Les camps retranchés des Rom.ain8. — « Les Ro
« mains », a dit Napoléon I«' ', c doivent la constance de leurs c succès à la méthode, dont ils ne se sont jamais départis, de se « retrancher tous les soirs dans un camp fortifié, de ne jamais c donner bataille sans avoir derrière eux un camp retranché « pour leur servir de retraite et renfermer leurs magasins, c leurs bagages et leurs blessés. La nature des arines, dans ces « siècles, était telle que, dans ces camps, ils étaient non-seulec ment à l'abri des insuites d'une armée égale, mais même « d'une armée supérieure; ils étaient les maîtres de combattre « ou d'attendre une occasion favorable. »
Cependant Yégèce se plaignait de ce que, de son temps (IV« siècle ap. J.-C), on avait laissé cette bonne habitude des anciens Romains se perdre peu à peu. t II y a déjà longtemps, « dit-il^, qu'on n'entoure plus nos camps de fossés et de palis- € sades (ductis fossis, praefixisque [sudibus); aussi nos armées « y sont-elles souvent maltraitées de jour par les attaques « imprévues de la cavalerie des Barbares. »
Plutôt que de se priver d'un retranchement, les Romains de la République, quand ils n'avaient pas le temps de creuser des fossés, créaient, autour de leurs camps, des obstacles de toutes sortes, avec les matériaux qui leur tombaient sous la main. Je les ai déjà montrés précédemment formant des clôtures avec
i, Josèphe, G. d. J., III, v, 5. — 2. Napol. !•', Précis des guerres de César. — 3. Yégèce, I, 21.
des armes, des épées, des javelots, des boucliers et même des cadavres'.
Mais dès qu'ils entrevoyaient la possibilité de construire des retranchements plus solides, ils se mettaient immédiatement à Tœuvre; et, suivant le temps dont ils disposaient, ils adoptaient tel ou tel profil * de rempart, se réservant de le modifier ou de le renforcer dès qu'ils en auraient le loisir.
Aussi Végècb^, avant d'arriver à la description de la terrasse (agger, la haute levée de terre), précédée d'un fossé (fossa) et garnie à son sommet d'une palissade (vallum), ce qui constituait le retranchement classique des camps romains, s'est-il cru obligé d'indiquer les formes de deux retranchements plus simples ou retranchements rapides (suivant l'expression de l'école moderne), destinés à suppléer celui-ci, quand le temps manquait pour l'exécuter, ou quand on supposait qu'on ne pouvait être attaqué que peu vigoureusement.
Le premier de ces retranchements rapides était une simple barrière opposée à l'ennemi, un mur| peu élevé de gazons empilés (sublati cespites ordinantur), sur lequel se trouvaient plantés des bâtons pointus (sudes) ou des chausse-trapes de bois (tribuli lignei) *.
L'autre ne consistait aussi qu'en un obstacle sans grand relief, en une faible levée de terre, précédée d'un fossé peu profond.
Quant au retranchement classique, modifiable sans doute suivant les éventualités, mais que l'on considérait comme bon et comme suffisant dans les circonstances les plus générales, voici la manière de l'exécuter indiquée par l'auteur latin : « Lorsque « l'ennemi menace d'être trop pressant, dit-il*, alors il faut ( entourer le camp d'un fossé régulier de 12 pieds de large « {3™,58) et de 9 de profondeur (2"»,65) au-dessous de la ligne < de terre (sub linea). Et, au delà de cette ligne, on accumule « la terre tirée du fossé, en la soutenant entre deux haies « (clayonnages), et on Télève ainsi de 4 pieds (1»,20). Le ( retranchement acquiert ainsi une hauteur de 13 pieds (envi-
4. Voy. ci-dessus, p. 515. — 2. Expression de l'école moderne, désignant la forme des contours d'an retranchement, dans une section faite par un plan vertical perpendiculaire à sa direction. — 3. Yégèce^ 1, 21 ; III, 8. — 4. Voy. ci-dessus, p. 509. — 5. Végèce, I, 24.
c ron:8'»>80) et une largeur de ii (3^,S8); on en iconromié « le sommet avec des pieux solides en bois, tels que ceux que i les soldats poi'tent ordinairement avec eux ^ >
Les camps romains, d'après le rôle qu'ils étaient appelés à r^uplir, se distinguaient en trois espèces principales.
