Montac^es ayant servi de refuges en cas de gnerre
L'histoire fourmille d'exemples de peuplades entières qui, k l'approche des conquérants ou dans les guerres nationales, ont cherché dans les montagnes des refuges plus sftrs que ceux de la plaine.
Ainsi Xénophon* rapporte que, lors de la retraite des Dix Mille, les Carduques abandonnèrent leurs habitations et s'enfuirent dans les montagnes avec leurs femmes et leurs enfants (401). Ces espèces de déménagements étaient très-fréquents chez les Arabes antéislamiques, dans leurs querelles de tribu à tribu. Quelle protection d'ailleurs pouvait donner à un peuple vivant ordinairement sous la tente un sol dénuda que Tàuteur du Roman (JtAntar • comparait à un désert, quand on avait levé le camp ? Aussi, lorsque Gachom, de la tribu des Bénou-Amir, eut résolu de rompre avec les Bénou-Abs, appela-t-il immédiatement les siens auprès de lui, pour leur dire < : « HAtez-vous « de mettre en sûreté vos femmes et vos enfants sur les sommets « des montagnes. J*ai fait une promesse trompeuse au roi Zohaïr,
• afin de gagner du temps et de pourvoir à la conservation de « nos familles et de nos biens. Nous tâcherons de nous mainte- « nir dans des positions inaccessibles jusqu'à ce que ce mois « s'achève et que la lune du mois sacré * paraisse et mette fin « aux combats. Notre ennemi sera alors forcé de s'éloigner. Nous
• sommes perdus si nous ne mettons pas notre plan à exécution « (Vie siècle ap. J.-C). »
Dans rinde, les radjpouts, c'est-à-dire les princes, ceux qui
1. Ferdousi, Schah-Nameh, t. 1, p. 39; Voy. ci-dessus, p. 151.— â. Xénoph.9 Anab., lY, 1. — * 3 et 4. Canssin de Perceval» Extr. du roman d*Antar, Journ. aaiat.,1834, t. II, p. 327.-* £L Vay. cl-deasas, p. 199.
descendent sans mélange des anciens souverains du pays, se sont à peu près tous réfugiés dans la vaste étendue de plaines sablonneuses qui, de llndus au Tchambal, porte le nom de Radjpoutana ou Radjasthan, et dont une partie, tout à fait aride, s'appelle même le Merouslhalli ou région de la mort. Mais c'est surtout sur les pics de rÂravalli, dans le Maawarra et dans TÂdjmer, qu'ils ont établi leur lieu de refuge principal, à la suite de toutes les invasions dont l'Inde a été le théâtre depuis la conquête musulmane. Le mot aravalli signifie refuge de la force, t nom justement mérité, dit le colonel Tod, puisque ce c mont offre un asile protecteur à la plus ancienne race des « souverains de l'Inde, soit dans l'est, soit dans l'ouest, l'antic que souche des Souryavam, les fils du soleil ou Héliades de t l'Inde, les princes de Méwar* ». Là s'élèvent, sur les cimes de la montagne, qui n'a pas moins de 3500 pieds anglais de hauteur (1070°^), des forteresses solides, constructions magnifiques, qui gardent les défilés et forment de l' Aravalli une barrière infranchissable et un refuge inabordable. « Des com- « munautés de race aborigène, ajoute M. Ton, y vivent dans
c un état d'indépendance primitive et presque sauvage Leurs
« habitations sont dispersées dans les vallées et forment de pec tits hameaux grossiers, près de leurs pâturages ou des lieux < de défense. >
Je pourrais encore citer les Touaregs, les M'Zabites et les Kabyles du Jurjura, derniers débrisdes races antiques de l'Afrique qui, grâce aux cercles de montagnes qui les entourent et dans lesquels ils se sont réfugiés, ont su maintenir leur indépendance, au milieu des torrents des invasions successives du continent africain «.
