jérusalem par Hérode (37), rapporte qu'à un certain moment, les partisans d'Àntigone durent se réfugier dans un retranchement extérieur qu'il nomme Characôma*, Pe mot indique bien un rempart en bois : charax, pieux, et chàma^ rempart; mais, comme il est plus que probable que la r^relé du bois en Palestine ne permettait pas de construire des ouvrages importants danç cette matière, on peut penser que l'expression de Josèphk s'appliquait plutût à quelque ouvrage en maçonnerie,' extéfieur à la place", qui, devant les murailles de Jérusalem, tenait lieu du cnaracôma ordinaire des Grecs, formé probablement d'une simple palissade; dans quelques places, ce rempart servait d'avant-mur « protêtckUma, »

Nous voyons du reste, au moyen âge, les chroniqueurs faîre^ par extension, des confusions analogues. Ainsi, les lices ou lignes de pieux qui formaient ordinairement, à cette époque, la défense la plus extérieure des châteaux et des villes •, et que FaoïssiRT, en particulier, nomme aussi barrières^, ce qui indique bien leur nature, les lices, dis-je, s'entendaient quelquefois des avant-murs en maçonnerie qui leur étaient substitués dans

{plusieurs places ^. Quelques chroniqueurs des croisades appelent encore barbacanes les avant-murs en maçonnerie *, quoique

l.Guill. le Breton, Guizot, t.XII» p. 180.— 2. VioUet-Le-Duc, Archit.

millt., p. 74.-3. J, de Vitry, Guizot, t. XIY, p. 353 4. Josêphe, G-

d. J., 1, 13.— 8. Cs. de Saulcy, Bérode, 1. 1, p. 188.— 6. Voy. d-desHUs, p. 391, 416 et 464.-7. Froissart, Chroniques, passim.— 8. Viollet-Le- Duc, p. 35.-9. Alb. d'Aix, roy. ci-dessus, p, 4t4; Bern. le Trésorier^ Guisot, t. XX^ p. 111, 149 et pass.

cette dénomination s'applique plus généraleipent & des ouvrages en pierre en forme de tours et placés à l'extérieur des fortifications prîpcipales. Par extension encore, TintervaUe compriç entre les avant-murs et le rempart principal est souvent aussi appelé lices dans les chroniques, quoique le nom spécial de cette étendue de terrain soit plus particulièrement bailk ou bdyk (ballium) *,

76. Les abatis d'a|»brc|8« — Les Romains pommaient cerm des arbres abattus, aux branches appointées, dont on faisait usage, particulièrement dans les forêts, pour en barrer les fivenuesi ils les comparaient ainsi ^ des cornes do cerf ^. César m rencontra chez les Bretons insulaires; ils fermaient toutes les issues d'un poste fortifié au milieu des bois (54)'. Il s'en était servi lumême, Tannéo précédente, contre les Ménapiens» quand» après avoir songé un instant h abattre leurs forêts pour lea ré* duire^ il dut penser k éviter leurs surprises^.

Ces abatis étaient formés par des arbres coupés près de la souche et repliés les uns sur les autres en travers des routes, ou encore de tas d'arbres rapportés, dont les branchages étalent tournés vers rennemi.

Julien, se portant contre les Mamans, les trouva retranchés dans une forêt, dont toutes les voies étaient ainsi obstruées par des abatis. âmmibn Margbllin nous apprend, à ce sujet, que le général romain fut forcé de revenir sur ses pas, parce qu'il se vit dans l'impossibilité de franchir ces retranchements, outre que la neige, qui recouvrait alors le sol, rendait encore les opérations plus difficiles (357 ap, J.-C.)*.

Nous savons aussi, par Grégoirb de Tours, que les Franks mérovingiens faisaient également un fréquent usage de cette espèce de fortification sylvestre. Lorsque Childebert et Théodèbert se disposèrent à marcher contre Glotaire, dit en effet le chroniqueur*, t celui-ci, jugeant qu'il n'était pas de force à se c défendre contre eux, s'enfuit dans une forêt et y fit de grands « abatis > (839 ap. J.-C). Mummole, dans éon expédition contre

1. DeCaamont, Archlt. milit., p. 437,-2. VarroUi liï\f, lat., V, H7.— 3. César, G. d. 6., V, 9.— 4. Id., III, 29.— 5, AmA. lûrce!., XVII^ 1.— 6. 6r. de Tours, Guizot, 1. 1^ p. 142.

\ibards, construisit aussi des retranchements d'abatis

ia forêt d'Embrun (572 ap. J.-C.)*.

Enfin, sous Chariemagne, Didier, roi des Lombards, ferma

les cluses de Suze par des murailles, des palissades et des abatis,

et parvint ainsi à arrêter le roi de France à la descente du mont

Cenis(773ap. J..C.)^

Les anciens Romains employaient encore les abatis en dehors des forêts. Avec des arbres rapportés, ils barraient les routes *, fermaient des issues, arrêtaient des charges de cavalerie et renforçaient les lignes de leurs campements^.

77. Les hérissons. — C'était probablement de l'emploi de ces abatis artificiels qu'était venue l'idée du hérisson romain (ericius)*, poutre armée de pointes de fer ou de bois«, qu'on plaçait à l'entrée des camps ou en avant de certaines ouvertures des forteresses qu'il fallait protéger. Au moyen âge, le hérisson était encore employé très-fréquemment, comme on l'a vu précédemment'. Il paraît avoir servi de modèle au cheval de frise des modernes.

78. Les cippes de César aa siège d'Alise. — César rapporte qu'au siège d'Alise, les Gaulois faisaient de fréquentes sorties qui l'incommodaient beaucoup dans ses retranchements. Comme de plus il lui fallait défendre ceux-ci avec un petit nombre d'hommes, pour permettre aux autres de faire du bois et des vivres, il fit creuser en avant une tranchée de cinq pieds de profondeur qu'il garnit de cinq rangs de troncs d'arbres munis de grosses branches, dépouillées de leur écorce et aiguisées à leur extrémité. Ces gros pieux (stipites), placés verticalement dans la tranchée, étaient entrelacés et reliés entre eux par le pied, de manière à ne pouvoir être arrachés, et ils ne montraient au-dessus de terre que leurs branches les plus fines (eminebant ab ramis). Les soldats les appelaient des cippes (cippi)«, c'est-

i. Gr. de Tours, Gaîzot, t. J, p. 20!.— 2. H. Martin, t. II, p. 261. -3. Tite-Live, XUV, 11.-4. Sil. îtal., X, 4J2 ; César, G. d. G., VII, 72, 73; Plut., Camille. Tacite, Ann., 1, 1; Voy. Folard, Atlaq.des pi., art. IV. — 5. César, G. civ., lU, 67; Salluste, Hist. fragm., III.— 6. Rich.,Dict. antiq.,p. 253.-7. Voy. ci-dessus, p. 391. — 8. César. G. d. 6., VU, 73.

à-dire des entraves. La même idée était exprimée en vieux breton par le mot fte/ï, et en gallois par cyff et eyppell^, d'où paraît venir le mot français ceps. On sait en effet qu'on s'embarrasse très-facilement dans les branches traînantes, ce que le patois picard moderne rappelle par l'expression iencheper , c'est-k-dire s'entraver soi-même, en s'accrochant à quelque chose qui traîne à terre.

Dans les retranchements de campagne modernes, on place aussi des abatis le long des contrescarpes des fossés. Ils s'y trouvent à l'abri des vues de l'ennemi et de ses canons, et on les y maintient les branches en l'air, comme pour les cippes d'Alise, au moyen de forts liens ^.

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