‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 48 sur 72 · Les anciennes Tilles italiotes des eaviM>ns de iioiiie · texte numérisé non relu

Les anciennes Tilles italiotes des eaviM>ns de iioiiie

— J'ai signalé suffisamment, je crois, dans les premières pages de cet ouvrage, les influences pélasgique et étrusque dans la construction des murailles de pierre de lltalie, à Rome et dans les villes restaurées par les Romains à l'époque des Rois'. Mais quoique, dans ces régions, un grand nombre de ville» présentassent alors l'aspect des acropoles cyclopéennes de la Grèce » toutes les villes n'offraient certainement pas ce spectacle > car toutes ne procédaient pas sans doute de l'application d'un modèle unique de fortification. Au contraire, la plupart des forte*resees tiraient bien plutôt leur protection de leur assiette natu-* relie et de la force de leur position que d'une clôture de bonnes murailles en maçonnerie, solidement dressées; elles étaient tout au plus entourées d'un fossé et d'une levée de terre, comme les forts sunxrbains de Rome» dont parle Demvs n'HALicAjiNAfiSB *.

1. Trémaux, id., p. 3i6.— 2. Voy. de Lanoye, Niger, passim ; Taf'dieu^Sénégambie et âuinée. Univers pitt.^pasùA.-^ 3. Voj. ci-desmat p. 81. — i. Id., p. 77..

Ceux-ci, nous Te savons, furent élevés par le premier des Rois, pour la protection des bergers et des laboureurs de la campagne romaine. Ainsi, les sept collines de Rome, les sept arces, k l'exception peut-être du Palatip, dont l'organisation défensive fut certainement plus soignée, constituèrent, autour de la Borna quadraia, des espèces à!oppida, destinés à loger et à abriter les excédants de population que la Rome palatine ne pouvait contenir ^ Jusqu'à ce qu'elles eussent été réunies par Servius Tullius dans une même enceinte continue, chacune d'elles ne possédait, comme les villes italiotes du voisinage, que des fortifications médiocres, des fossés, des levées de terre ou des murailles grossières *.

Nous avons, dans la fossa Quirùium ^ et dans la fossa Cbiilia^, la preuve certaine de l'emploi de ce mode de fortification défensive dans l'ancienne Italie. D'un autre côté, les restes de l'antique ville d'Ardée, capitale des Rutules, laissent encore deviner aujourd'hui, sur l'emplacement de cette cité, la position de son retranchement en terre. Il était formé, dit M. Noél des Vergers ', « par un amoncellement de terres enlevées d'un fossé « profond, qui s'étend au pied du massif et en double la hau- < teur. Elle atteint près de vingt mètres, ainsi que je m'en suis a assuré, depuis le fond du fossé jusqu'à la crête du rempart ».

113. Les aggeres murorum des Romains. *— Ce sont ces remparts de terre qui, probablement, donnèrent aux Romains l'idée de leurs aggeres murorum, autrement dit de leurs murs terrassés. Ces murailles mixtes, composées d'un bouclier en maçonnerie ou mur d'escarpe, auquel était appuyé un remblai intérieur, présentaient, sur les murs simples des Grecs, le triple avantage de faire meilleure contenance devant les machines de choc de l'attaque, de ne pas laisser libre l'ouverture de la brèche et de ménager aux défenseurs, en arrière de celleci , des postes de combat excellents pour repousser les assauts^.

1. A. Maury^ Acad. des Inscript. 1866, Il« part., p. 112 et suiv. — 2. Voy. ci-dessus, p. 81. — 3. Id., et Tite-Live, I, 33.-4. Id., I, 23 ; Denys d'Halic, III, iv. — 15. N. des Vergers, Etrurie, t.I, p. 183.— 6. Voy. ci-dessus, p. 87 ; compar. Daremberg, Dict. auliq., p. i|0.