89. Les Da^yous du Rig-Véda. — L'Inde nous offre encore un autre exemple aussi frappant. Lorsque s'accomplit la migration des Aryas-Hindous dans ce pays, les montagnes servirent également de refuges aux indigènes, que le Rig-Véda signale à chaque instant sous le nom de Dasyous, Cbux-ci ne purent re-
i. Tod, Géogr. de Radjasthan, extraits, Joorn. asiat., i831, t. Il, p. 50, 51, 65.-2. Gs. Daamas, la Grande Kabylie ; Hanoteau, laKabylie ; Duvergier, les Touaregs du Nord.
fuser l'entrée de leur pays aux nouveaux arrivants, mais pendant de longues années ils cherchèrent à contrarier leur conquête et à retarder leur marche, avant d'être complètement absorbés par eux.
Le Dasyou, dans le Rig^ c*est à la fois l'ennemi des dieux et des Âryas : « Dans tous les temps, dit en effet le poète S tu as « été, 6 Indra, l'ennemi mortel des Dasyous.
c Brise toutes les forces de l'ennemi.
c Fais une distinction entre les Ayras et les Dasyous
< frappe les impies qui voudraient nous dominer. >
Lorsque l'Arya s'avançait vers de nouvelles terres, il rencontrait le Dasyou, qui ne pouvait manquer de dresser des embûches sur sa route. C'était alors que l'Indien implorait Indra pour que le dieu le guidât dans son chemin : « Daigne (ô Int dra), disait-il, lors de notre passage, écarter ce brigand qui
< assiège les routes, ardent à voler et méditant le crime s. » Quand l'Arya avait choisi sa nouvelle demeure, le Dasyou en
apprenait la route et venait exercer son brigandage dans les environs : < Quand nous apercevons la marche du Dasyou et « qu'il se dirige vers notre demeure, comme s'il en connaissait « le chemin, ô Maghavan (Indra), alors défends-nous contre ses c attaques ^ >
Le Dasyou habitait dans les montagnes; il pensait, dit le Rig, se faire une retraite inexpugnable de ses forts inaccessibles *, Aussi l'Indien ne pouvait-il songer à l'attaquer dans ces positions qu'avec le secours d'Indra. < Qu'Indra nous donne les biens de « l'impie >, s'écriait-il dans le sacrifice qui précédait la lutte; « qu'il s'arrête près de nous et qu'il s'empare par la victoire a dés dépouilles qui peuvent nous convenir*. >
Le Dasyou, sur ses pics élevés, était voisin des nuages, les villes célestes des Asouras^, Ses terres, constamment arrosées par les nuées qui les touchaient, ne réclamaient pas, comme celles
1. Rig-Véda, édit. Foucaui, ï, IV, V, 6, 7, 8.-2. Id., I, IH, X, 1, 3. —3. Id., I, VII, IX, 5.-4. Id., III, VI, X, 3.-5. Id., IV, VII, XVII, 2. — 6. Les villes célestes des Asoaras sont les nuages chargés de plaie. L'Asoura, en général, est le principe de vie, partie de là divinité même^ qui devient l'ennemi d'Indra quand il communique la vie aux nuages. Yoy. FoucaoX; p. 46 b, note 2, p. 55 a, note 2.
clés Indiens de la plaine, la pluie nécessaire à la culture. Aussi» dans l'esprit de TArya, les Dasyous pe trouvaient-ils très-souvent confondus avec les Asouras, dont ils étaient censés être les plus proches voisins, habitant, comme les légions de Vritra ^ les parties hs^utes de l'atmosphère. Dans la lutte d'Indra et de Vritra, dans le combat des Marouts* et des Asouras, le Dasyou épouse la querelle de Vritra; l'Arya, au contraire, qui gérait de la sécheresse, sous un ciel d'airain*, sous la voûte brûlante que forment les villes de fer des Asouras, l'Arya attend avec impatience que le dieu de l'élher, avec la foudre et les vents, ait vaincu Vritra et les Asouras, ait brisé les portes des villes célestes, c'est-à-dire ait fait crevpr les nuages qui donnent la pluie. L'eau, que le Pasyou retient sur la montagne, est censément, pour l'Indien, un rapt que lui fait l'indigène montagnard, de concert avec les Asouras et Vritra.
