CHAPITRE II
Etude pathogénique des variétés de Kystes
Dans cette étude des kystes nous avons pu voir que, si tous les auteurs sont à peu près d'accord à décrire quatre sortes de kystes, et à en donner une symptomatologie et une description histologique de leurs préparations, ils ne le sont plus lorsqu'ils s’agit de cataloguer un kyste se présentant à eux, surtout lorsqu'il s’agit de ces kystes à allure spontanée et qui se forment en un point quelconque de la conjonctive bulbaire sans lieu électif, et comme nous allons le voir par un exposé des observations publiées, chaque auteur lui attribuera une place quelconque dans la classification.
De Wecker (1), qui en rapporte trois cas, dit que c’est une production pathologique assez rare, sans doute parce qu'il en a classé certains parmi les kystes à inclusions. Mais, des trois cas qu’il rapporte, on ne peut rien discuter, ni retenir puisque l’auteur ne donne aucun rensei-
gnement histologique, ni faits précis de la pièce kystique.
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Romboletti (34) rapporte plusieurs cas, mais ne voit encore, en se basant sur ses observations, aucune histogenèse à retenir quant à leur formation.
Pour Rogman (35), en 1895, qui signale une observation et fait un compte rendu histologique très complet et très approfondi de la pièce ; ce serait une formation kystique beaucoup moins rare qu'on me le croit et leur rareté ne serait qu’apparente, étant donné leur bénignité et le peu d'importance de ces affections qui apparaissent sous formes de petits phlyctènes arrondies sous la conjonctive bulbaire en un point quelconque, mais de préférence dans le champ de la fente palpébrale de l'œil ouvert.
Elles sont rosées, demi-transparentes, leur siège paraît superficiel et ne fait pas corps avec la muqueuse conjonctivale sous laquelle il se déplace facilement à la palpation ; jamais on ne note de phénomènes irritatifs et à l’opération on extrait très facilement le kyste qui se trouve entouré de tissu sain ; la conjonctive est suturée et la guérison est normale.
L'examen histologique du cas précédent publié par Rogman (35) nous apprend que la membrane d’enveloppe était formée de deux couches :
1° Une membrane élastique ;
2° Un épithélium stratifié qui par endroit à deux, trois et même huit à dix couches de cellules.
Puis il décrit cet épithélium et il constate que, formé de cellules pavimenteuses cuboïdes dans les couches périphériques, il se compose de cellules cylindriques dans
les couches superficielles. Les noyaux des cellules sont très colorés et leur protoplasma est très dense, il signale de plus la présence dans cet épithélium de cellules arrondies à diamètre très variable, parfois très volumineux et faisant saillies, avec le noyau repoussé à la périphérie par un dépôt granuleux, quelquefois par un coagulum fibrineux ou par une matière amorphe ce qui ferait penser, comme description, aux cellules à Hucus
Se basant sur cet examen, l’auteur rejette l'hypothèse de kystes lymphatiques et de kystes glandulaires, puisque, dit-il, il ne peut exister de comparaisons histologiques ; il élimine l'idée de kystes traumatiques puisque le malade nie tout traumatisme de la région oculaire et il arrive à conclure à une formation au dépens de la conjonctive, par l'isolement et l’étranglement de certains replis, sinuosités ou cryptes de la muqueuse conjonctivale qui se pédiculise et se sépare pour former le kyste.
Mais quelques années plus tard, en 1898, il va rapporter un cas nouveau de kyste séreux par invagination et va se rattacher à l'opinion de Ginsberg (36) pour confirmer son observation précédente, mais cette fois il expliquera cette invagination, qu’il admettait, sans l'argumenter, quelques années avant, en disant « qu'un petit traumatisme ou une irritation légère passant inaperçue provoquera cette invagination qui va former le kyste. Puis il expliquera la formation de ces kystes par dilatation glandulaires dans des glandes néoformées par un processus irritatif et cela sans s'appuyer sur des faits his-
tologiques définis.
À la société d’ophtalmologie et de laryngologie de Bordeaux, Puech et Fromaget (37) rapporte le cas suivant : Une femme ayant eu un tœnia et guérie depuis, se présente à eux avec un kyste à paroi transparente dans le cul-de-sac conjonctival inférieur. La paroi du kyste formé en dehors par du tissu conjonctival, est composée en dedans par quatre ou cinq couches de cellules polygonales assez volumineuses qui se colorent facilement. Ils concluent en disant qu'il s’agit d’un kyste congéniial dermoïde résultant d’une inclusion conjonctivale à ce niveau, mais ne donnent aucune explication au mécanisme de l'inclusion.
Gilbert Sourdille (38), en 1898, rapporte un cas de kyste congénital opéré. L'examen histologique donne trois couches de cellules. uni
1° Une couche interne formée par un endothélium de cellules aplaties et minces ; AT
2° Une couche de tissu homogène, formé de faisceaux fibreux rectilignes et parallèles, avec parfois des cellules conjonctives aplaties ;
3° En dehors, du tissu conjonctif fibrillaire avec des vaisseaux capillaires.
Le liquide contenu renfermait une forte quantité d'albumine.
Il compare ces kystes comme formation aux kystes du cou et de l’aisselle « qu’on peut, d’après les travaux de » Wagner, Lannelongue et Achard, classer parmi les » lymphangiomes kystiques étant donné leur structure » analogue. »
Snellen et Butsch (39) publie, en 1898, une observation en tout point analogue aux cas signalés par Sourdille.
