CH
AZIN.
permis de les considérer comme formés par deux ailes séparées. Ils peuvent contenir 665 malades, soit 21 officiers et ^hh soldats, dans trois étages superposés, divisés en salles communes de 32 à kO lits, et en cabinets de 2 et U lits. Le dernier étage des pavillons est mansardé; il est défectueux au point de vue du chauffage et de la ventilation. Le bâtiment central, qui est parallèle à la route de Paris, dont il est éloigné de 120 mètres environ, est occupé par la chapelle, la salle des conférences, les chambres de garde, les bureaux, les magasins et les logements du personnel. Les cuisines, la pharmacie, les salles de bain et la lingerie occupent une partie du rez-de-chaussée des pavillons. Nous reviendrons plus loin sur les appareils de Grouvelle et de Régnault, au moyen desquels sont assurés le chauffage et la ventilation des deux ailes occupées par les malades.
L’hôpital de Vincennes excite l’admiration par ses belles proportions, par les dimensions de ses salles communes, par la simplicité du plan d’après lequel il est construit. On lui a adressé quelques reproches mérités. Les pavillons sont trop considérables, et quoiqu’ils soient en quelque sorte dédoublés par la vaste cage d’escalier qui les coupe en deux, ils n’abritent pas moins sous le même toit plus de 300 malades. De plus, des salles d’hôpital ne doivent pas contenir 40 lits, surtout si l’on se rappelle la grande tendance qu’on a, dans les moments de presse^ d’y établir des rangées intermédiaires de lits supplémentaires. Il est fâcheux aussi de voir les cuisines, la tisanerie, la buanderie et les salles de bain occuper le rez-de-chaussée des pavillons destinés aux malades : on devrait les réserver à la chirurgie et éloigner le plus possible ces services bruyants, odorants et humides.
Hôpital militaire de Malte. — Il est formé de six pavillons perpendiculaires à une longue galerie couverte et rectiligne, et séparés par un espace libre égal à deux fois leur hauteur. Ces pavillons, composés d’un soubassement, d’un
rez-de-chaussée et d’un premier étage, construits dans un bastion de forme irrégulière, n’ont pas tous la même longueur; les plus grands ne comportent que deux salles superposées de 32 lits chacune. A chaque salle se trouvent annexées, du côté de la galerie, une chambre d’infirmier et une office, et du côté opposé une salle de bains et des latri. nés. Le bâtiment destiné à tous les services administratifs est parallèle â la galériè ; il en est séparé par deux petites cours rectangulaires; trois couloirs couverts partant de la galerie y aboutissent. Cet hôpital de Malte, qui n’est guère destiné à plus de 300 malades, nous semble un modèle à suivre.
Episcopal Hospital de Philadelphie. ^ WàiïiëvQ peu du précédent; nous empruntons sa description à Hammond. Il se compose d’un bâtiment central contenant la chapelle, l’amphithéâtre chirurgical, etc., d’où partent de chaque côté un corridor couvert et une véranda, sur lesquels tombent à angle droit quatre pavillons séparés destinés aux malades. Ceux-ci comportent deux salles superposées et un attique destiné à certains cas spéciaux qui ne sont pas indiqués par l’auteur. Les salles contiennent 30 lits : elles ont 30 pieds 10 poùces de large, 120 pieds de long et 16 pieds dé haut; il y a donc par lit 120 pieds de surface et 2000 pieds cubes, ce qui équivaut à environ 70 mètres cubes par malade, chiffre supérieur à celui dont nous nous sommes contentés. Le sdüs-sol des pavillons contient les cuisines et les magasins, qui sont réunis par des couloirs souterrains. Enfin, d’après le plan que nous avons sous les yeux, les pavillons semblent distants les uns des autres d’environ 20 à 25 mètres. Ce bel hôpital, bâti sur une si large échelle, ne contient que 325 lits. Hammond s’écrie avec orgueil qu’il est supérieur aux plüs beaux hôpitaux d’Europe; il pourrait bien avoir raison.
Voyons maintenant quelques-uns des hôpitaux où les pavillons forment une double rangée et sont dispo.sés à droite et à gauche d’une galerie rectiligne qui les réunit.
eu. SARAZIN,
Blackburn Hospital, près de Manchester (fig. 2). — Un bâtiment central, plus considérable que les autres, est destiné
à la plupart des services administratifs; il a la forme d’une croix dont les branches très-courtes contiennent deux
ESSAI SUR LES HÔRIïAUX.
salles de 4 lits chacune, aboutissant à l’amphithéâtre de chirurgie. Du pied de la croix partent de chaque côté deux longues galeries sur lesquelles tombent à angle droit huit pavillons. Ces pavillons, largement espacés, sont disposés sur deux rangs à droite et à gauche de la galerie commune, et chacun d’eux correspond au milieu de l’espace qui sépare les pavillons de la rangée opposée. Ce qui est surtout remarquable dans cet hôpital, c’est le petit nombre de lits que contiennent les salles communes. Les plus grandes, percées de dix fenêtres, ont 11“,88 de long, 7 mètres de large et 4“,87 de haut; elles contiennent 8 lits, ce qui fait pour chaque lit 50“%74.Les cabinets, destinés aux malades qu’il est nécessaire d’isoler, ne contiennent que 2 lits pour un volume d’air qui dépasse 154 mètres cubes; soit plus de 72 mètres cubes par lit. L’hôpital de Blackburn, qui occupe un emplacement de 3 hectares 236 ares, ne doit contenir que 140 malades environ. C’est une application bizarre, originale et peu dispendieuse du système des pavillons isolés. Commencée en 1859, la construction, assez avancée en 1862, avait déjà coûté 424609 francs, et on estimait à 167 000 francs les dépenses qui restaient à faire (1). Nous ferons remarquer, en terminant, que la dépense par lit est de 4240 francs, qu’elle s’est élevée à Lariboisière à 17 237 francs, et à Vincennes à 3427 francs, non compris l’acquisition du terrain et la construction du casernement des infirmiers, qui est de 100 000 francs. Si l’on tenait compte de ces deux facteurs, le lit d’hôpital à Vincennes coûterait aussi plus cher qu’à Blackburn, malgré le nombre comparativement considérable des malades que reçoit chacun des pavillons de l’hôpital français.
