Retranchements de camps fmts avec des objets divers
— Les anciens Romains considéraient comme essentiel de créer un obstacle autour de leurs campements journaliers; plus tard, ils abandonnèrent cette pratique, comme je Tai dit. Cet obstacle consistait le plus ordinairement dÉins une levée de terre précédée d'un fossé. A défaut de temps, ils y suppléaient par tous les moyens possibles, soit par des boucliers * et des javelots dressés, soit par des épées fichées en terré, soit même par des rangées de têtes d'hommes et de cadavres, comme César le pratiqua aii siège de Munda en Espagne (45) ^.
Aboulféda rapporte, de son côté, qiie des cavaliers motigols s'étant avancés, au nombre de dix mille, aux environs de
I. Toy. ci-dessus, p. 199.-^^. JMahomet naquit k la Mefque Yoh 870 de J.-C.— 3. Voy. ci-desstis, p. 542.-4. Lebeail, flisl. du Bas-Gmp., t. IX, p. 337.-8. Amfri. Marcel., XXIV, 8.-6. Césaf, G. d'Espagne, XXXIL
Palrayre, il fut envoyé avec quelques émirs pour les repousser. « De part et d'autre, dit-il \ l'ardeur était extrême; à la fin, le a Dieu glorieux vint au secours de Tislamisme, et les Tartares « furent mis en déroute (1302 apr. J.-C). »
Et il ajoute : « Une partie des Tartares ayaht mis pied à « terre, nous les entourâmes et nous leur offrîmes la vie; mais <( ils reçurent nos propositions à coups de flèches, et se faisant « un rempart des selles de leurs chevaux, ils soutinrent un nou- « veau combat. »
85. Retranchements en bateaux des Normands. — Je rappellerai seulement ici, pour mémoire, ce que j'ai déjà dit des Normands, qui se servaient de leurs bateaux, leur moyen ordinaire de transport, pour s'en faire des retranchements rapides sur les berges des rivières *.
86. Villes et retranchements en bois. — a II se trouve chez « les Budins (Scythes), dit Hérodote *, une ville bâtie en bois, « dont le nom est Gélone; ses murailles forment un carré de « trente stades de côté; elles sont hautes et tout en bois; les « maisons sont de bois et aussi les temples >. -
Les constructions en bois étaient du reste très-fréquentes dans l'Asie, vers les rivages du Pont-Euxin et de la mer Caspienne; témoin ViTRUvE, qui rapporte que, chez les Golchidiêns du Pont, où les forêts étaient très-nombreuses, on avait coutume de bâtir les maisons avec des couches recroisées et superposées détrônes d'arbres ^. On peut conjecturer que tel était le mode de construction des remparts de Gélone. Il en élail de même aussi sans doute des forteresses de bois des Mosynœques et des Driles, peuples colchidiens du Pont, dont parlent Xénophon et plusieurs autres historiens grecs *.
HippocRATE signale les nations du Phase comme bâtissant en bois ^, et M. Bureau de Lamalle fait remarquer que c'était tel-
1. Âbonlféda» Géogr., trad. Reinaad^t. I, p. Vil, introduct. d'après
a chroniq. d'Àboulféda. — 2. Yoy. ci-dessus, p. 375. — 3. Hérod.^ IV,
i08> trad. Giguet.— 4. Yitrave, II, 2.— 5.Xénopb., Anab.,y, Set 11;
Strab., XII; Diod., V, 38; Apoll. de Rhodes, II, V, 38.-6. Hippocr.,
Traité des eaux, elc. , LXXXIII.
lement l'usage de construire en bois dans ce pays, que les Romains, campés à Tembouchure du Phase, avaient muni leurs retranchements de tours de bois ^
Cet écrivain érudit a cherché à démontrer que certaines représentations de forteresses sur les murs du prétendu tombeau d'Osymandias (Ramesséum), à Thèbes, correspondaient auxlours de bois de la Colchide, signalées par XÉNOPHON.Mais, s'il ne paraît pas impossible d'admettre que les peintures égyptiennes représentent véritablement des forteresses construites en bois, il est douteux, d'un autre côté, que Ramsès II (XIV® siècle) ait jamais porté ses armes dans des régions aussi reculées de l'Asie.
