‹ Essai sur les hiéroglyphes égyptiensChapitre 30 sur 48 · CONJECTURES · texte numérisé non relu

CONJECTURES

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*OB8cuitiTé la plas profonde semble cacher pour jamais l'origine des beaux arts, et celle de la plupart des inventions et des usages de rantiquité. Les recherches des savans sur ces differens sujets , ont enrichi Tarchasologie de plusieurs ouvrages où rérudltion est prodi*

( i84 ) gnée f pour faire valoir des conjectures son- Yen t ingénieuses 9 mais qui, plus souvent en-* core 9 n'étant basées que sur des paradoxes philosophiqueSi susceptibles d'être facilement combaftus> ne nous mènent à rien de positif.

Ces recherches ne peuvent sur- tout servir l expliquer , d'une manière satisfaisante , pourquoi les premiers monumens de Part statuaire eurebt chez tous les peuples anciens la forme de piliers ^ de simples bornes ou pierres dressées^ de colonnes équarries^ nom« mées Stèles (i).

Mille témoignages , qu'il est inutile de cU ter , puisqu'ils le sont tous dans ces mêmes ouvrages ^ prouvent cependant le choix de cette forme singulière; par elle , le nom grec qui désigne une colonne , désigne une statue. La même chose a lieu dans l'hébreu , dans Farabe (2).

Dire , comme l'auteur de l'ouvrage sur les

(i) «tT)>.i} , cippe , colonne propre k recevoir une

inscriptioiu

(2) « En grec , le mot KION , une colonne y signî- » fiait encore une statue , dit Winkelmann , dans les » plus beaux siècles de la Grèce » .

Chez les Hëbreux , n^^TO MiTZBE , et chez les Arabes , AMUD, ont les mêmes significations.

cultes qui ont précédé T idolâtrie > que ces boiv nés y ces colonnes ne furent révérées ^ que par» cequ'elles étaient le signe mémoratif de quelque pacte relatif aux limites , c'est^ je crois, méconnaître la cause de leur invention , et prendre pour la valeur primitive du signe y ce qui n*est qu'une signification dérivée de l'emploi du signe. Les stèles ou colonnes hermétiques n'eurent 9 dans le principe et long temps après ^ rien de relatif aux limites. On gravait sur elles les instructions soit morales > soit relatives à l'agriculture, qu'il fallait rendre publiques, répandre dans les villes et les campagnes; on jgravait aussi les lois, les décrets, les traités d'alliance, les condamnations et les proscriptions dont il fallait instruire la capitale et les provinces environnantes. On ne pouvait les rendre publiques qu'en les plaçant ainsi gravées sur des cippes y le long des chemins les plus fréquentés, et sur les limites territo-

THO-S en copte, une borne, une colonne^ est le ^OCU même mot que tn THO , indiquant en hëbreu une borne , une marque, et Tiinitation d'un objet, une figure.

Le nom THO-R , 0(do»9 , que les Egyptiens donnaient \ Mercure , représenté par une borne , une colonne , signifie statue ffyure , dessin d'une figure , nKTI , n*l!t TZOR.

THO-R est le même mot que THO-S.

( i86 ) <D>.i9 rialcs des peuples voisins. Le mot stèle , pour désigner une limite , a une signification tellement éloignée de sa valeur radicale ^ qu'elle ci9Xt9iov ne se trouve que sous le dérivé Stélidion.

Prétendre, comme Winkelmann, que ces monnmens étaient les premiers essais de la sculpture chez des hommes grossiers et presque sauvages 9 c'est démentir Texpérience; puisque ce n'est pas en traçant ou dressant des bornes et des colomies qne Thomme sauvage et rhomme sans éducation cherchent à imiter la figure de leurs semblables. Les Mexicains qui se servaient de hiéroglyphes , comme les anciens peuples , n'avaient point débuté de cette manière*<lans les arts d'imitation ; le style seul de leurs hiéroglyphes en est la preuve. Les pierres dressées qu*on a pu trouver chez eux ; celles qu'on a remarquées chez d*autres peuples ou sauvages ou barbares 9 n'ont pas été érigées avec l'intention de représenter la figure de l'homme.