Hôpital müitoire de Woolwich. — D’après le plan qui a
(1) Vuy. pour plus de détails une lettre de M. Henry Eagle, secrétaire de l’œuvre, dans le mémoire de M. Husson, p. A39.
SARAZIN. 3
CH. SAKAZIN
été adopté, les pavillons, au nombre de douze et largement espacés , sont disposés par paires des deux côtés d’une longue galerie aux extrémités de laquelle s’élèvent deux bâtiments rectangulaires destinés, l’un au service des aliénés, l’autre à l’amphithéâtre de chirurgie et aux cabinets des opérés. Les pavillons ont deux étages formant, pour les huit plus grands, deux salles communes de 28 à 32 lits. Les bâtiments destinés aux services administratifs sont parallèles à la galerie de communication ; ils sont séparés des pavillons par un espace libre d’une étendue suffisante. Ce vaste établissement, si conforme aux principes modernes de l’hygiène hospitalière, contiendra, comme Vincennes, 650 malades.
Judiciary Square Hospital de Washington. — Cet hôpital, construit sur un plan presque identique avec les précédents, est un de ces nombreux hôpitaux provisoires qui abritèrent les milliers de blessés de la dernière guerre américaine. Quoique ces vastes établissements, appelés à ne durer tout au plus qu’une dizaine d’années, soient formés par des pavillons bâtis en bois, recouverts d’un enduit de stuc, soulevés à deux pieds du sol et sans étages supérieurs, nous ne croyons pas inutile de rappeler en quelques mots les judicieuses dispositions qu’ils présentent. Rien ne saurait empêcher, du reste, de les imiter en maçonnerie, et leur étude permettra peut-être à l’intelligente administration des hôpitaux militaires d’éviter à l’avenir les désastres hospitaliers de Crimée et de Constantinople. Le Judiciary Square Hospital, un des premiers construits par la commission sanitaire des États-Unis, a quelque ressemblance, dans la disposition de ses dix pavillons, avec l’hôpital de Blackburn. Ils partent, à angle droit, d’un long et large couloir rectiligne, à l’extrémité duquel s’élèvent les bâtiments destinés aux services administratifs. Les pavillons de droite rencontrent le couloir en face des espaces
ESSAI smi LES HÔPITAUX.
vides qui séparent les pavillons de gauche. Tous identiques entre eux^ abondamment fournis d’eau, éclairés au gaz, chauffés par trois foyers ouverts et bien ventilés par des ouvertures pratiquées au niveau du toit qui les recouvre, et dans le plancher, sous les lits, ils sont appelés à contenir chacun 25 malades, ce qui fait 250 malades pour tout l’hôpital. Hammond, à qui nous empruntons cette description, recommande, dans la construction de ces pavillons, de les espacer largement et de mettre les latrines et les salles de bains annexées à chacun d’eux le plus loin possible de la galerie de communication. Un autre hôpital provisoire fut construit sur le même plan, par les soins de la commission sanitaire, à Mount-Pleasant, hors de l’enceinte de Washington. Ce sont là des établissements d’une bien faible importance, comparativement à ceux dont nous nous occuperons plus loin.
Deux galeries parallèles, réunies vers leur milieu ou à leurs extrémités par les bâtiments de l’administration, font communiquer les pavillons entre eux dans l’hôpital Lariboisière et dans le West Philadelphia Hospital.
Hôpital Lariboisière. — « Édifié au nord de Paris, dans » l’ancien clos Saint-Lazare, l’hôpital Lariboisière, dit » M. Husson, est, de tous nos hôpitaux, celui qui sous » divers rapports répond le plus complètement à sa desti- » nation.
» La construction de cet établissement a été entreprise » en 18à6, d’après les plans de M. Gauthier, membre de » l’Institut. Le programme remis par l’administration à cet » architecte lui recommandait de s’inspirer des idées émises n en 1788 par les commissaires de l’Académie des sciences » et par Tenon, sur la construction des hôpitaux. Aussi le » projet exécuté reproduit-il dans son ensemble le plan » général publié dans les Mémoires de l’Académie. » Ainsi,
CH. SARAZIN
quoique de construction récente, puisqu’il n’a été ouvert aux malades qu’en mars 185i, l’hôpital Lariboisière remonte comme conception et comme plan général à une époque antérieure à la révolution française. Il est contemporain de Tenon. Si nous nous reportons à une date aussi reculée, nous avons tout droit d’être fiers de ce bel hôpital, malgré les attaques nombreuses et souvent méritées auxquelles il a été en but dans ces derniers temps. Lariboisière a beau être appelé le Versailles de la misère, on a beau lui reprocher son insalubrité, ses statistiques défavorables et comme médecine et comme chirurgie, il n’en est pas moins vrai que c’est un des premiers pas faits vers la perfection, dans la construction des hôpitaux, et l’on est forcé d’admirer l’étendue des connaissances sur l’hygiène hospitalière que possédaient des hommes qui n’avaient eu sous les yeux que les nombreux défauts de l’ancien Hôtel-Dieu. Il faut donc reconnaître à cet hôpital les mérites incontestables qu’il a, et il peut très-bien se passer de l’apologie à outrance de ceux qui veulent en faire la réunion de toutes les perfections.