Les premiers, nommés castra œstiva ou camps d'été, étaient ces établissements essentiellement passagers dont Yâoège disait qu'ils ressemblaient h des villes murées que le légionnaire portait partout avec lui ^. Aussi M. le capitaine Masqitblez les a*t-il appelés camps de marche ^, expression qui rend merveillëose^ ment l'idée qu'on doit s'en faire. Suivant la rapidité dt le triode de leur exécution, on les nommait eamsi castra subtta, temporanea ou tumultuaria. C'était à ces établissements que s'appliquaient particulièrement les mesurés Indiquées par Végèoe et rappelées jirécédemmenti
Ordinairement, ils affectaient la forme carrée et présentaient une porte priiicîpale sur le milieu de chacune de leurs faces : porta decumana, porta prœtorm, porta principalts dextrm^ porta principalis sinistra^. Vraisemblablement, ils étaient établie h l'imitation des anciens oppidaitaliotes' enterre, dont Plut arquv a pu dire quelque part que c'étaient des oppkla saiis muraiUeÂ^« . D'autres camps, castra hiberna ou Atema/t'a^ constituaient des stations semi-permanentes, espèces de places de repos et d'abrii où les légions, arrêtées h la fin d'une campagne, attendaient le retour du printemps et la reprise des hostilités. On y campait, soit sous des tentes de peaux ^ soit dans des baraques con-^ «truites par des ouvriers spéciaux, sous la haute direction d'urt officier nommé le préfet des ouvriers (praefectus fa;brorunl) *, espèce de géiiéral du génie attaché à l'armée.
Enfin, quand les Romains curent considérablement étendu leurs limites, lorsqu'il fallut surveiller de près des frontières très-développées et régler l'organisation défensive des pays
"1. Voy. ci-dessus, p. 499. Pour tous les détails d'organisation des camps romains, voyez rexceltent ouvrage d<^j:ï cité de M. le capitaine Masquelez.— 2. Végèoe, 1, 21. — 3. Masquelez, p. i5l.-^4. Tiie-Live, X» 38.-5. Voy. Maury, Acad. des Inscrip. 1866, !!• part*, p* 107. — 6. Plnt. Romul. XV!!!»"— 7. Tite-Live^ V, 5. Ces camps furent inaugarés, dit-on, au siège de Vêles (396).— 8. Végèce, 11^ 11.
annexé», une troisième espèce de campements pHt naissaiidè d'elle-même. On leui* doiinît le nom de castra statway c'est-à-«^ dire camps permanents. Ils furent destihés à garder des positions importantes, dont quelques-unes devinrent par la suite dé» emplacements de grandes villes.
Autant que possible, les Romains, dans la construction dé tous les camps, s'éloignaient peu de la forme carrée, qui répondait, inieux que toutes les autres, à Tordonnance dé la légion; mais il est bien évid(>nt que, si cette règle était observée le plus souvetit dans les camps de marche et dans les stations d*hiver, elle né pouvait l'être d'une manière absolue pour les camps permanents; si elle était indispensable pour les camps de combat, elle cessait de l'être pour ceux de station et de repos. Au contraire^ on devait choisir, pour ces établissements, des lieux naturellement forts plutôt que des positions 'de plaine ; et, dans ces conditions, la forme du camp subissait, inévitablement et plus ou moins, la loi imposée par la nature du terrain et de ses accidents. Il ne pouvait non plus y avoir, pour les retranchements de ces camps, des dimensions invariables; la hauteur et l'épaisseur des parapets, tout eri conservant des proportions raisonnables, variaient certainement d'un camp h l'autre; et la force du profil dépendait surtout du temps et de l'activité déployée par le légionnaire dans la construction du retranchement, dont la solidité était, pour ainsi dire, comme disent les mathématiciens, une fonction de la nature des matériaux dont on pouvait disposer.
Ainsi, les camps de Bière et du Châtellier près d'Argentan> qui passent pour des camps romains, étaient loin dé présenter dans leurs formes et dans leurs dimensions des dispositions régulières.
t Le rempart qui en forme leis enceintes », dit en effet M. dk Catlus^ en parlant du premier, « subsiste dans tout le pour- « tour ; il est formé par des pierres ou plutôt par des éclats de f rochers. Suivant les apparences, le sommet de la montagne (( en était hérissé, et l'on a cassé les pointes pour aplanir le, « terrain du camp et construire le rempart de 15, 1j6, 17 pieds « do hauteur (5 à 6 mètres). » Quant au tracé, il est loin de se