Quoi qu'il en soit, au VI® siècle de l'ère chrétienne, lorsque les Perses vinrent attaquer la ville de Phase, cette place forte était environnée de remparts de bois, ainsi que nous l'apprend Agathiàs (554 apr. J.-C.) ^»
Aujourd'hui encore, du reste, les maisons du Kurdistan sont construites en grosses pièces de bois; elles rappellent les tours des Mosynœques et des Driles de l'auteur de VAnabase^,
L'usage des remparts entièrement en bois n'était pas, d'ail leurs, particulier à l'Asie. On se rappelle que les Germains, les Daces et les Romains^ en ont fait également bon emploi. Tous les peuples qui possédaient de vastes forêts dans leur territoire ne pouvaient, en effet, manquer de se servir de celte matière.
Il en était encore ainsi à Paris, du temps des Normands, puisque à l'époque du siège de 886 on y dressa des tours de bois sur les fondations des anciennes fortifications romaines de la Cité, de manière à les relever convenablement*.
En Egypte, à l'époque des Croisades, le sultan mamelouk, Touran-Chah, fit également construire une tour de bois à Fareskour, sur le Nil, pour proléger la navigation du fleuve contre les Croisés (1221 ap. J.-C.) •.
i. Dureaa de Lamalle, Poliorcèt., 1. 1, IP partie, lY, d'après Arrielî, Péripl. Pont-Euxin. — 2. Lebeau, Hist. du Bas-Emp.^ t. XI, p. 30.— 3. Texier, Perse, etc., t. Il, p. 23.-4. Voy. ci-dessus, p. 494 et 500. — 5. Id., p. 382.— '6. Delaporte, Hist. des Mamelouks, t. II, p. 123.
g VI. -- DES MONTAGNES.
87- ABilea fourais par les montagnes. — C'est une loi qui semble naturelle que les hommes voisins de l'état primitif habitent plus volontiers les régions montagneuses que les plaines. Il y sont du reste moins exposés aux effets de la fièvre, ce* poi* son lent el; dissimulé dans l'atmosphère, contre lequel on ne peut impunément essayer de lutter.
C'est dans les montagnes que se rencontrent plus fréquemment les antres et les cavernes, où l'homme sauvage trouve un abri ; les roches abruptes et les passages difficiles, qu'il sait seul franchir h la manière du singe, lui procurent une sécurité relative que ne lui offre pas la plaine.
Aussi, — et ce fait est digne de remarque, — la plupart des traditions mythologiques des peuples s'aocordent-elles à placer le berceau de l'humanité dans des régions élevées, d'où l'homme n'est sorti que lorsque, ses forces morales el physiques s'étant développées par la civilisation, il s'est senti assez fort pour résister à la fois aux éléments, aux animaux sauvages et à ses ennemis.
Si Ton eonsuUe la Genèse biblique, l'Eden se trouvait vraisemblablement dans un pays tout au moins montueux ; car du Paradis terrestre sortaient les sojirces d'un fleuve considérable qui, après s'être divisé en quatre branches, allait ensuite, jusque dans l'Inde et dans l'Egypte, arroser le monde connu des Hébreux *.
Si l'on interroge les Indiens, ils diront que c'est dans le Brahmâverta, sur les pentes méridionales de l'Himalaya, entre la Saraswati (Sersouty)et la Drishadwati (Gaggar), que se trouve la région jadis habitée par les dieux; ils ajouteront que c'est dans l'Ayodha (Oude), région située également au pied de l'Himalaya, que sont nés les races du Soleil et de la Lune et les princes de tous les pays indiens*.
Si l'on interroge les Chinois, on trouve, dit M. Kurz*, que, € dans leurs mythes, ils tournent sans cesse leurs regards vers
1. Genèse, II, 10 et suiv.— 2. Xavier Raymond, Inde, Univ. pilt., p. 261.— 3. Kurz, Journ. asiat., 1830, t. II, p. 431.
« les montagnes élevées et couvertes c|Q i^eige de la Haute Km» € que leurs saints et leurs immortels y demeurent, que leur par
< radi3 avec Tarbre mystérieux est sur |a montagne KQum lun. <c Ne serait-on pas tenté de croire que çqs montagnes, ce Ko^m t lun, ne soient vraiment leur ancienne patrie ? »
Il en est de même encore des Iraniens: c Au oommenoement,
< dit FBfipousii ^, Kaioumors établit sa demeure dans les monr d tagnes; son trône et sa puissance s'élèvent de la montagne, i