Il a aussi des défauts que nous chercherons à signaler; nous nous contenterons d’étudier le plan de l’hôpital et les quelques objections que l’on est en droit de lui adresser. Dans d’autres parties de notre essai, nous nous occuperons de la ventilation, du chauffage et de l’ameublement des salles et des mille questions de détail qui ont dans les hôpitaux une importance si grande et pour lesquelles il nous servira souvent de point de comparaison.
« L’hôpital Lariboisière (fig. 3) se compose d’une série )) de bâtiments à deux étages chacun, séparés entre eux par » des préaux ou promenoirs et établis sur deux lignes pa- » rallèles.
» Une grande cour plantée occupe le centre des bâtiments.
» Une galerie vitrée règne sur les quatre côtés de cette » cour, établit une communication à couvert entre tous les
» services et peut servir de promenoir pour les conva- » lescents. »
Fij. 3. — Hôpital Lariboisière. Plaa du rez-de-chaussée, échelle do 1 demi-niidimètre pour 1 mètre, ft, salle des malades; 6, préau des malades; e, bureaux de la direction ; rf, consultations externes ; c, réfectoire des gens de service, cuisine générale et scs dépendances ; pharmacie, cabinet du pharmacien, dépendances de la pharmacie ; <7, vestiaire des médecins ; ft, malades agités ; i, cabinet de la sœur ; y, office ; dépôt de linge sale et lieux d’aisances des malades ; bibliothèque ; wi, réfectoire des malades ; n, communauté ; o, bains ; p, chapelle ; q, buanderie et dépendances ; 7’, salle d’opérations; s, salle des morts et d’autopsie ; ?, vestiaire ; tt, cour des couvois.
Les pavillons affectés aux malades sont au nombre de 6, dont 3 pavillons à droite et 3 k gauche.
CH. SARAZIN
« Chaque pavillon contient trois salles de 32 lits, plus 2 lits installés dans une petite chambre, au bout de chacune des salles, et destinés aux malades agités ou atteints d’affections contagieuses. Mais la salle d’accouchements ne contient que 28 lits, et la petite chambre qui la termine ne reçoit de malades que pour l’opération de l’accouchement et l’ablution des enfants. «
Il y a donc dans l’ensemble des pavillons, y compris 28 berceaux, 606 lits affectés aux services de médecine et de chirurgie.
«Les bâtiments de façade renferment, au rez-de-chaussée, les bureaux de l’administration (direction et économat), les salles de réception des malades et des consultations externes pour la médecine et la chirurgie, les services généraux do la cuisine et delà pharmacie avec leurs dépendances. Les principaux employés (directeur, économe, aumônier, pharmacien) sont logés |au premier étage. Des dortoirs de gens de service sont placés l’étage supérieur.
n Huit chauffoirs sont établis au rez-de-chaussée des bâtiments qui s’élèvent sur la cour centrale.
)> La chapelle occupe le centre des bâtiments du fond et forme ainsi façade sur la grande cour. A droite et à gauche de la chapelle sont établis ;
» 1“ La communauté des religieuses;
», 2" Les salles de bains, simples, composés, de vapeur, etc.;
» 3“ La lingerie, la buanderie, etc. ;
» 4° Le dortoir des filles de service.
» Deux amphithéâtres pour les leçons et cours et pour les opérations existent à droite et à gauche de la chapelle.
» L’amphithéâtre pour les autopsies, la salle de repos, ainsi que divers magasins et hangars, séparés par des cours de service, sont placés en arrière de la chapelle.
» Les pavillons de malades comprennent huit services médicaux, savoir ;
)» Six services de médecine, y compris un sefvice d’accouchement,
» Et deux services de chirurgie. »
Les pavillons ont U5 mètres de long, 10 de large et 18 de hauteur. Ils ne sont séparés les uns des autres que par un intervalle de 20 mètres, chiffre qui nous semble trop faible pour permettre une bonne insolation et une aération suflisante des pavillons, car ils se trouvent^ grâce à leur rapprochement et à leur hauteur, couverts les uns par les autres. Le bénéfice des pavillons isolés se trouve ainsi en grande partie perdu, le vent et la lumière n’ayant pas un accès facile sur les façades des bâtiments; l’air corrompu des salles peut plus facilement pénétrer dans les pavillons voisins. Il est vrai que la ventilation artificielle obvie en partie à cet inconvénient, surtout pendant l’hiver, mais cet air vicié, refoulé hors des salles par les ventilateurs, ne pouvant pas être suffisamment balayé par les courants atmosphériques, crée autour des pavillons une véritable atmosphère hospitalière. Il faudrait donc un intervalle plus considérable entre les pavillons.
Les bâtiments occupés par les malades ont trois étages de salles superposées. Nous nous sommes déjà plusieurs fois expliqué à ce sujet : c’est un étage de trop.