114. Les oppida en terre des anciens Gaulois. *- On attribue généralement assez volontiers le nom de < Camp de César > ou de t Camp romain » à tous les terrassements défensifs qu'on rencontre, de loin en loin, sur le sol de Tancienné Gaule. Il est vrai que quelques-unes des stations dont il s'agit, quoique plus anciennes que la conquête romaine, ont dû souvent servir, à cette dernière époque, dans les opérations militaires des légions d'occupation ; mais l'étude de plusieurs d'entre elles a suffisamment démontré aujourd'hui que les établissements auxquels elles correspondent, remontent, au delà de l'ère romaine, jusqu'à la période gauloise. C'étaient des oppida en terre, moins forts sans doute que ceux dont les murailles de bois, de terre et de pierre ont fixé l'attention du vainqueur des Gaules et de l'auteur des Commentaires *, mais suffisants, dans certaines régions, pour les circonstances ordinaires de la guerre, chez les Bretons, par exemple^, et chez les Gallo-Kimris*.

Généralement liés au terrain par le tracé, les remparts de ces oppida en suivaient ordinairement tous les accidents. Les côtés de l'enceinte qui touchaient à des obstacles naturels, fleuves, rivières, marécages, ne comportaient quelquefois pas de fortifications; les autres, plus accessibles, étaient bordés d'un simple rempart de terre précédé d'un fossé, comme M. L. Fallue l'a observé à Caledu (Gaudebec)^ « L'intérieur de l'oppidum, « ajoute le savant archéologue , présente un grand nombre de t rampes, de fossés et de plates-formes, indiquant l'aire d'anc ciennes habitations celtiques. Dans 1 angle sud-ouest se voit < un petit plateau gardé par un vallum en terre, dont le fossé « n'existe plus qu'à certaines places. Il y a tout lieu de croire a que le chef de la nation résidait dans cette enceinte. »

L'oppidum gaulois de Servière (Auvergne) présente, dans l'agencement de ses défenses, une disposition originale qui rappelle complètement celle des remparts d'Abury * ou encore celle de certaines enceintes américaines, dont il a été question précé-

1 . Voy. ci-dessus, p. 342. — 2. Voy., dans César (G. d. G., V, 21), Torganisation de l'oppidum de Cassivellauus : « vallo alqae fossa manieront. » — 3. Cs. Hauzear, Ann. de la Société archéol. de Namar, t. y, p. 15 et sqIv. — 4. L. Fallue, Rev. archéol. 1855, p. 445 et soir. — 5. Voy. ci-dessus, p. 34.

demment^ a Situé au milieu de vs^stôg pâturages, dit H. (^n- « rsjBAN *, ce c£(stellum a 1^ forme d'une ellipse orientée k peu « près est- ouest. Il est entouré d'un rempart extérieur de terre, < qui s'élève encorp à environ S^ au-dessus du sol ambiant, dans % les lieux oh il est bien conservé, mais qui, parfois, se dégrade « au point de marquer à peine une saillie de i^ h 1°*,50. Ce t rempart entoure un fossé également elliptique, à parois incli- ( nées vers le centre, mesurant encore de 3 à 4°^ de profondeur, « dans ses parties les plus intactes, sur 8^ au moins de largeur, « prise aux bords. Vient ensuite un mur intérieur, également c elliptique, formé de terre amoncelée et quelquefois de pierres « sèches et de terre, dont la hauteur et l'épaisseur primitives € peuvent être difficilement estimées, en raison des dégradations c qu'elle a subies. En général, l'épaisseur dépasse l°^,oO. Ce mur « circonscrit un espace uni, rempli de cases et d'habitations

« A l'extrémité orientale de l'ellipse s'élève un tertre en dôme « très^régulier, formé de terres rapportées. » (Hauteur : 8«»; diamètre à la base : 15<").

Enfin, comme je J'ai déjà signalé', on trouve, à la Grée de Cojon (Ille-et-Yilaine), un ancien oppidum gaulois avei5 des remparts de terre précédés d'un fossé de 5"° de largeur sur envhron 2°» de profondeur; et c'est en avant de ce fossé intérieur que se rencontre, à une vingtaine de pas, le fossé de 10™, creusé dans le roc, dont il a été question plus haut. . On pourrait, du reste, multiplier davantage encore les exemples de ces oppida en terre, auxquels il faut peut-être rattacher une partie des castk-steedes ou chesters , qui sont si fréquents dans le nord de la Grande-Bretagne *.