Le Dasyou, dans le Rig, c'est encore l'ancêtre des habitants actuels du Deks^n, au teint bron?^ ^ au nez aplati ^, que l'Arya a progressivement refoulés dans le sud de la péninsule indienne. C'est l'homme noir avant son mélange avec l'Arya qui est blanc; le Rig l'appelle l'homme à la peau noire, t crichna* ». C'est le Dravidien des Purânas, l'habitant de la chaîne occidentale des Ghats '.
90. Les acropoles pélasffiques. — La principale préoccupation d'un peuple en marche qui s'arrête momenta^nément dans un pays, où d'autres familles humaines l'ont déjà précédé, doit être évidemment de se mettre en sûreté le plus vite possible, en s'établissant dans des positions inabordables de plein-pied. De là l'origine des acropoles pélasgiques, places fortes ou camps retranchés, situés au sommet de quelque roche ou mamelon isolé au milieu de la plaine, à l'extrémité de quelque promontoire ou acrotère se détachant des flancs d'une montagne. Les
1 • Vritra est le dieu qui couvre ratmosphëre de nuages qu'animant les Asouras. Voy. Rig-Véda, II, VI, VI, 2.— 2. Les vents.— 3. Pour le climat de l'Inde, Voy. X. Raymond, Inde, p. 157 et suiv.— 4. E. Lamé, Rev. contemp., 15 juill. 1863, p. 43. — 5. Foucaux, id., p. 31 a. — 6. Rig-Véda, II, I, IX, 8.-7. Cs. Ëug. fiurnoaf^ BbàgavaU-ParÀna, t. m, p. XXVII.
PéUsgea marquèrent ainsi par des forteresses les contrées qu'il traversèrent dans l'Asie Mineure et dans TEurope méridionîile. Dans la suite, ces camps de repos primitifs devinrent les citadelles de villes dont ils avaient ôlé le premier noyau. On les appela acropoles (acropolis, ville haute), pour les distinguer des parties plus récentes des cités (upopolis, ville basse) ^ On les différenciait facilement des constructions plus modernes par un appareil particulier dont j'ai déj{i parlé 2.
91. lies aopopoles des Xtrasques. — Dans la Grèce, les acropoles occupaient le plus ordinairement des positions élevées sur des mamelons isolés'. Au contraire, chez les Etrusques, elles étaient le plus souvent situées à l'extrémité de promontoires ou d'aorotères escarpés de trois côtés qu'une fortification artificielle, formée d'un fossé creusé dans le roc et d'une muraille solide, fermait sur le quatrième côté, le seul qui fût directement abordable *. Cette différence tenait particulièrement à la configuration générale du pays.
Quand la montagne, par ses inégalités, se prétait mal h l'établissement de la forteresse , les Etrusques en aplanissaient la cime^, et c'était sur le sol ainsi nivelé qu'ils s'installaient, se réservant d'entourer plus tard la position de solides remparts dans la construction desquels ils excellaient ^.
92. lies forteresses de la Galilée A. Tépoque de la covcpiéte romaine. — De tous temps, en Syrie, on a construit les places fortes sur dos points élevés (telf). C'est ce que constate le l>ivre de Josué, en parlant de la ville d'Hazor. « Israël, dit le texte ', « brûla toutes les villes, excepté celles qui étaient situées sur « des collines et sur des hauteurs; il n'y eut qu'Hazor qui, étant • très-forte, fut toute brûlée. »
« J'ai vu en Syrie une très-grande quantité de villes ruinées « de l'époque biblique, rapporte M. de Saulcy®, et presque « toutes sont établies sur des complets, c'est-à-dire sur de véri-
1. Daremberg, Dict. des antiq., p. 37. — 2. Voy. ci-dessas, p. 16 et suiv.— 3. Pline, VIII, 57, 4.— 4. Exemple de Cœré, N. des Vergers, Eirur., 1. 1, p. 92.-5. Id., t. II, p. 173.-6. Voy. cidessus, p. 52.— 7. Jos., XI^ 13.-8. De Saulcy, Hut. de l'art jud,, p. 58.