Les salles sont très-grandes, les lits sont espacés, et le cube d’air par lit est de 58'"%701 au rez-de-chaussée, 52"’%685 au premier étage, 52"’%117 au second étage. Ce sont là des chiffres assez élevés et peu différents de ceux que nous avons indiqués nous-même; mais le nombre des malades par salle est de trente-deux, ce qui est un chiffre assez élevé si l’on n’a pas soin de toujours conserver quelques lits vacants, et loin de là, on propose d’ajouter, dans les salles, des lits supplémentaires. Ce reproche ne saurait être exagéré, surtout lorsqu’il s’agit de la salle d’accouchements. On n’a pas le droit de mettre dans une même
CH. SARAZTN.
salle, quelque grande qu’elle soit, vingt-huit lits destinés à être occupés par un service d’accouchements.
Nous reviendrons plus loin sur les systèmes de chauffage et de ventilation employés à Lariboisière. Qu’il nous suffise de rappeler encore le chiffre élevé des dépenses premières qui n’est pas inférieur à 10titi5146 francs! Réparti entre 606 lits, il nous donne, en moyenne, par lit 17 236 fr. 21 c. Devant de pareilles sommes, il semble évident qu’aucun plan d’hôpital ne doit être trop dispendieux pour l’administration des hôpitaux de Paris; et, en effet, d’après le rapport du professeur Tardieu (1), le nouvel Hôtel-Dieu doit coûter 21ti00 000 francs (chiffre d’estimation qui est toujours dépassé); et comme il ne doit contenir que 716 lits, nous trouvons que la dépense s’élèvera par lit à plus de 29 888 francs ! Ce sont là des chiffres qui sont de nature à exciter l’exigence des chirurgiens, qui doivent tranquilliser beaucoup les architectes et les faiseurs de devis, et qui, bien certainement, leur rendent la besogne facile.
West Philadelphia Hospital. — C’est un de ces établissements provisoires considérables, créé par les nécessités de la guerre. Il est situé, comme son nom l’indique, à l’ouest de Philadelphie, sur un emplacement d’une salubrité irréprochable. Le plan suivant lequel il a été construit rappelle eelui de Lariboisière ; il y a, toutefois, entre ces deux établissements la différence à laquelle il faut s’attendre, si l’on compare de vastes bâtiments à plusieurs étages construits en maçonnerie, avec des pavillons baraqués, appelés seulement à une durée éphémère.
Deux corridors, qui ont 860 pieds de long, là pieds de large et 13 pieds de haut, séparés par un intervalle de 75 pieds, sont réunis vers leur milieu par des bâtiments réservés à tous les services administratifs.
Sur chacun des corridors tombent à angle droit 17 pa-
(1) Annales d’hygiène, juillet 1865.
villons, qui ont 167 pieds de long, 2k pieds de large et 19 pieds de haut, jusqu’au sommet du toit, disposés de façon à assurer la ventilation. L’espace entre les pavillons n’a que 21 pieds.
Chaque pavillon contient: 1® au centre, une salle commune [de 147 pieds de long, percée de trente fenêtres ; 2“ du côté du corridor, deux cabinets pour l’infirmier en chef et pour la sœur de charité ; et 3® du côté opposé, deux petites salles séparées du service par un couloir : ce sont les latrines et la salle de bain.
Les salles de malades de chaque pavillon contiennent 48 lits ; leur surface est égale à 3428 pieds carrés, soit plus de 71 pieds carrés par lit ; leur capacité est de 54848 pieds cubes, soit de 1141 pieds cubes par lit. Il y a vingt-quatre fenêtres, soit deux lits par fenêtre.
Partout on trouve en abondance l’eau froide et l’eau chaude; cette dernière est fournie par une machine à vapeur. Les eaux ménagères et les immondices sont recueillis par deux tubes de terre cuite, placés à quelques pieds sous terre parallèlement aux corridors ; leur diamètre est de 10 pouces. Ils passent sous les latrines de tous les pavillons, reçoivent l’eau des salles de bains, et se réunissent dans un tuyau de 12 pouces, qui aboutit à la rivière- Mill Creck, après s’être débarrassé des parties solides qu’il charrie dans un drain suffisamment éloigné de rhôpital.
Nous trouvons dans le même établissement, bien séparés des salles de malades, des cuisines, des buanderies, des réfectoires, des logements pour les médecins et les administrateurs, des réservoirs d’eau considérables, une machine à vapeur, une imprimerie, une chapelle, etc., etc.
Il serait facile de critiquer le West Philadelphia Hospital, mais il faut tenir compte des difficultés exceptionnelles contre lesquelles avaient à lutter ceux qui étaient chargés de la construction et de la direction de ces établissements. On pourrait demander d’espacer plus les pavillons et de les
CII, SAHAZfN.
faire moins longs et plus larges; mais il fallait abriter plus de 3000 malades, et cette impérieuse nécessité nous explique comment cet hôpital, destiné d’abord à 13/iA malades, a plus que doublé après les campagnes meurtrières de l’été et de l’automne de 1862. Au moment où écrivait Hammond, le West Philadelphia Hospital contenait 312é lits; nous verrons plus loin que le Mower general Hospital était encore plus considérable.
Dans tous les hôpitaux que nous venons de parcourir, les pavillons tombent à angle droit sur des galeries rectilignes i au moyen desquelles ils communiquent entre eux et avec | les bâtiments administratifs; dans ceux qu’il nous reste à étudier, la disposition des pavillons n’affecte plus la même simplicité, ils sont groupés d’une façon très-variable et souvent ingénieuse autour des bâtiments destinés aux services administratifs.