Ginsberg (36)) dans les archives ophtalmologiques de von Graefe, étudiant de nombreux cas rapportés par les auteurs italiens, qui voient dans ces formations kystiques des rétentions formées au dépens des glandes de Krausse, objecte à ceux-ci que le plus souvent ces kystes se développent sous la conjonctive en des endroits dépourvus de ces glandes et sans vouloir nier cette pathogénie, qui ne peut être niée dans certains cas, il croit pouvoir affirmer par un examen histologique approfondi de plusieurs cas de même nature, que ces kystes se sont développés d’après le même processus que les glandes tuberculeuses que Berlin et Ivanolf ont décrites dans les conjonctivites granuleuses, c’est-à-dire dans des conjonctives malades où l’épithélium proliférerait et enverrait vers la profondeur des prolongements creux ou solides et qui, dans ce dernier cas, se creuseraient par la suite, d’où formation de kystes séreux.
En 1901, Carra et Valois (40) rapportent le cas d’un kyste sous-conjonctival. Il s'agissait d’une petite tumeur située dans l’angle interne et dirigée selon le grand diamètre du globe et à égale distance de l’angle interne et du limbe scléro-cornéen et mobile sous la conjonctive bulbaire. D’après l'examen histologique, il ne s’agit pas d'un cystoadénome provenant des glandes de Krausse, dites caronculaires, mais bien d’un kyste hématique par inclusion d’un lambeau conjonctival après érosion ou blessure, affirmation qui n’est confirmée mi par l'obser-
vation, qui ne rapporte ni traumatismes ni lésions aculaires préexistantes, et par aucune analÿse du contenu kystique. :
Rig. Posseck (8), en 1903, rapporte un cas qui paraîtrait confirmer l'opinion de Rogman, c’est un kyste qui, pour lui, ne serait en réalité qu’une dilatation d’un repli très serré de la conjonctive. Te RES
Obarrio (41), en 1905, cite un cas de kyste de la conjonctive avec infiltration tuberculeuse secondaire. C'était une tumeur placée dans l’angle externe de l'œil gauche se continuant vers le cul-de-sac supérieur et inférieur et aplatie vers la commissure externe, jusqu’à se confondre avec la conjonctive. Cette tumeur empiétait sur la cornée sans lui adhérer. La paroi lisse et transparente était sillonée de vaisseaux. À la coupe on voyait :
1° La muqueuse ou zone limitante avec plusieurs glandes et de nombreuses cellules arrondies en division très active ;
2° Une deuxième couche formée par un tissu cellulograisseux avec quelques fibres musculaires et au milieu un petit kyste secondaire entouré de cellules géantes en forme de chaîne continue tout autour de l'enveloppe kystique ;
3° Une troisième zone constituée par des éléments cellulaires placés sans orientation et en pleine formation.
Il conclut alors à un véritable tuberculome avec troubles inflammatoires et irritatifs bulbaire.
Nous avons vu que Villard (6), en 1909, rapportait un cas de kyste qu'après examen histologique il rattache à
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un développement d'inclusion embryonnaire d’un bourgeon épithélial bulbaire qui se développerait très lentement et même pourrait rester latent de très longues années, et il explique la présence d'albumine dans le kyste par la desquamation et la transformation des cellules épithéliales et des leucocytes.
Plus récemment, dans un article publié en avril 1922, Duverger et Redslob (7) rapportent deux cas de kystes développés chez deux jeunes femmes de 20 ans.
A l'examen, l'état oculaire de ces deux femmes est absolument le même : elles se présentent à eux m'ayant jamais rien eu aux yeux avant les six mois précédents ; à cette époque l'œil était devenu rouge et serait resté sensible pendant une quinzaine de jours ; depuis tous les phénomènes ont disparus et il persiste seul une sensation de corps étranger ; mais sur la conjonctive bulbaire, en dedans de la cornée, à 2 */" du limbe, on voit un nid de petits kystes transparents. Les deux malades furent opérées et le surlendemain il ne restait plus traces de kystes, et la sensation de gêne avait disparu. |
A l'examen histologique de la pièce, l’étude des cou-. pes a permis de constater les parties constituantes du Kyste : 4
1° Un épithélium ;
2° Un derme.
1° Le revêtement épithélial est stratifié pavimenteux,formé d'une couche basale tantôt cubique, tantôt cylindrique, sur laquelle viennent s’étager en moyenne 5 à 10 assises de cellules polyédriques ou plates.
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2° Le derme se divise en 2 couches :
a) L'une superficielle plus dense et adjacente à la couche basale de l’épithélium ;
b) L'autre profonde et formée de tissu conjonctif lache. Cette couche est encombrée de formations épithéliales qui sont ou bien des bourgeons de cellules épithéliales d'aspect sphérique ou lobulaire, ou bien des invaginations épithéliales creuses.
Les bourgeons pleins sont constitués par un nombre variables de cellules épithéliales dont le centre est formé d’un amas de cellules à mucus, qui sécrétant, vont former le kyste.
Les formations kystiques plus nombreuses avec des couches épithéliales de structure identique à celle de la conjonctive. Certains kystes sont complètement séparés de la couche épithéliale du revêtement, d’autres par contre y sont attachés par des cordons épithéliaux.
Les coupes faites en série par les auteurs ne montrent, en aucun point, d’ébauches glandulaires néoformées intermédiaires, entre le kyste et l’épithélium conjonctival. Il s’agit d’un amas de kystes épithéliaux développés dans l’épaisseur du derme conjonctival lui-même, et ils assistent à l’invagination d’un bourgeon épithélial qu'il compare comme processus au développement que l’on retrouve dans la morphogenèse de certains organes embryonnaires (développement du cristallin, par exemple) et ils concluent en disant : « Ce qui curieux, c’est que » ce processus embryonnaire se produit dans un tissu » adulte, c’est-à-dire dans un revêtement épithélial nor-