‹ Essai sur les insectes et les maladies qui affectent le blé [microforme]Chapitre 11 sur 17 · Du Charançon ou Calandre · texte numérisé non relu

Du Charançon ou Calandre

Calandra granaria, Olivier.—Le charançon dont la larve porte le nom de calandre est de même que le précédent de la famille des coléoptères. C’est un petit insecte de forme presque sphérique

et de couleur brunâtre. Dès qu'on le touche, il replie aussitôt ses pattes, s’envoie les antennes en arrière et fait le mort. Le champ de ses exploits est le grenier même du cultivateur. La femelle dépose ses œufs sous l'écorce même du grain dans le grenier, n’en mettant qu’un dans chaque grain. Au bout de quelques jours i en nait une petite larve blanche qui se nourrit de la farine de sa propre demeure ; celle-ci épuisée, le vers n’attaquera pas un autre grain, mais se transformera là même en nymphe et en insecte parfait. Le mâle recherche alors la femelle et meurt aussitôt après la copulation. Les générations peuvent ainsi se succéder les unes aux autres jusqu’à trois et quatre fois dans le mois.

Mais comme en Canada la température de l'hiver ne permet pa au charançon d'accomplir ses évolutions, et que d'ordinaire les cultivateurs ne gardent point de blé en grande quantité dans leurs greniers durant l’été, il s'ensuit qu’on a assez rarement à souffrir des dégats de cet insecte. Généralement parlant nos cultivateurs ne le connaissent pas même. Le fait suivant en est une preuve.

Un vieux cultivateur de la Côte de Beaupré, probablement sans avoir vu les sept vaches maigres du songe de l’ancien roi d'Egypte, s'était mis, il y a quelques années, par une injuste défiance des ressources de la Providence, à faire provision de blé et de farine, pour plusieurs années davance. Mais quelle ne faut pas sa surprise, lorsqu'un beau jour d'août, il remarqua qu'une multitude innombrable d'insectes avaient pris possession de son tas de blé et achevaient presque de le ronger. De suite de s’exclamer de stupéfaction de voir des poux, comme il les appelait, s'emparer de son grain; et les voisins aussitôt de voir là le doigt de Dieu qui envoyait ainsi des insectes nouveaux pour punir le bonhomme de sa défiance et de son avarice. On ne tarda pas non plus à mettre les sorciers ct le démon de la partie, si bien que le curé fnt invité à venir reconnaître la chose de visu. Mais il ne fut pas difficile à celui-ci de reconnaître de suite le charançon que la chaleur et l'humidité de ce grenier, avaient porté à se multiplier en une aussi grande quantité.

Le moyen de se mettre à l'abri des ravages de la calandre est des plus faciles. 11 ne s’agit que de suspendre dans les greniers des plantes aromatiques et de l’absinthe surtout. Ce serait encore bien mieux de parsemer des branches de cette dernière plante dans les tas de blé. Des tas de blé déjà envahis par la calandre ont :té traités de cette dernière façon, et aussitôt on a vu les insectes

“andonnant leur proie, grimper sur les murs et les cloisons pour oustraire à cette odeur qui ne manque jamais de leur causer auort.

L’odeur même du foin seul suffit pour éloigner les calandres des lieux qui en renferment,

Comme le moindre mouvement porte cet insecte à se rouler en boule et à suspendre son action, on a remarqué aussi, qu’en remuant souvent avec la pelle le blé qui en contenait, on diminuait considérablement ses dégats ; maïs dans tous les cas, il est de la tactique d’une bonne guerre de toujours viser de suite à se défaire de ses ennemis plutôt que de chercher à se mettre pour un moment à l'abri de ses attaques. Il vaut donc bien raieux recourir de suite aux herbes aromatiques.

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