Hôpital Saint- Louis de Gonzague, « Turin (fig, â). — C’est un des plus curieux exemples que nous puissions prendre. î Quatre pavillons partent, en divergeant comme les branches d’un X, d’un bâtiment central à peu près circulaire où sc : trouvent la chapelle, le vestibule, la salle des consultations, les cages d’escalier, etc. Ces quatre pavillons, occupés par '
les malades, sont réunis deux à deux par des bâtiments qui i
joignent leurs extrémités. Il en résulte, entre' deux ailes du même côté, deux cours triangulaires fermées de tous cotés, '] ce qui est une condition fâcheuse pour la ventilation de j l’hôpital. ‘
Les salles occupées par les malades présentent une dis- i position assez curieuse, que nous retrouvons à l’hôpital de * Saint-Mandrié, à Toulon. Au lieu de s’ouvrir directement au dehors par des croisées, elles sont entourées par un large couloir que l’air et la lumière doivent traverser pour arriver jusqu’à elles, et derrière chaque lit se trouve une petite porte de service, donnant sur le couloir, par laquelle les cadavres ou môme les lits peuvent être enlevés sans j
ESSAI Süll LÉS HÔPITAUX.
troubler la tranquillité de la salle. Comme les quatre pavillons s’ouvrent sur la chapelle qui est centrale, au moyen de larges portos que l’on ouvre pendant les cérémonies religieuses , du milieu de la chapelle on peut voir tout l’hôpital.
MM. Gaultier de Glaubry(l), Husson (2), Hammond (3), et M. Antony Rouillet, décrivent ce curieux hôpital et l’apprécient de façons très-diverses. Parmi ses qualités, nous
Fig, 4, — Hôpital et oeuvre do Saint-Louis de Gonzague il Turin. Plan du premier ôtage. — I, vestibule ; 2, chambre pour la récréation des malades ; 3, escalier principal ; 4, église ; 5, inlirmerie ; 6 passage derrière les lits | 7, dépendances ; 8, latrines.
trouvons qu’il n’y a qu’une salle commune de 24 lits par pavillon, que cette salle formant un rez-de-chaussée, élevé sur un soubassement, les malades convalescents peuvent la quitter pour se promener et y remonter sans fatigue. Mais le couloir qui entoure les salles est défavorable à leur aération; c’est une disposition fâcheuse que ne compense pas la facilité qu’elle donne pour le service des salles. Les deux
(1) H. Gaultier de Claubry, Hôpital Saint-Louis à Turin {Annales d’hygiène, 1859, 2® série, t. XII, p. 118).
(2) Op, cit., p. 471.
(3) Treatise on hygiene with spécial référencé to the military service, Philadelphia, 1863, p. 339.
CH. tîABAZIN.
ailes transversales qui réunissent les branches de l’X nous semblent aussi préjudiciables à la salubrité de l’hôpital ; nous en avons déjà dit la raison. Quant à la chapelle centrale, malgré les six foyers ouverts, disposés comme moyen de ventilation dans les six pilastres qui soutiennent son dôme, n’est-il pas à craindre qu’elle n’établisse une trop facile communication entre les quatre salles de malades? A ceux qui nous trouveraient exagérés, nous répondrons qu’il n’est pas d’exagération possible lorsqu’il s’agit de la vie des hommes.
En adoptant à peu près la disposition des quatre pavillons de Saint-Louis de Gonzague, il serait facile d’éviter les reproches que l’on peut faire à cet établissement. Il suffirait de remplacer la chapelle centrale par un espace vide d’une étendue suffisante pour contenir le bâtiment des services administratifs, aux quatre angles duquel viendraient aboutir les pavillons qui en seraient séparés par des cages d’escalier spacieuses ou même par de courtes galeries couvertes.
Boston free Hospital (fig. 5). — Il présente une très-curieuse disposition des six pavillons dont il est formé. Nous trouvonsj au centre, un grand bâtiment carré destiné à tous les services administratifs. Du milieu de trois de ses côtés partent, à angle droit, trois galeries couvertes qui se dédoublent et donnent naissance à six galeries circulaires formant un quart de cercle et allant en divergeant. A l’extrémité de chacune d’elles s’élève un pavillon. Ces six pavillons sont disposés par paires : quatre d’entre eux sont parallèles à la façade du bâtiment carré, deux se trouvent à sa droite et deux à sa gauche. Ils sont plus grands que les deux derniers, situés sur les derrières, et perpendiculaires aux premiers. S’irradiant ainsi deux par deux d’un point central, ils s’éloignent les uns des autres et du bâtiment administratif. L’espace qui sépare les pavillons entre eux a 100 pieds de large.
Les quatre grands pavillons ont 117 pieds de long et 28 pieds de large; ils se composent d’un sous-sol et de deux étages occupés par deux salles de 25 malades. Les deux plus petits ont 89 pieds de long, 28 pieds de large, et ne contiennent que 25 lits.
Les salles des grands pavillons ont 100 pieds de long^
Fig. 5. — Bostùu fre« Hospital. Plan du rez-de-chaussée.
28 pieds de large, ce qui fait, pour chaque lit, plus de 100 pieds carrés et 1600 pieds cubes; elles sont percées de 18 fenêtres. A chacune d’elles sont annexés deux cabinets de service, des latrines et une salle de bains.
Dans les petits pavillons réservés aux malades qui ont le plus besoin d’air et d’espace, les salles sont plus petites et les lits plus espacés. On y trouve aussi des cabinets pour les malades atteints d’affections contagieuses.
Le Boston free Hospital est remarquable sous bien des rapports : les salles sont spacieuses et ne contiennent qu’un nombre très-limité de malades; elles n’occupent que deux étages, le sous-sol étant réservé au service des pavillons.
