CHAPITRE III
Parasites animaux.
On sait que presque tous les insectes, contrairement aux indivi-
dus des autres classes de l’espèce animale, subissent plusieurs métamorphoses ou transformations avant que d'arriver à l’état d’insectes parfaits. Suivant done cette loi qui leur est commune, les insectes à l’état parfait, tel que nous voyons les papillons, les mouches, les hannetons, etc., meurent, le mâle aussitôt après l’accouplement, et la femelle aussitôt qu’elle a déposé à l'endroit convenable des œufs qui plus tard, d'ordinaire au printemps suivant, écloront en larves, c’est-à-dire en vers, cherilles, etc. Ces larves après un espace de temps plus ou moins long suivant les espèces, se transforment en nymphes ou chrysalides, c’est-à-dire en une nouvelle espèce d'œufs qui n’est pas sans quelque ressemblance avec la forme que l’insecte vient de laisser ou avec celle qu’il va bientot prendre. Après quelques jours cette nymphe tantôt enfouie dans la terre, tantôt suspendue à une branche par un fil, etc., donne naïssance à l’insecte aïlé ou parfait, et ainsi de suite.
La durée des phases de la vie des insectes, est plus ou moins longue suivant les espèces, la température et les climats où ils se trouvent. Il y en a, tel que le charançon, par exemple, qui subissent toutes leurs transformations en quelques jours seulement, D'autres, comme les hannetons, vivent plusieurs années à l’état de larves. La plupart n’ont qu’une très courte existence à l’état d’insecte parfait, quelque uns comme l’éphémère ne vivent même que quelques heures. Si l’on en excepte quelques tribus de la famille des orthoptères, tels que les sauterelles et les criquets, il en est guères qui à ce dernier état puissent faire tort aux moissons,
Les insectes qui d'ordinaire se posent en ennemis du froment sont : le hanneton, le charançon, la saperde, le criquet, la fausseteigne, l’alucite, la cécidomye et la mouche à blé.
lo. Du Hanneton.
Melolontha vulgaris, Latreille-—Tout le monde connait le hanneton pour en avoir été heurté dans quelque promenade du soir. Il appartient à la famille des coléoptères, a quatre ailes, ses supérieures ou élytres dures et de couleur brune, ses inférieures membraneuses et réticulées. Pendant le jour il se tient sous les feuilles des arbres ou sur de jeunes pousses qu’il ronge en peu de temps, et ce n’est que le soir qu’il prend ses ébats dans les airs, L’'insecte à l’état parfait ne vit guère plus de huit jours et bien qu’à cet état il puisse causer quelques dommages, ce n’est qu’à l’état de larves qu’il est véritablement redoutable.
Dès que la femelle, qui est un peu plus grosse que le mâle, est . fécondée, elle s’enfonce de deux ou trois pouces dans la terre pour y déposer de 20 à 30 œufs. Elle choisit de préférence les terrains meubles et bien engraissés afin que les larves aussitôt écloses puissent y trouver abondamment des racines pour leur nourriture. Ces larves qu’on appelle aussi vers blance, mans ou turcs, sont allongées, presque cylindriques, d’un blanc sale, souvent même tout à fait brunes, ont la tète fauve. Elles ont la bouche munie de fortes machoires, six pattes, mais se tiennent toujours sur le côté. Elles sont de trois à quatre ans en cet état avant de se transformer.
Les vers blancs ne respectent aucune racine, aussi sont-ils la terreur des jardiniers et font-ils parfois le désespoir du cultivateur. J'ai vu en Juin 1853 dans la paroisse de St, André de Kamouraska, et j'avais déjà vu la chose dans plusieurs paroisses du district des Trois-Rivières, de grandes pièces de blé tellement ravagées par ces vers qu'on s’est vu obligé de les ensemencer de nouveau en avoine ou en orge.
Le hanneton se montre si nombreux en de certaines années en Europe, et ses dégats sont parfois si considérables que les communes de plusieurs départemenis de la France se sont vues parfois obligées de proposer des primes pour sa destruction. Le conseil général de la Sarthe vota en 1835, une somme de 20,000 francs pour la destruction des hannetons, sur cette somme 17,121 francs furent distribués en primes à raison de 30 centimes le décolitre de hannetons, (environ 104 pintes,) et payèrent 57,070 décolitres, dont
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chacun contenait environ 5,200 insectes; on a donc obtenu ainsi la destruction de 274 millions d'individus.
Si nos rudes hivers ne fesaient pas périr un grand nombre de larves de hannetons, il est probable que nous aurions encore beaucoup plus à souffrir de leurs dégats, car une fois parvenu à cet état si, avec de la suie, des cendres, etc., on peut quelquefois soustraire aux ravages de l’insecte quelques couches ou carrés de jardins, il est presque impossible de lui faire la guerre avec succès lorsqu'il envahit les champs. C’est donc à l’état parfait qu'il faut l’attaquer. Comme il s'attache d'ordinaire aux feuilles des arbres pendant le jour, et qu’il est très lourd dans ses mouvements, on le fera facilement tomber en secouant ceux-ci et des enfants pourront alors le recueillir pour le faire brûler ou l’échauder, car si on se contentait de l’écraser, les œufs de femelles déjà fécondées pourraient tout de même éclore plus tard.