Ne. serait il pas plus naturel d'attribuer le choix de cette forme extraordinaire & une cause qui provient de quelques usages primitifs, communs à tous les anciens peuples, parcequ'ils existaient antérieurement à la dispersion de laquelle date , suivant nos li*

( i87 ) très sacrés^ Torigine de€es mémos peuples ?

A la yérité^ il faudrait admettre ^ comme certain ou du moins comme très probable, le fait de celte dispersion , ceux relatifs k Babel 9 au déluge 9 et c*esfc peut-être demander beaucoup. Mais , sans m'occuper ici des dou« tes que le philôsopbisme a propagés , je pense qu'en admettant ces faits que d'autres faits confirment^ qui ne répugnent point à la saine philosophie et que tant de savans ont admis; '

qu'en approfondissant l'idée que j'émets sur l'influence des usages primitifs^ on aperce* Ycrait^ dans la forme hermétique des pre-* miers monumens de l'art , un symbole , ua signe p un hiéroglyphe ^ dont la signification ramènerait vers l'époque oh. ces monumens furent , pour la première fois , employés > et qui même révélerait le nom de leur inventeur. C'est du moins ce que des recherches m'ont laissé entrevoir. Mon intention n'est /

pas d'entrer dans tous les détails de ces recherches ; mais de soumettre aux lumières des savans l'examen d'un fait inconnu^ et qui se lie & plusieurs usages primitifs', à plusieurs inventions ou institutions dont la cause est également inconnue.

Ce sujet présente deux questions distinctes:

La première. A quelle époque peut -on faire remonter Finarention des colonnes hermétiques? Le nom de leur inventeur est-il parvenu jusqu'à nous ?

La seconde. Quelle influence Temploi de ces colonnes , leur consécration et les changemens qu'elles subirent , exercèrent-ils sur les usages y sur le génie ^ et sur le langage des peuples ?

Une dissertation qui répondrait à ces deux questions , résoudrait bien des difficultés ; mais ce travail n*étant pas de ceux que peut entreprendre un artiste > quoique le sujet ne soit pas étranger à l'histoire de Tart > je me boîrnerai à établir ;

I.* Quelques conjectures sur l'origine et sur la forme primitive des monumens de Fart statuaire ;

â.<» A exposer le résultat de quelques recherches sur les usages et les inventions dont ces monumens paraissent avoir été la cause.

Dans la première partie^ je répondrai succintement à quelques difficultés tirées de Tantiquité supposée de certains monumens et de l'état primitif de l'homme. Je remonterai ensuite vers l'époque, oii les colonnes hermétiques furent pour la première fois

( i89 ) employées. Enfin ^ je rechercherai la cause

du choix de ces monumens.

Dans la seconde partie ^ je me bornerai à

un simple aperçu.

REPONSE AUX DIFnCULTES

TUÉES DE l'aVTIQUITÉ SUPPOSEE DE CERTAIRS MONUMEIIS.

J'ai dit que pour expliquer comment toutes les nations de Tantiquité adoptèrent , dans les premiers monumens de Tart^ la forme de la borne , de la pierre dressée ou de la co« lonne , il fallait nécessairement remonter à Torigine des nations^ reconnattre qu'elles sortent toutes d*une seule et même famille , et n'être point arrêté par les systèmes que le philosophisme a fait valoir dans Tinten* tion de renverser l'ensemble des traditions mosaïques.

Je ne m'occuperai donc pas de Texamen de ces systèmes; les objections tirées de la haute antiquité attribuée à certains peuples t et de l'état moral de l'homme primitif^ état présumé le même que celui de l'homme saup vage , méritent seules un léger examen.. '

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