CJl. SARAZIN.
Ceux-ci sont très-largement espacés, et une distance suffisante les sépare du bâtiment central ; ils ne contiennent que 50 lits et sont reliés entre eux par de grandes galeries dans lesquelles les malades se promènent lorsque le temps est mauvais; ce sont là des conditions excellentes de salubrité, et cet établissement qui, malgré la grande étendue de terrain qu’il couvre, n’est appelé à contenir que 250 malades, nous semble un hôpital modèle sous tous les rapports. Peut-être la distance qui sépare les pavillons rendelle leur service difficile : ce n’est pas là un défaut d’une importance majeure.
Quoique le plan de cet hôpital soit dû à un médecin, Henry G. Clark, M. D., chirurgien de l’hôpital général de Massachusetts, il ne manque pas plus, à ce qu’il paraît, des qualités artistiques et architecturales que des qualités hygiéniques auxquelles a été accordée une si large part. Il a aussi l’avantage de se prêter à un agrandissement facile. Il suffirait de prolonger en ligne droite quatre des galeries circulaires pour pouvoir élever quatre nouveaux pavillons de 50 malades, qui ne nuiraient en rien, ni à l’isolement des six premiers, ni à la régularité et au bel aspect de l’hôpital.
En 1786, Poyet fut chargé de faire le plan d’un nouvel hôpital destiné à remplacer l’Hôtel-Dieu, qu’on voulait démolir et déplacer. Il présenta un projet qui, malgré ses défauts, est resté justement célèbre, et quoiqu’il n’ait pas été suivi d’exécution, il mérite de nous arrêter un moment. On y retrouve le germe de toutes les idées adoptées de nos jours pour la construction des hôpitaux. Ce plan, modifié suivant les circonstances, a été suivi par les Américains dans leurs plus beaux hôpitaux provisoires, et plus d’un architecte y puisera encore d’utiles enseignements.
Poyet proposait de bâtir dans l’ilc des Cygnes, devant le Champ de Mars, un hôpital circulaire destiné à 5000 malades et construit de manière que toutes les salles fussent
ESSAI SUR LES UÔl'ITAUX. k'6
parfaitement isolées. Le plan qu’il présentait était d’une grande simplicité (fig. 6).
Deux galeries circulaires et concentriques enveloppent dans un double cercle l’emplacement occupé par l’hôpital ;
Pig. 6. — Plan cPhôpital, présente par Poyet.
au centre, une grande cour au milieu de laquelle s’élève un bâtiment; entre les deux galeries, allant de l’une à l’autre en divergeant comme des rayons , les pavillons, au nombre de seize, occupés par les malades. Le plan de Poyet res-
eu. SAHAZIN.
hh
semble à une roue dont les rayons sont des pavillons d’hôpital.
La commission de l’Académie des sciences chargée de critiquer les différents projets qui lui étaient soumis approuva la disposition des salles qui se terminent aux deux galeries circulaires, et la déclara supérieure à celles qui avaient été adoptées jusque-là, mais elle blâma les dimensions excessives de l’hôpital :
(( Un hôpital de 5000 malades est une ville plus peuplée » que les trois quarts des villes de France. C’est déjà un » grand inconvénient de resserrer tant d’habitants dans un » espace disproportionné; mais un hôpital, quelque bien » tenu qu’il soit, est toujours un réceptacle de maux et de » misère; c’est un tableau effrayant de considérer ces maux » accumulés au nombre de 5000; de penser qu’on charge )) ainsi sans cesse un même volume d’air, non-seulement » des émanations de 5000 individus, mais des miasmes et » de l’infection de ces corps malades, dont le lieu le plus » aéré et une propreté toujours vigilante ne peuvent entiè- )) rement les dépouiller
» Si l’on se propose que les malades soient bien et que leur » traitement ne soit pas cher, il faut les réunir en nombre,
» mais non pas en nombre trop grand
» Nous croyons donc que l’Académie doit proposer au » gouvernement de partager le nouvel hôpital en quatre » hôpitaux de 1200 malades chacun (1). »
Certes, pour des académiciens, ce ne sont pas là des prétentions exorbitantes, et l’on est étonné du chiffre énorme qu’ils acceptent après les bonnes raisons qu’ils donnent contre le plan de Poyet, et après les dangers qu’ils décrivent comme conséquences inévitables des agglomérations considérables de malades.
11 y a bien aussi d’autres objections à faire contre le plan (1) Rapport du 22 novembre 1786, p. 98.
de Poyet. L’hôpital contenant 5000 malades dans seize pavillons, chaque pavillon abrite sous son toit plus de 375 malades. Ce ne sont plus là des pavillons séparés, mais des hôpitaux séparés ; car un établissement qui contient 375 malades peut bien être considéré comme un grand hôpital.
L’idée de choisir une île pour y bâtir un hôpital n’est pas non plus des plus heureuses, surtout si cette île est sur la Seine en dessous de Paris. Il est vrai qu’il s’assurait par là d’une abondante provision d’eau; mais, à cette époque surtout, tous les égouts de Paris se rendaient en droite ligne à la Seine, et l’eau de l’île des Cygnes devait laisser beaucoup à désirer sous le rapport de sa pureté. On comprend, à la rigueur, que lorsqu’un hôpital est établi dans une île, on l’y laisse, car, à ce qu’il paraît, c’est très-difficile à déplacer ; nous voulons bien le croire, la preuve en est palpable; mais, ce qui semble plus difficile à admettre, c’est qu’une île de la Seine devienne jamais un lieu d’élection pour la construction d’un nouvel hôpital.