c tables tell, > C'était l'usage des Chananéens de bâtir ainsi leurs places fortes sur des éminences. Il se continua chez les Hébreux ^ et, à l'époque où les Romains entreprirent de réduire définitivement le peuple juif, ce fut surtout dans la Galilée que ceux-ci durent faire les plus grands efforts et mettre en pratique toutes les ressources de leur art poliorcétique, à cause de la situation toute particulière des villes, situation qui résultait de la configuration générale de cette région montagneuse (67 ap.
c Dans ce pays ondulé qui s'étend depuis les rives du Jource dain jusqu'au littoral de la mer, dit en effet M. Frântz db « Champagny*, la nature, presque à l'entrée de chaque vallée, a
< placé un mamelon , dernier promontoire qui termine une « chaîne de montagnes, à peu près à pic du côté de la plaine, t accessible seulement du côté des hauteurs, et qui semble fait « pour être le piédestal d'une forteresse. Les guerres des temps a passés avaient fait apprécier ces postes élevés; des boui^s et c des citadelles s'y étaient bâtis, presque imprenables tant que « les citernes ne tarissaient pas *. »
Parmi ces places fortes, se distinguaient particulièrement les villes de Jotapat et de Gamala *, Gamala^ du reste, tirait son nom de la forme de la montagne sur laquelle elle était assise. « Une colline ou plutôt un rocher, dit M. Salvador*, s'élance
< des flancs d'une montagne, comme la bosse d'un chameau c ressort du dos de cet animal; la ville bâtie sur ce rocher fut
< appelée Gamala, du mot hébreu gamal ou gamel, qui veut dire t chameau. >
93. Les villes nommées Petra et Crac. — Les historiens d'Alexandre indiquent, chez les Sogdiens de l'Asie centrale, une roche de 1,800 à 1,800 mètres de circuit et de 400 à 480
1. L'Ecriture sainte, dit M. Guérin (t. II, p. 9), nous révèle en Palestine l'existence de plusieurs villes ou bourgades du nom de Gibeah, Gabaa, Geba, Gibeath ou Gabaath. La racine de ce mot signifie «colline, éminence » ; toutes ces villes étaient effectivement situées sur des hauteurs. — 2. F. de Champ., Rome et la Judée. — 3. Cs. Salvador, La Judée, t. II, p.i73;Lamartine,YoyageenOrient, t. II,p.21.— 4. Yoy. ci-dessus, p. 326 et suiv.— 5. Salvador, id., t. II, p. 223.
mètres de hauteur, que les Macédoniens durent escalader avec des crochets et des cordes^, pour aborder le pied de la forteresse située au sommet. Quintk-Cuhce nomme celle ville « Petra, la roche^ ». On n'y pouvait monter, en temps ordinaire, que par un sentier taillé dans le roc. Alexandre s'en rendit maître t avec plus de bruit que de gloire », dit l'historien latin^, car lorsque les Grecs furent parvenus au sommet de la roche, il profita de Tétonnement des barbares pour faire rendre la place sans donner l'assaut (328).
Une autre Petra n'est pas moins célèbre; c'est celle des Nabatéens. On ne pouvait non plus l'aborder que par des chemins étroits et roides et en se dépouillant de ses armes'.
Les Arabes appellent El Karak les rocs qui, comme celui des Nabatéens, se dressent de loin en loin au milieu des plaines sablonneuses de leurs déserts, et les Croisés en ont fait le mot Krak ou Crac, par lequel ils ont désigné plusieurs de leurs forteresses situées sur des éminences, le Krak de Montréal, le Krak des Chevaliers, etc., etc. *
Dans un pays où, comme dans l'Arabie et la Palestine, les cours d'eau n'apportent guère de secours à l'ingénieur pour renforcer les défenses des forteresses, ces positions de montagnes étaient, on le conçoit, très-recherchées pour l'établissement des redoutes défensives et des villes fortes.
