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II. — Choix «le remplacement

Rien n’est facile comme de désigner d’une façon abstraite remplacement que l’on doit choisir pour la construction d’un hôpital; mais dans la pratique surgissent des difficultés nombreuses et inattendues.

Les conditions que l’on est en droit d’exiger, n’ont pas toutes la même importance. Il faut une vaste étendue de terrain, même pour un hôpital de dimensions moyennes, autant que possible hors de l’enceinte des villes, en dehors même des faubourgs et dans un point où l’on n’a pas à craindre l’affluence rapide de la population, dont le mouvement excentrique et continu tend à envahir les abords des villes. La plupart des hôpitaux de Londres étaient situés au début aux limites extrêmes de la banlieue, entourés de champs cultivés ou de terrains vagues. Aujourd’hui ils ne sont plus même excentriques, et enveloppés de tous côtés par des bâtiments et des fabriques ; ils prennent leur part des brouillards et de la fumée de cette grande cité.

On doit choisir pour l’emplacement d’un hôpital un endroit élevé. Une colline vaut mieux qu’une plaine, le fond d’une vallée n’est pas acceptable, la ventilation et l’aération n’y sont jamais suffisantes et l’humidité y est extrême. Ce sont des reproches que l’on fait, non sans grande apparence de raison, à l’emplacement de l’Hôtel-Dieu à Paris. L’hôpital doit être bien découvert au midi et à l’est et autant que possible abrité du côté du nord dans les pays froids. Cette dernière condition, â laquelle les Allemands semblent attacher une certaine importance (1), ne nous paraît pas mériter grande considération; nous préférons permettre aux vents régnant habituellement dans le pays de largement balayer les façades des pavillons.

(1) Voy. doctour Kr(rnhenhmixn\ Berlin, 1857.

en. SARAZiN.

W Le sol doit être sec, de nature calcaire ou granitique, le drainage doit s’y faire naturellement. Tout drainage artificiel est dispendieuxet insuffisant. 11 faut que l’on puisse trouver dans le voisinage de l’eau potable en abondance, c’est là une des conditions les plus indispensables, aussi le voisinage d’une rivière, dont les eaux claires coulent rapidement, est un précieux avantage. On pourra, en outre, profiter du courant pour éloigner de l’établissement les immondices et les eaux ménagères.

Le voisinage des marais, des rizières, des terrains bas et humides, doit être évité, et il en est de même des canaux et des eaux dormantes surtout si elles reçoivent les égouts d’une grande cité. Citons ici comme exemple le bras mort de la Seine, dont les eaux croupissantes ont été signalées de tout temps comme une des causes de l’insalubrité, de r Hôtel-Dieu.

On a demandé aussi que les hôpitauj^ soient établis assez près d’un chemin de fer, pour qu’ils puissent communiquer et s’approvisionner facilement au dehors. Ce voisinage qui, lorsqu’il n’est pas immédiat, ne saurait avoir aucun inconvénient, n’a d’importance que pour les établissements qui sont appelés, par la nature de leurs services, à recevoir ou à envoyer des évacuations de malades nombreuses ou fréquentes. Dans notre dernière guerre d’Italie, les voies ferrées ont rendu les plus grands services pour le transport des blessés, et les grands hôpitaux provisoires d’Amérique ont tous été établis sur les chemins de fer qui conduisaient au siège des hostilités. Peut-être viendra-t-il un jour où l’administration des hôpitaux de Paris traitera ses malades loin de la capitale, ne conservant plus dans la ville que des ambulances, situées près des grandes lignes de chemin de fer, et destinés aux secours urgents et au petit nombre de ceux à qui le transport serait préjudiciable.

11 est aussi un certain nombre de considérations invo-

quées au sujet du choix de remplacement, qui sont tout à fait inadmissibles. On veut compléter l’ornementation d’un quartier en y construisant un grand bâtiment public; c’est un hôpital qu’on y place. Le bon sens proteste contre l’idée de faire d’un hôpital un brillant et malsain décor.

Combien la verve gauloise ne s’est-elle pas exercée sur ce même Hôtel-Dieu mis à V ombre de Notre-Dame. La superstition et le sentimentalisme ne sauraient entrer en ligne de compte lorsqu’il s’agit de construire un hôpital, et l’ombre d’une église, fût-elle même assez éloignée, ne saurait pas plus guérir un malade que les messes, les prières et les neuvaines. Le voisinage d’un évêché n’est guère plus utile; ce h’est pas dans les hôpitaux qu’on rencontre les évêques.

Il est, par contre, un certain nombre de questions administratives qui méritent d’être prises en sérieuse considération. On veut que les hôpitaux soient près des centres de population qu’ils sont appelés à desservir. Les malades graves et les blessés ne peuvent pas aller chercher au loin les secours qui leur sont nécessaires. Tant qu’on n’aura pas surmonté les difficultés que présente l’évacuation méthodique des malades, les établissements hospitaliers devront être près des quartiers populeux; mais il n’est nullement nécessaire qu’ils soientau milieu même de l’agglomération, et tant qu’il ne faudra pas pour les atteindre plus d’une demi-heure de marche, les malades pourront facilement s’y rendre ou s’y faire transporter.

Les motifs d’économie ont aussi une certaine importance. On peut, faute de ressources suffisantes, être forcé de bâtir sur les terrains que l’on possède. En général, plus on s’éloigne des centres de population, plus il est facile d’obtenir à bas prix un emplacement d’une étendue suffisante. La question d’économie favorisera donc, presque toujours, le choix auquel nous nous sommes arrêté.

Enfin, lorsqu’il s’agit de legs faits aux hôpitaux, la volonté

CH. SARAZIN

du donalaire doit être respecLoc. 11 est curieux de voir que la plupart de ceux qui font ce dernier acte de bienfaisance suprême, imposent souvent aux administrateurs des conditions fâcheuses qui limitent ou annulent leurs bienfaits.

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