Il est donc de toute évidence que Poyet avait tort dans le choix de son emplacement, et malgré l’esprit lucide et ingénieux dont il faisait preuve dans le plan qu’il proposait, il montrait une ignorance complète des conditions que doit réunir l’emplacement d’un hôpital.
It'hôpital Mower, ainsi appelé du nom du plus ancien des chirurgiens de l’armée du Nord, fut construit sur le plateau de Chestnut Hill, à Philadelphie. C’est le plus vaste de tous les hôpitaux provisoires de la dernière guerre d’Amérique; il contenait 3320 lits.
Un vaste bâtiment en forme de croix, occupé par les bureaux, les cuisines, les magasins, la machine à vapeur, le logement des employés, etc., est entouré d’une cour de la forme d’un rectangle dont les angles sont arrondis.
Cette cour a 653 pieds de long et 522 pieds de large; elle est limitée par une galerie couverte, large de 16 pieds et
SARAZIN. h
eu. SABAZIN.
longue de 2400, fermée sur les côtés par des panneaux vitrés mobiles, et chauffée en hiver par 50 fourneaux.
A cette galerie, irrégulièrement circulaire, viennent aboutir 50 pavillons baraqués qui ont 175 pieds de long, 20 pieds de large, 19 pieds de haut; ils vont en divergeant suivant la direction des rayons partant du centre de la .cour. Vers leur extrémité voisine de la galerie ils sont distants les uns des autres de 20 pieds; à l'extrémité opposée 40 pieds les séparent.
Les pavillons de l’hôpital Mower sont semblables à ceux du “West Philadelphia Hospital, ventilés, chauffés et éclai^ rés de la même façon ; ils sont occupés par 52 lits et possèdent chacun un réfectoire, une office, des latrines et une salle de bains.
Ils sont abondamment fournis d’eau chaude et d’eau froide par la machine à vapeur. Le système de drainage est le même dans ces deux hôpitaux, et grâce à la quantité d’eau considérable fournie par la machine, les tubes sont continuellement parcourus par un rapide courant.
Un système de sonneries électriques permet au médecin en chef de correspondre de son bureau avec tous les services.
Un petit chemin de fer établi dans la galerie de communication permet de transporter les aliments des cuisines dans les services, sur de petits chariots chauffés à l’eau chaude. On peut, en cas de besoin, s’en servir pour transporter les malades.
Nous pourrions faire à l’hôpital Mower les mêmes reproches qu’à West Philadelphie Hospital ; c’est un établissement trop considérable, les salles sont trop étroites ; elles sont trop longues et contiennent trop de malades.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire l’hôpital Mac-Clellan de Philadelphie ; il ne diffère du précédent que par la forme plus écrasée de sa cour ellipsoïde, ce qui a forcé à placer en dehors une partie des bâtiments destinés aux services administratifs.
Si nous parcourons encore quelques-uns de ces etablissements, qui n’ont pas eu en Europe tout le retentissement qu’ils méritent, nous trouvons d’abord le Hammond Hospital . Établi sur les bords de la mer, au point où le Potomac va se jeter dans la baie de Chesapeake, il dill'ère moins que tous les autres du plan général proposé, par Poyet (fig. 7).
Fig. 7. — tiammond general Hospital. Plan du rez-de-chaussée ; a, bureaux de la direc lion; h, salles de malades; c, cuisine ; d, lingerie ; e, maison de garde ; f, kuapsacltroom ; g, chambre des morts.
La cour est un cercle parfait de 318 pieds de diamètre, au centre duquel s’élèvent, disposés en croix grecque, quatre bâtiments occupés par la cuisine, la buanderie, le maga-
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sin d’habillement, et le corps de garde réuni h la salle des morts.
Une galerie circulaire enveloppe la cour, qui est coupée en quatre par quatre galeries droites aboutissant au centre, entre les ailes de la croix grecque. Ces galeries ont les mômes dimensions et la même disposition que celles que nous avons décrites précédemment.
Sur la galerie circulaire tombent, comme autant de rayons prolongés, 16 pavillons.
Quinze d’entre eux se ressemblent en tous points et sont destinés aux malades; le seizième, plus vaste que les autres, est occupé par les services administratifs qui n’ont pas trouvé place dans les bâtiments du centre. Les pavillons sont distants les uns des autres de 36 pieds, près de la galerie de communication, et de 75 pieds à leur extrémité périphérique.
Ils ne dilfèrent des pavillons de Mower Hospital que par une largeur plus grande de quelque pieds, qui augmente d’une façon assez sensible la surface carrée et le cube d’air accordés à chaque malade.
Cet hôpital n’étant composé que de 15 pavillons contenant chacun 52 lits, ne peut recevoir que 780 malades. Il échappe ainsi aux reproches que l’on peut adresser aux établissements plus considérables de West Philadelphie et Mower Hospital. Du reste, ici aussi nous croyons que chaque salle est destinée à un nombre de malades trop considérable ; il est vrai que les nécessités d’une grande guerre meurtrière sont inexorables, et le nombre considérable des blessés nous explique les dimensions exagérées des salles et des établissements hospitaliers.
Pour montrer l’enseignement que l’on peut tirer de ces hôpitaux temporaires, qu’il nous suffise de présenter ici quelques chiffres applicables à un hôpital permanent formé par des pavillons ayant un sous-sol, deux étages de salles, et pouvant contenir chacun ô8 à 50 malades.
