FORTIFICATIONS EN PIERRE
18. — Monuments mégalitliiques de l'Europe ocoi< dentale. — M. de Gâmbry' rapporte que les paysans de l'Auvergne nomment tiouk de las fadas un grand dolmen, formé de sept grosses pierres , qui se trouve à Pinols près de Saint-Flour. Une fée , dit-on , se plaisait à garder les moutons dans cette contrée. Gomme elle craignait la pluie .et les orages, elle alla bien loin, bien loin, chercher des pierres, dont elle se ût un' abri qui a la forme dune maisonnette. Telle est la légende.
1. Salvador, t. II, p. 427, — 2. Joseph., G. d. J., II, VI et Vil. — 3. de Cambr>', p. 233.
Les hommes qui habitaient primitivement les cavernes en furent peut-être chassés par des étrangers qui les forcèrent de s'expatrier. Peut-être encore que Taccroissement des races rendit les abris insuffisants, et que les hommes durent s installer à Tair libre , ayant à redouter la pluie et la tempête , comme la bonne fée de Pinols. Quelques-uns creusèrent le roc et y firent des grottes , comme celle de Carclif en Angleterre qui a onze pieds de profondeur sur neuf de large*. C^s habitations, qui rappelaient les cavernes, furent faciles à établir dans les montagnes de roche tendre. D'autres émigrés poussèrent jusque dans les pays de plaines, non boisés. Comment ceux-ci purent -ils s*abriter? Ils allèrent bien loin, bien loin, rechercher de grandes pierres; ils en firent des monuments de toutes espèces, des temples et des tombeaux peut-être, mais certainement des abris'. Et comme il y avait difiiculté à transporter des pierres de petites dimensions, les attelages étant sans doute très- Jmparfaits, on aima mieux rechercher les gros blocs plus faciles à traîner sur des rouleaux. On bâtit ensuite de^ manière à n'avoir pas à recommencer souvent la besogne. Telle fut, je pense, Torigine des monuments mégalithiques, constructions de géants, très-fréquentes dans l'Europe occidentale.
On a attribué ces monuments aux Celtes pour en faire des appareils du culte druidique, des tablés de sacrifice, des colonnes votives, des enceintes sacréesi, des pierres magiques '.
D'autres reportant leur origine chez les Basco- Berbères , parents des Scythes^, les ont constitués les témoins du fétichisme touranien'. La plupart des archéologues, aujourd'hui, veulent eniaire des ouvrages encore plus anciens.
1. De Gambry, p. 92.-2. M. Lehon a fait remarquer (Hom. foss., p. 131) c(ue les monuments mégalithiques gisent en général sur les contrées découvertes rocheuses, et prôs des rivages de rOa*an où jamais forêts ne pourraient croître. — 3. de Gtimbry ; Batissicr, p. 161 cl suiv. — l. E. Lamé, 15juilleli863, p. 59.-5. id.
Ce soal, diseat-ils, les tombeaux de certaines races de l'âge de la pierre; et l'usage d'euterrer les morts dans des monuments de cette espèce, s'eât perpétué jusque dans. les siècles suivants ^
Enfin, quelques savants, tels que Sven Nilsson' et Lubbogk', ont timidement avancé que, dans le principe, certains d'entre eux étaient peut-être des habitations, devenues plus tard des tombeaux, quand les honmies eurent imaginé des deme.ures plus commodes.
NiLssQN a démontré que les constructions à galerie, appelées en France AUéeseouvertei, Roches aux Fées, Grottes aux Fées, Palais des Géante et tous autres noms, qui rappellent l'idée d'une fréquentation par des êtres d'une époque primitive , n'étaient que des imitations des cavernes naturelles , garantissant aussi des grands froids et de l'excessive chaleur. ^
Du reste les hypogées de la Scandinavie ressemblent en tous points aux demeures d'àiver des Esquimaux du Groenland , quoique ces habitants du pôle ne soient certainement pas de la même race que les premiers colons suédois^. Ce sont des salles carrées , ovales ou circulaires de 7 à 8 *" de long, de 2 à S"* de large et ordinairement de i'",50 environ (le hauteur. Les parois et le plafond sont faits de pierres plates, et la salle communique à lextérieur au moyen d'un couloir bas et étroit, droit ou courbe, et tourné du côté du soleil. Le tout est recouvert de terre et de feuillage. L'entrée de la galerie est défendue par une dalle '.
