‹ Essai sur les insectes et les maladies qui affectent le blé [microforme]Chapitre 9 sur 17 · De la Rouille · texte numérisé non relu

De la Rouille

Uredo rubigo vera, De Candolle—La rouille de même que les deux précédents est un champignon de la famille des urédinées, Elle se développe sur les deux surfaces des feuilles, sur le chaume et surles épis des graminées, sous l’apparence de petits points ovales, pulvérulents, proéminents; d’abord jaunâtres et passant ensuite au noir, Les petits caussinets qu'elle forme d’abord en lignes parallèles au sens des fibres, finissent en s’étendant par se réunir et par former de grandes taches. Lorsque la rouille n’attaque que faiblement le grain, elle ne parait pas lui être grandement nuisible, mais quand elle est considérable, elle occasionne des pertes 86vieuses. Dans toutes les graminées le blé est celle que la rouille affectionne d'avantage, »

Si l’on examine attentivement les caussincts formés par la rouille sur le chaume et surtout sur la feuille du bié, on verra dans tous les cas l'épiderme fendu, et il ne sera pas difficile de reconnaître que la sève s’extravasant par ces fentes donne naissance à ce champignon, ou du moins sert de réceptacle aux spores de ce champignon soulevées de terre par les pluies, promenées dans l'air par les vents ou ce qui est peut-être plus probable absorbéee dans le sol avec les sucs nourriciers de la plante. On a remarqué que la rouille se manifeste d'ordinaire sur le blé lorsqu’à des pluies un peu prolongées succède tout à coup un suleil ardent. C’est qu’alors l’évaporation de l’eau restée sur le chaume et les feuilles se iuisant trop rapidement, occasionne des gerçures dans l’épiderme ou vernis vitré qui les recouvre de toutes parts, et permet ainsi à la sève de se détourner de sa voie ordinaire, et de présenter aux spores du champignon les circonstances favorables à leur développement, soit qu’elles viennent de l’intérieur ou de l'extérieur, Aussi dès qu’une tige de blé est attaquée de la rouille d’une manière un peu sérieuse, la voit-on aussitôt languir; ses feuilles commencent de suite à se dessécher, et pour peu que les pluies soient fréquentes, la maladie passant de la tige à l’épi, on verra aussi ce dernier prendre bientôt le rouge. La balle ou enveloppe la plus voisine du grain se desséchant alors et adhérant à celui-ci occasionnera bientôt sa décomposition, tant par l'humidité qu’elle retiendra que par celle que conserveront aussi les caussinets du champignon fixés sur les épillets. IL ne sera pas rare dans ce cas de voir des pièces de blé donner moins de la moitié de ce qw’elles auraient données sans cet accident,

Plus donc l'humidité et la chaleur permettront aux sporules ou bourgeons séminiformes de la rouille de s'attacher aux tiges du grain et de s’y développer, plus elle causera de dommages. Il est de certains endroits comme la basse Caroline par exemple, où l’on a été obligé de renoncer à la culture du blé parce que l'humidité naturelle du sol jointe aux brouillards qui règnent si fréquemment dans ce pays favorisaient trop le développement de la rouille, On a remarqué au contraire que, dans le voisinage de la mer, ou dans des terrains aniendés au moyen de la chaux ou de cendres lessivées, ou bien engraissées avec des varechs ou autres plantes mari-

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nes, la rouille ne se montrait jamais assez abondante pour causer des dommages appréciables, En voici suivant moi la raison.

D se trouve sur les tiges et les feuilles de la plupart des graininées et surtout du froment un certain verris luisant absolument de même matière que le verre. Le plus souvent cette matière vitrée termine les arrêtes des feuilles par des petites dents en manière de scies extrêmement fines, mais capables toutefois d’écorcher les doigts de ceux qui sans précaution se plaisent souvent à presser ces feuilles dans le sens de leur longueur. Plus donc cette couche de verre sera épaisse, et plus le chaume sera fort et plus il opposera de résistance à l'humidité ou autres influences atmosphériques qui pourraient le porter à se fendre et à fournir de fausses issues à la sève sur laquelle vient s'attacher la rouille, Et l’on conçoit que cette couche de matière vitrée sera d’autant plus forte que le sul recèlera de lui-même ou qu’on lui fournira artificiellemert, les éléments qui entrent dans sa composition. Or on sait que pour faire du verre on prend du sable, de la chaux et de la cendre qu’on fait fondre ensemble en les chauffant, bien que chacune de ces substances soit à peine fusible prise séparément. Si donc en mêlant au sol de la chaux, de la cendre, etc., on met à la disposition de la plante en plus grande abondance les éléments qui entrent dans la composition de la matière vitrée deut elle se couvre, elle en absorbera néc’ssairement une plus grande quantité, et se mettera par là plus en moyens de résister à la rouille, Les varechs qui par leur décomposition produisent en quantité de la soude, qui entre aussi dans la composition du verre, produiront le même effet. Aussi a-t-on encore remarqué que la rouille se montrait bien plus rarement dans les terrains siliceux ou sablonneux.

La rouille est d'autant moins dommageable au grain que celuici est plus près de sa maturité lorsqu'il en est attaqué. Le dommage qu’il en reçoit ne venant que de la suppression de sa nourriture qu’elle intercepte pour se l’approprier ou qu’elle attire en dehors de ses voies ordinaires, il souffrira d'autant plus qu'il avait ua plus grand besoin de cette nourriture.

Comme les grains murissant de bonne heure sont rarement attaqués de la rouille et qu’elle ne se manifeste d'ordinaire que

vers la fin d'août ou au commencement de septembre, peut-être lui faut-il une certaine continuité de chaleur pour le développement de ses semences, chaleur qu’elle ne peut trouver eu juillet ou au commencement d’août,

Il n’a jamais été tenté que je sache de moyens pour combattre la rouille en Canada. On a eu cependant plus que jamais à s'en plaindre dans le district de Québec dans ces dernières années, depuis surtout que pour échapper à la mouche on s’est mis à attendre jusqu’au commencement de juin pour semer le blé. Le voisinage de la mer en préserve généralement les districts de Gaspé et de Kamouraska. On devrait donc dans les endroits où l’on a eu le plus à sen plaindre, après tous les soins donnés au terrain pour le meilleur égouttage, user autant que possible de la chaux et de la cendre comme engrais et ne jamais semer sur du chaume qui aurait porté un grain attaqué de la rouille, de plus chauler la semence comme on l’a dit plus haut.

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