I. — Dimensions que l’on pent donner anx hôpitaux
Quelles sont les dimensions que l’on peut donner aux établissements hospitaliers? Y a-t-il des limites maximum ou minimum que l’on, ne saurait dépasser sans danger?
Telles sont les premières questions qui se présentent à nous dans l’étude que nous abordons. Elles sont grosses de discussions et d'orages.
Il est tout d’abord évident que les ressources des établissements hospitaliers doivent être en rapport avec les besoins de la population indigente ou militaire qu’ils sont appelés h desservir. Ces besoins sont sujets à des variations fréquentes et considérables, soit en temps de paix, par le fait des épidémies, soit en temps de guerre, par le fait des batailles et surtout des maladies qu’engendrent la fatigue et les privations des troupes. Les établissements hospitaliers devront être assez considérables, ou assez nombreux et assez abondamment pourvus de tout, pour subvenir, nonseulement aux besoins ordinaires, mais encore dans les limites du possible, aux nécessités impérieuses qu’engendrent les calamités publiques. Mais ces ressources, une fois réunies par les soins des particuliers^ de la charité publique et des gouvernements, faut-il les morceler et construire des hôpitaux relativement petits, nombreux et séparés les uns des autres, ou bien est-il préférable de les réunir dans un grand hôpital? La préférence à accorder à tel ou tel système doit-elle dépendre des questions d’économie ou des questions de salubrité ? Y a-t-il des dimensions que l’on ne doit pas dépasser? Est-il possible de concilier l’hygiène hospitalière avec la parcimonieuse sagesse des administrateurs?
Il a été démontré, et il est admis, que les malades et les blessés guérissent mieux dans les petits hôpitaux que dans les grands, toutes les autres conditions étant égales d’aib- I leurs; mais on reproche aux petits établissements d’élever ï considérablement les frais d’installation et le prix de journées des malades, point capital lorsque les ressources sont limitées. On leur reproche aussi de rendre la surveillance disciplinaire et administrative difficile et de nécessiter des déplacements coûteux et préjudiciables aux malades, lors-
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qu’ils sont appelés à desservir des centres de population considérables et éloignés.
Peut-on satisfaire à la fois aux exigences du médecin qui est chargé de la santé des malades qui lui sont confiés et à celles des administrateurs responsables des deniers publics?
On a souvent cherché à réaliser ce difficile problème, on n’j est pas parvenu jusqu’ici d’une façon tout à fait satisfaisante. Les principes auxquels on s’est arrêté de nos jours sont les suivants : Il faut que les malades soient traités dans de petits hôpitaux, c’est ce qu’imposent les statistiques, et grouper ceux-ci autour d’un centre administratif, afin qu’ils participent aux avantages d’économie qui sont l’apanage des grands établissements : en les rapprochant ainsi, il ne faut nuire, ni à leur isolement, ni à leur indépendance, ni à leur bonne exposition : d’un autre côté, leur éloignement ne doit pas être tel qu’il devienne une gêne pour la facilité et la régularité du service.
C’est donc par le choix judicieux du plan de l’hôpital qu’il sera possible de lui assurer les avantages hygiéniques et administratifs réunis ; mais en groupant ainsi des bâtiments séparés autour d’un centre commun, ne court-on pas risque de retomber dans les défauts que présentent les grands hôpitaux. C’est ce qui est arrivé chaque fois que l’espace dont on disposait n’était pas assez étendu pour permettre un isolement suffisant des pavillons séparés dont se compose l’hôpital. L’expérience a démontré que la distance à conserver entre eux doit être plus considérable qu’on ne le croyait tout d’abord. On a reconnu aussi qu’en espaçant les pavillons, on diminue le danger sans le conjurer d’une façon absolue. Il reste donc indiqué de toujours réduire autant que possible le nombre des malades traités dans le même établissement.
Quelle sera la population de chacun des pavillons? Il est difficile de préciser des chiffres; le nombre des malades, on
le comprend, ne saurait être fixé d’une manière mathématique ; les avis du reste ont varié. Les moyennes qui nous semblent les plus acceptables, celles qui ont l’approbation de la majorité, sont 100 ou 50; dans le premier cas, le bâtiment doit être double et séparé au milieu par une vaste cage d’escalier et par des chambres de service isolant les deux ailes; il se trouve alors formé par deux pavillons accouplés.
Cette question du reste se représentera à nous lorsque nous parcourrons les différents plans qui ont été adoptés jusqu’ici dans la construction des hôpitaux, et lorsque nous nous occuperons des dimensions que l’on doit accorder à chacun des bâtiments. Jusque-là nous ne pouvons avoir la prétention que d’indiquer des chiffres tout à fait approximatifs dont on s’est trop souvent éloigné. Prenons quelques exemples :
L’hôpital de Lariboisière, construit récemment d’après les idées que nous venons d’énoncer etaü sujet duquel on a tant discuté, est formé par des pavillons séparés contenant chacun 102 lits. Les pavillons sont simples et reliés par des couloirs. Les nouveaux bâtiments du Val-de-Grâce, dans lesquels sont situés les services cliniques, sont des pavillons doubles et symétriques; ils contiennent environ 150 malades : c’est un chiffre un peu élevé. Le môme reproche s’applique à l’hôpital de Vincennes dont les pavillons, plus étendus encore, sont destinés à abriter sous le même toit plus de 300 malades. Lorsque s’éleva dans la Société de chirurgie, la discussion ayant trait à la reconstruction de l’Hôtel-Dieu, Trélat demanda que les pavillons ne continssent pas plus de 100 lits; ce chiffre fut accepté comme limite maximum par la plupart des membres de la savante société. Nous croyons qu’il sei’ait utile, si faire se peut, de le réduire encore.
C’est la voie qui a été suivie par les .\nglais pour les hôpitaux militaires deWoolwich et de Malte, Chacun des pavil-
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Ions dont se composent ces établissements ne comporte que Ziü ou 60 lits, chiffre bien différent de celui que l’on trouve dans leurs hôpitaux civils, de construction plus ancienne. Quant aux Américains, ils ont poussé le système jusqu’à ses dernières limites. Dans la sanglante guerre, où le Nord a triomphé, ils ont formé, avec des pavillons séparés contenant de 25 à 50 lits, des hôpitaux appelés à recevoir près de àOOO malades. Hammond nous apprend que ces vastes établissements n’ont pas été défavorables au traitement des malades et des blessés, grâce à l’heureuse disposition des plans qu’on avait adoptés pour leur construction. Il semble toutefois évident que, malgré tout ce que l’on pourra faire, de telles agglomérations de malades ne peuvent être que dangereuses. De même qu’il faut restreindre le nombre de lits par pavillon, de môme on doit limiter le plus possible le nombre des pavillons dont se compose l’hôpital. Les impérieuses nécessités ‘de la guerre peuvent seules autoriser la construction d’établissements semblables aux hôpitaux provisoires d’Amérique.
Quant aux maternités, c’est une question si pénible à envisager et si difficile à résoudre que nous osons à peine l’aborder. Dans celles qui sont les mieux disposées et tes moins considérables, la mortalité est encore effrayante et hors de toute proportion avec ce qui s’observe hors des hôpitaux (1). Il est très-difficile de dire, môme approximativement, les dimensions qu’il est permis de leur donner. Tout porte à croire que l’on ne pouri'a jamais trop les multiplier ni trop réduire le nombre des femmes que reçoit chacun de ces établissements.
(1) Voyez l’intéressant nicniüirc de St. Tarnier iyxr Y Hygiène des hôpitaux de femmes en couches. Paris, 186.5.