Les enceintes en terre, avec fossés, étaient encorp en usage, au moyen âge, autour des villages : « Je citerai (dans le Tarn- « et-Garonne), dit M, l'abbé Pottibe *, Escaseaux, Escalalens, * Monlbartier, Meauzac, Esparsac, Yigueron, etc., etc. Ce sont f des murs construits en briques crues ou simplement en terre, « ayant 1 à 3" d'épaisseur et de 6 à 8" d'élévation; des fossés « les entouraient à l'extérieur. »

j. Voy, ci-dessoa, p. 545. -- 2. Rev. archéol. 1864, p. 484. — 3. Yoy. ci-dessus, p. 48Q.-*4, Voy. ^e Caœbry, p. 296.^5, Potti^, CoDgr. archéol. 1865, p. 489; Devais, id., p. 57.

lis, iMBÛÊnném û»b plwow fortes. -« UuaHd on cppqpi^eQeft ^ remplacer les ret^spart^ de tepre des villes p^r des Qiurs f n paçonnerie, on né put oublier, à la vérité, les services qu€i' rendaient les fossés devant les fortifications d^ combat , devant les terrasses des oppida. Les fossés ne durent dpno p^s être mépri* ses, et quoique les terres qu ils fournissaient auparavant pour la confection des remparts fussent devenues con^plétenient sans utilité pour la construction des murs simples en pierre, la dér fense par une excavation ne pouvait être abandonnée pour rendre Taccès du pied des murailles plus difficile h Tenneini. Mais ce complément de fortification ne fut pas ragardé con^we indispensable partout; il n'était réservé qu'aux villes qui, indépendamment des frais nécessaires à la construction des m.u.vs, étaient assez riches pour payer le luxe d'une défense suppléjpaentaire, à moins qu'on n'attendît du fossé qu'il fournît la pierre des murailles. Ûu reste, quoique toutes les villes antiques n'aient pas, obligatoirement, possédé un fossé devant leur enceinte murale, les anciens ne reconnaissaient pas moins que, dans celles où il se rencontrait, la fortification en tirait un véritable surcroît de valeur ^

116. Les fofrtifications passagères. — La fortification appelée de nos jours fortification passagère ou de campagne est celle de l'occasion; elle tire ordinairement sa valeur de la rapidité de son exécution, de la nature des matériaux de construction employés, et surtout de la consistance des troupes qui sont appelées h la soutenir. Son action varie du reste encore avec la solidité des forces qui l'attaquent. Aussi doit-on, autant que possible, régler ses formes et son tracé d'après les circonstances probables de son emploi; et il en résulte qu'il ne peut y avoir rien d'absolu dans les règles de son exécution. Elle est accidentelle ou provi- STonnelky suivant qu'elle est établie au moment du combat ou antérieurement en vue de celui-ci; et tout commandant de troupes doit toujours avoir présent h. la mémoire que le pluîs médiocre des retranchements n'est jamais à dédaigner, car de« soldats courageux et disciplinés ont fait parfois les résistances les plus brillantes derrière les plus modestes fortifications pas-

i. César, G. d. G., II, 12; Végèce, IV, 5.

sagëres. Dans des circonstances semblables, la moindre levée de terre a souvent rendu des services aussi signalés qu'auraient pu le faire de hauts terrassements et des murailles bien dressées; il a suffi seulement d'utiliser le retranchement de la manière la plus convenable et de ne pas désespérer du succès. Les Romains, surtout, brillaient ordinairement dans l'exécution de ces sortes de fortifications ; la pelle que portait le légionnaire était pour lui aussi précieuse que sa petite épée, et ce n'était pas par agrément que les fantassins , chargés de leurs outils , consentaient, comme le dit Josèphb^ à ressembler à des bétes de somme : ils en reconnaissaient la nécessité.

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