94. Les forteresses berbères du Maghreb. -— Il en était de même dans le Maghreb, au VIII® siècle de notre ère, comme nous l'apprennent les historiens arabes. Lorsqu'Idrîs I<»', fondateur de la dynastie des Idrtcides, arriva dans le Maghreb, dit Ibn-Khaldoun *, il fit disparaître de ce pays jusqu'aux dernières traces des religions étrangères à l'islamisme et mit un terme à l'indépendance des tribus qui professaient le judaïsme, le christianisme ou ridolâtrie. « Celles-ci, ajoute l'auteur du Kartas^, t étaient retranchées et fortifiées sur des montagnes et dans des
\. Arrien, Expéd. d'Alex., IV, 7; Q. Curce, VU, li. — 2. Petra Oxiana, voy. Slrnb., XL —3. Q. Curce, VIII, 1. —4. Vpy. ci-dessus, p. 200; Slrab., XVI, III, 5. —Voy. cidessus, p. 434 et 438. —6. Ibn Kbald., Hist. des Berb., 1. 1, p. 208, 209.— 7. Kartas, p. 16.
t châteaux inaccessibles. îdrîs ravagea le pays el en détruisit « toutes les forteresses » (789 ap. J.-r4.)-
Ouoique les Idrîcides se fussent rapidement emparés de Tlemcen, de Oulili et des principales villes du Maghreb-el-Acsa, quoiqu'ils eussent fondé Fez*, ils attachèrent toujours beaucoup d'importance néanmoins à la possession d'une roche voisiae de Ceuta et connue alors sous le nom de El-Hadjer-en- Nesr, le rocher de F Aigle (IX« siècle ap. J.-C). Quand ils furent chassés deFez, leur capitale, par les Miknaciens de Tehert (911 ap. J.-C.) ^ ce fut grâce à l'asile qu'ils s'étaient si soigneusement ménagé, qu'ils purent encore se maintenir dans la région maritime du Maroc, le Rif, pendant plus d'un demi-siècle (jus- <ïu'en 988). -
« Mohammed-ibn-Ibrahîm, dit iBN-KtiALDocN * y bâtit un châ- « leaii, afin de procurer à sa famille un lieu de refuge assuré (f et, à son royaume, un boulevard Capable de le protéger (929 « ap. J.-C). »
c Les Idrîcides, avait dit auparavant Ibn-Haukal*, déposè- « rent leurs richesses à El-Hadjer, et cette forteresse devint « pour eux la plus importante de leurs possessions. L'eau iié- « cessaire aux habitants, ajoutait-il, se trouve dans la ville « même; elle possède quelques jardins. On ne peut approcher « de cette ville que d'un seul côté, et le chemin qui y mène n'est € praticable que par les piétons. »
Au XVI® siècle, Léon l'Africain^ vit encore, dans le Maroc, un grand nombre de villes et de villages ainsi établis sur des rocs : « Tcsegelt (région de Héa), dit-il, est une ville de 800 t feux; elle est ceinte et environnée de très-hauts et Irès-inac- « cessibles rochers, tellement qu'elle n'a autrement besoin de « murailleSi
Et il ajoute plus loin : « Sur une haute montagne et ronde » est édifiée une ancienne cité nommée Tagtessa, pour à laquelle
i. Voy. ci-dessus, p. 24!.— 2. La ville deFez fut prise par Massalaibn-Habbous, gouvernettr de Tehert (Tiarel), sur l'ordre des Fathimites de Kaironan; Ibn-Khald., t. II, p. 567.-3. ïd., p. i45.— 4. Ibn-Haukal, irad. de Slone, p. 33.— 5. Léon l'Afric, trad. J. Temporal, p. 61,
« parvenir, il faut monter comme par une vis, en tournoyant € autour de la montagne. *
Celte description s'appliquerait encore bien de nos jours à un grand nombre de villages de la Kabylie du Jurjura. Là, sur les nombreux pilons des contre-forts bas de l'immense massif montagneux que les Romains nommaient le Morts ferratm *, la montagne bardée de fer, les villages kabyles, sans murailles, mais forts par leur position môme, apparaissent de loin comme des taches grises. Ils ressemblent à des fourmilières qui couronnent le faîte de ces éminences, au sommet desquelles on ne peut généralement atteindre que par des sentiers élroits et sinueux.
