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le plus probe, le plus loyal, le mieux intentionné qui fût Jamais, avaient pu craindre qu’en France l'enthousiasme pour les lois et pour la liberté ne finit, à la longue, par mettre le trône en péril et que ces idées d'indépendance, d’opposilion, de résislance qui chaque jour prenaient crédit davantage, ne dégénérassent bientôt en désobéissance ouverte et en rébellion déclarée »; j’aime mieux voir enfin, et toujours avec le même auteur, dans ces magistrats de Rouen, plutôt que de « serviles inféodés », des « Français monarchiques (1), amis tout ensemble des lois et de la royauté, inquiets de la hardiesse des résistances qu'ils voyaient se manifester en tous lieux, et, au cas de conflit apparent entre les anciennes maximes et ce qu’on demandait d’eux, enclins à l’obéissance comme au parti le plus sûr, l’anéantissement de l’autorité royale étant après tout à leurs yeux le seul mal auquel il n’y eût point de remède (2). »
Ce qui donne à cette opinion un crédit particulier, c’est la présence, à la tête du tribunal, du lieutenant général Le Boulenger (3). Tout jeune encore — ïl n'avait pas trente ans (4) — magistrat depuis quelques mois seulement — il avait prêté serment le 21 août 1787 (5) — il ne pouvait être déjà estimé autant qu'il le méritait. Mais si quelques
(1) Il va sans dire que nous nous plaçons ici au point de vue des contemporains des lois de mai 1788, et de leur état d'esprit.
(2) Floquet. Histoire du Parlement de Normandie, VII, 197.
(3) Louis-Charles-Alexandre Le Boulenger.
(4) Selon Mme Oursel qui le qualifie de « magistrat remarquable », la date exacte de sa naissance (à Rouen) serait le 26 février 1759 et la date de son décès (dans la même ville) le 12 janvier 1822.
(5) Il remplaçait Jean-Pierre Le Pesant de Bois-Guilbert (Floquet qui donne ces divers détails (VII,198, notel) renvoie au registre du Parlement, 17 et 21 août 1787 et au Journal de Normandie, 1er septembre 1787). Peut-être l'attitude du jeune lieutenant général s’expliquaitelle par ce fait qu’il ne pouvait être encore imbu bien profondément des traditions de la magistrature.
pamphlets s’abaissèrent jusqu'à l’attaquer (1) (encore qu’en général il ne fut point des plus malmenés), ses compatriotes firent bien voir quelques mois plus tard, en diverses élections, qu’ils le considéraient comme un homme de valeur en l’appelant à la présidence du tribunal de district de Rouen, puis en faisant de lui un membre de l’Assemblée législative. Quand on le vit alors « montrer... son profond « attachement au monarque... un jour enfin, au milieu « d’un peuple déchaîné et hurlant, lui faire un rempart de « son corps et recevoir des coups qui visaient ailleurs, « alors on put comprendre jusqu'où allait le profond « dévouement de ce digne magistrat à la monarchie et au « monarque et reconnaître qu'injustement des lbelles « avaient, en 1788, imputé à ambition et à servilité son « adhésion aux actes des ministres du roi (2). w
Quoi qu'il en soit, d’ailleurs, des sentiments qui dictèrent leur conduite aux magistrats du Grand Bailliage de Rouen, ce qui importait pour l'instant, c'était leur adhésion ; il y avait là pour les ministres un espoir et un encouragement, pour les autres tribunaux, un enseignement et un exemple (3).
SECTION IV