ESSAI SUR LES HÔPITAUX, h9
En suivant à peu près la dimension du terrain et la disposition des pavillons de l’hôpital de Point Lookaut, nous arrivons à loger Zi80 à 500 malades de la façon suivante.
Les pavillons simples que nous avons déerits comme types, au commencement de cet article, ont 10 mètres de large et 35 mètres de long, dont 30 pour la salle, plus 5 mètres pour un cabinet et l’escalier, soit 35 mètres. Formés d’un sous-sol et de deux étages, ils reçoivent ^i8 malades dans deux salles superposées.
En rangeant 10 de ces pavillons, à 20 mètres de distance les uns des autres, autour d’une galerie circulaire de 300 mètres, on obtient une cour ronde ayant 100 mètres de diamètre. Ce sont là à peu près les dimensions du cercle intérieur aux pavillons de Point Lookaut.
Au centre de la cour, un bâtiment, relié par des galeries droites à la galerie circulaire, serait occupé par les services administratifs.
Le cercle extérieur aux pavillons a 170 mètres de diamètre, c’est la longueur du diamètre de la cour, plus deux fois la longueur d’un pavillon; son rayon est de 85 mètres, sa surface est égale à 85 X 85 x 3,làl = 22,725 mètres carrés. Ce chiffre est très-curieux, et quoique nous ne cherchions pas à accorder à notre ébauche plus de valeur qu’elle ne mérite, nous ne pouvons pas ne pas faire remarquer que c’est presque exactement l’ emplacement cpie doit occuper le nouvel Hôtel-Dieu (1). Il est vrai que le nouvel Hôtel-Dieu doit recevoir 716 malades au lieu de 500, chiffre auquel nous arrivons. Est-ce une qualité ou est-ce un défaut? Nous ne nous permettrons pas de critiquer un projet qui a su mériter l’approbation du brillant doyen de la Faculté de Paris, mais l’éloquent défenseur lui-même, malgré l’assurance que lui donne sa haute position scientifique, a beaucoup de peine à défendre l’insuftisance de la superficie
(1) Voy. le mémoire de Tardieu dans les Annales eVhyg., juillet 1865.
CH. SARAZIN
accordée à un nombre si considérable de malades, et il reconnaît que ces deux chiffres, mis en face l’un de l’autre, sont de nature à éveiller quelques craintes. Espérons que l’avenir ne viendra pas les réaliser.
Pour le moment, qu’il nous suffise d’établir que sur un emplacement de 22 000 mètres de superficie et en suivant le plan de Poyet, modifié par Hammond, on peut loger 500 malades dans dix pavillons largement espacés, chacun des pavillons ne contenant que deux salles de 25 malades, avec 12“‘i,5 de superficie, et 62"’%5 de cube d’air par lit.
Enfin, comme dernier type, nous avons encore Vhôpital Lincoln, de Washington city. Comme disposition des pavillons il est très-différent de tous ceux que nous avons étudiés jusqu’ici, et il est remarquable par son extrême simplicité.
Deux longues galeries couvertes forment en se rencontrant un angle de 45 degrés environ, 21 pavillons parallèles à la bisectrice de l’angle tombent sur ces deux galeries et communiquent avec elles au moyen de corridors très-courts, qui se détachent de la galerie et qui sont perpendiculaires aux pavillons. Les pavillons sont donc parallèles entre eux et disposés en échelons.
Dans l’angle compris entre les deux galeries sont disposés en forme de croix cinq bâtiments séparés, destinés à tous les services administratifs.
Cette disposition en échelons présente des avantages et des inconvénients qui sautent aux yeux.
Les pavillons, situés à peu près à égale distance des services administratifs, auront tous la même orientation. C’est un avantage que ne partagent pas les hôpitaux où les pavillons vont en s’irradiant d’un point commun. De plus, tous les bâtiments ayant la même direction (et il va sans dire que l’on choisira la plus favorable), d’un autre côté, l’angle formé par les deux galeries étant largement ouvert, Taéra-
tion des pavillons sera assurée et les vents régnants pourront facilement balayer tout l’emplacement occupé par l’hOpital, condition très-favorable à sa salubrité.
Les inconvénients de la disposition en échelons sont faciles à prévoir : plus l’angle formé par les deux galeries sera aigu, plus les pavillons qui sont parallèles se rapprocheront, et pour conserver entre eux une distance suffisante, il faudra les espacer sur la galerie de communication, qui atteindra alors une longueur trop considérable : tout dépendra donc du degré d’ouverture de l’angle formé par les galeries. De plus, l’extrémité des pavillons vers laquelle se trouvent les latrines et les salles de bains se trouvent en face des croisées des pavillons supérieurs. Enfin, il nous a semblé, en examinant le plan de l’hôpital Lincoln, qu’une grande étendue de terrain se trouve perdue et qu’à surface égale la disposition en échelons ne permet pas d’élever autant de pavillons que les dispositions précédentes.
Il serait peut-être curieux de voir comment les architectes de l’administration de Paris ont mis à profit tous ces documents si divers , dans le plan approuvé aujourd’hui du nouvel Hôtel-Dieu. Mais nous ne voulons pas revenir sur un sujet qui a déjà été traité avec une habileté extrême par le professeur Tardieu (1). Du reste, les objections que nous pourrions faire, quelque justes et quelque fondées qu’elles soient, ne seraient probablement écoutées de personne. Il est vrai que nous ne serions pas les seuls à ne pas être écoutés, car on ne pourrait se trouver en plus brillante et en plus savante compagnie.