L'Angleterre a aussi ses tumidi à salles, qui ressemblent beaucoup aux hypogées Scandinaves^, avec lesquels les
1. Figuier, p. 225 et suiv — 2. S. Nilsson, p. 205. — 3. Lubbock, p. 92. — 4. D'après Nilsson qui adopte la division craniologique d^ÀNDERS Retzius, les Scandinaves du premier âge sont brachycéphales orthognathes, c'est-à-dire à tôte ronde et à dentition verticale, et les Esquimaux sont dolydwcéphales prognathes , c'est-à-dire à tête longue et à dentition inclinée en avant. — 5. Nilsson, p. 162 et suiv. — 6. D'après le même auteur cité par Lubbock, les habitants des tumuli à salles étaient kumbécéphales , c'ost-à-dirc à tétc longue et étroite en forme de bateau.
habitations , dites MutMns des PicUSf au nord de la Grande^ Bretagne, ont encore de grsllides analogies ^
Peut-être avec un peu de complaisance , verrait-on dans les dolmens, demî-dotmens» tritithes, pierres couvertes, etc., des abris encore plus simples?
A GaiUère (Maine-et-Loire) , un maréchal-ferrant fit un jour sa boutique d*un de ces dolmens '.
A Saint-Plantaire (Indre) , un dolmen colossal est composé de six pierres dont cinq formant piliers supportent la sixième à la manière des pieds d'une table. La pierre du dessus a près de 4*" de longueur et de 2'",&0 de largeur. « Quatre de ces piliers sont placés aiix extrémités de cette » pierre ; la cinquième la supporte à Tune des extrémités de 9 sa largeur, dont l'autre extrémité forme ime ouverture , & » l'aide de laquelle on pénètre sous la pierre même et l'on » s'y abrite *. »
La Table des Marehands à Locmariaker a S'^fTO de longueur, 4^ de largeur et 1"* de hauteiur; elle est encore supportée par trois grosses pierres. C'était sans doute l'abri d une grande famille, le palais d'im chef, à moins qu'en dépit de toute raison, on veuille encore y voir quelque table destinée aux sacrifices , parce qu'on y a découvert des rigoles à la partie supérieure^. Au lieu de supposer qu'elles servaient à faire' écouler le sang des victimes, ne pourrait-on pas, plus vraisemblablement, admettre que ces cavités rejetaient les eaux de pluie loin de ceux que la table abritait ?
Faut -il encore parler des nombreux dolmens rectangulaires, formés de quatre pierres, dont Tune, comme à Trie (Eure)*, est percée d'une ouverture circulaire? Quelques-uns ont pensé que les nouveaux-nés qu'on passait par ces trous devaient être préservés de tout maléfice* ; d'autres ont cru qu'il suffisait d'y mettre le bras pour être guéri de certains maux; plusieurs ont supposé que les ouvertures
1 . Lubbock , p. 92 et 94. — 2. De Cambry, p. 21 7. — 3. Id. — 4, France hist. et monuin., p. 53. — 5. Gailhabaud, Mon. cclt. — 6. De Cambry, p. 217.
étaient des gnomons; on a démontré depuis que le soleil et la lune n'avaient hen à faire de ces trous. Dans mon hypothèse , ils ne seraient que la fenêtre de l'habitation.
En usant d'imagination, on pourrait pousser plus loin encore la comparaison. Le menhir on peulvan ordinairement plus large au sommet qu'à la base, comme ceux de Garnac, ou encore comme {ceux que M. Peggb a décrits dans le Recueil' de mémoiret d'antiquiUs de r archéologie britannique^, rep^senterait Yàbri sous roche des pays 'de plaines , l'arbre autour duquel on tourne pour éviter la pluie ou la tempête. La Sauvagère pensait que les Romains avaient planté ces pierres pour y abriter leurs tentes contre le vent'. On a trouvé ridée absurde parce qu'elle s'appliquait aux Romains. Mais il n'est pas douteux que les nomades , poussant leurs troupeaux, se soient servis d'abris semblables dans bien des pays; et les bergers du Morbihan profitent sans doute encore aujourd'hui, pendant la pluie, des nombreux peul-^ vans dont le sol est jonché.
Je dirai la même chose des fnerres branlantes , qui ^ grâce à leur pivot, laissent toujours au-dessous d'elles un vaste espace libre. Great upon litle, comme disent les Anglais. La pierre de Perros-Guyrech (Côtes-du-Nord) a 14" de long sur 7" de large, couvrant par conséquent un espace de près de 100" carrés. Qu'on s'imagine donc combien d'hommes pouvaient se tenir à couvert sous ce bloc d'un are d'étendue !
Il est vrai que sa surface supérieure est aplatie et présente une excavation centrale formant rigole, ce qui fera dire à certains archéologues qu'on y égorgeait des victimes I Mais la pierre n'est pas moins haute que large ; on devra penser alors que les hommes de l'âge néolithique étaient de bonne espèce pour hisser commodément jusqu'au sommet du bloc, les grasses victimes qu'on y sacrifiait journellement aux dieux ! Il faudrait de nos jours un cabestan et une chèvre en f>ermanance au pied de l'autel pour accomplir un tel office!
1. Arch. bril., 1785. — 2. La Sauvag., Recueil d'andq. gaiil.