CHAPITRE PREMIER
Séméiologie.
En fait de suppurations pelviennes, nous avons plus de moyens d'action que de connaissances précises.
Pierre DELBET (Loc. cit.).
Poser les indications opératoires du traitement chirurgical des suppurations pelviennes n'est point œuvre aisée. Combien sont diverses, en effet, les considérations qui doivent guider notre décision, faire appel à notre prudence ou triompher de nos hésitations ! Richesse de la flore microbienne susceptible de provoquer la suppuration, virulence des agents infectieux variable avec les phases parcourues par l’inflammation, séméiologie souvent impuissante à affirmer l'existence du pus et à préciser le siège anatomique de l’abcès, importance fonctionnelle des organes malades au double point de vue de la reproduction de l'espèce et de léquilibre physiologique de l'individu en cause, tels sont les éléments, de nature disparate et de valeur inégale, sur lesquels doit cependant tabler notre jugement pour faire son choix de l’heure la plus favorable à l'intervention, de la voie la plus accessible et de la méthode opératoire la plus judicieuse. Le problème est donc délicat et le chirurgien doit s’attendre à ne pouvoir en donner toujours la solution complète. Mais il est cependant deux points d’importance capitale sur lesquels il doit constamment s’efforcer d’ètre fixé : je veux parler de la virulence du pus et du siège exact des lésions. Or l’analyse minutieuse des symptômes peut seule le renseigner à ce sujet.
Ce serait donc faire une pétition de principe que d’envisager le traitement des suppurations pelviennes avant d’avoir discuté la valeur, au double point de vue de la virulence et de la localisa-
RM Pere
tion anatomique du pus, des phénomènes observés. Sans doute ceux-ci sont parfois inconstants ou variables et « l’on peut dire qu'il est plus facile de se tromper que d’être exact. Cependant le gynécologue, posant le diagnostic le plus précis toute chose égale d’ailleurs, obtiendra les plus beaux résultats ; il perdra le moins de malades et ses guérisons seront les meilleures » (1).
I, — Valeur des signes généraux.
Fièvre. — La fièvre présente en pathologie pelvienne une importance considérable, car non seulement elle nous met en garde contre la virulence du pus, mais encore elle constitue «un des meilleurssignes de la localisation anatomique des lésions »(2).
Duplay et Clado distinguent trois types principaux d’élévation thermique au cours des affections utérines ou annexielles : dans le premier qui revêt deux modalités, la température se maintient sans rémission matinale entre 39 et 40°, ou bien présente de grandes oscillations à ascension vespérale très accentuée ; dans le second, elle ne dépasse guère 38° à 3895 ; enfin dans le dernier, le thermomètre s’élève à peine de un demi à un degré au-dessus de son niveau normal. Or le tvpe I, surtout fréquent dans l'infection puerpérale, annonce la cellulite pelvienne ou la pelvi-péritonite aiguë, et, quand la courbe thermique affecte la forme en plateau, on est en droit de redouter une infection totale ou massive dont le pronostic est des plus graves. Le type II répond surtout à l’endo-métro-salpingite aiguë et à la rétention partielle des sécrétions utérines ou tubaires ; mais la fièvre, au lieu de s’atténuer, peut à un moment donné revêtir l’une des deux modalités du type I: cette aggravation est alors presque toujours caractéristique d’une complication péritonéale. Quant au type IT, qui s’observe rarement d'emblée, il indique en général une inflammation subaiguë ou chronique de l'utérus et de ses annexes.
(4) HenxrOmMN, C. R. du Congrès de Genève, p. 191. (2) Dupray et CLano, Contribution à l'étude de la fièvre et des phénomènes
infectieux dans les maladies de l’utérus et des annexes, Archives gén. de méd., juillet 1897. +