96. Les tei^rasseB aniflcielles des Egyptiens, des Assyriens et des Mongols. — Il était nécessaire que les Égyptiens protégeassent leurs villes siluées dans la vallée du Nil contre les débordements du fleuve. Aussi, les établissaient-ils sur des buttes artificielles, dont le massif, s'augmenlant chaque jour de tous les décombres provenant des démolitions, allait continuellement .en s'élargissant^. Hérodote dit que, lors des inondations, les villes de l'Egypte paraissaient seules au-dessus de Teau comme les îles de la mer Egée'; et il rapporte en outre que, pour relever les terrasses de ces cités, on employait parfois les criminels, au lieu de les punir de mort^ Il paraît aussi qu'on surmontait ces terrasses de digues, et Diodorb prétend que celles-ci servaient à la fois de remparts contre l'ennemi et de défenses contre les eaux *.
Peut-être en était-il de même chez les Babyloniens et les Assyriens ; car leurs principaux monuments, les citadelles surtout, se trouvaient généralement placés au sommet de monticules artificiels qui, tout en les mettant à l'abri des inondations des grands fleuves, devaient encore augmenter leur force de résistance, parle grand commandement^ que ces établissements prenaient ainsi sur les régions environnantes.
I.Amm. Marcel., XXIX, 5.— 2. Commiss. d'Egypte,Etatmod.,t.IÎ, i" part., p. 114.-3. Voy. ci-dessus, p. 177. —4. Hérod., II, 137. — 5. Diod., I, 50. Hérodote dit que, parmi toutes les villes ainsi relevées, Bubasle était la plus hante (II, 1S7). -* 6. Le commandement, dans la
Mais si l'emploi de ces terrasses étail tout naturel dans les immenses plaines plates de la Babylonie, il est néanmoins trèssurprenant qu'elles aient été en usage aussi dans l'Assyrie, c'està-dire dans une région accidentée, où les éminences naturelles pouvaient, sans nul doute, les remplacer avantageusement, a On peut croire qu'à Babylone la nécessité a forcé ce peuple t (les Babyloniens) à ce surcroît de travail, dit M. Botta * ; car « il n'y avait point là d'élévations naturelles sur lesquelles on « pût asseoir les édifices publics. Mais cette nécessité n'existait « pas à Ninive ; et partout, dans les environs de cette ville, on « trouve des collines assez élevées pour dominer convenable- « ment la plaine. Ce n'est donc pas par le manque de positions a favorables que l'on peut expliquer l'usage des monticules de « briques *, puisque l'on en trouve dans toutes les localités pos- « sibles, même auprès des montagnes. »
S'il est impossible d'attribuer à. la nécessité l'usage des terrasses artificielles de l'Assyrie, il faut peut-être en rendre responsable la force d'une habitude introduite d'abord à Babylone et reportée ensuite à Ninive. Or les régions assyriennes et babyloniennes ont été, sans nul doute, pendant longtemps, sous la dénomination des Scythes-Touranîens ; il ne serait pas invraisemblable, je crois, que la coutume dont il s'agit fût venue du Nord plutôt que du Midi, et que l'Assyrie en fût redevable à la famille scythique.
Je n'ai pas de- preuves assez certaines, il est vrai, pour affirmer cette influence; mais je pense néanmoins qu'une exploration complète des régions septentrionales de l'Asie ne pourrait que corroborer mon opinion. Les familles tartaro-mongoliques, en effet, n'ont pas été étrangères, semble-t-il, à l'idée de la construction des terrasses artificielles; car, autrement, comment pourrait-on expliquer ce que M. Hedenstrgem rapporte de certains monticules de la Sibérie, lesquels sont formés de couches alternatives de terre, de pierres et de poutres horizontales * ? Il est impossible d'ailleurs de prendre ces formations pour des
langue de la fortification moderne, c'est l'action que prend un point élevé sur un point plus bas, en raison de la différence de niveau.
1. Botta, Monum., etc., p. 6é.— 2. Voy. ci-dessus, p. 149.— 3. HedanstrcBin, Notice sur la Sibérie, Joaro. asiat., 1830 et 1831.