‹ Essai sur les ligatures en masseChapitre 10 sur 21 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Fanchette Braissant , de Chevilly, âgée de douze ans , fut admise à l'hospice de ce canton vers la fin de juillet 1821. Elle portait un goitre arrondi , du volume d'une grosse orange , et situé vers la partie moyenne et latérale gauche du cou. La trachéeartère en était fortement dé jetée à droite , et la respiration considérablement gênée.

Je tentai, pendant environ six semaines , différens remèdes internes et en frictions. Ils produisirent successivement des affections gastriques , et même une inflammation violente de la tumeur avec des symptômes d'une forte irritation générale. Je dus y renoncer. Mais ayant prononcé le mot d'opération , cette petite fille me supplia dès-lors chaque matin de la faire , et éprouvait la plus vive impatience d'être délivrée de cette tumeur hideuse et insupportable. Je l'opérai le 1 2 septembre , de la manière suivante.

Je fis, sur le centre de la tumeur, une incision longitudinale suffisante , et qui n'intéressa que la

peau, le tissu cellulaire sous-jacent et le muscle peaucier. Je disséquai de manière à mettre à-peuprès la moitié du goitre à découvert. Je plaçai mon lien aussi en arrière qu'il me fut possible de le faire ; cependant il glissa deux fois en avant, et ce ne fut qu'avec peine que nous parvînmes à le fixer derrière la tumeur : je serrai alors fortement le tourniquet. Dans la journée même je serrai de nouveau , et dèslors, chaque matin, j'augmentai la constriction. Au bout de huit jours , la tumeur est tombée en putrilage , et, le i5 octobre, la jeune fille est sortie de l'hospice parfaitement guérie, avec une cicatrice longitudinale d'une bonne ligne de largeur. Je dois dire que l'opération fut prompte et facile , assez peu douloureuse , et ne fit perdre qu'une seule cuillerée de sang. Une fièvre modérée survint dès les première heures et persista pendant quelques jours; la partie étranglée devint livide et froide. La guérîson eut lieu sans aucun traitement particulier, et sans nous donner un seul instant la moindre inquiétude.

J'appellerai l'attention du lecteur sur cette circonstance, que deux fois le lien glissa en avant après son application , quoique celle-ci fût faite le plus en arrière possible. On en inférera de suite que je n'avais disséqué tout au plus que la moitié de la grosseur, et que cette dissection, pourtant, a été suffisante.

Il est vrai que je ne me servis point dans cette opération de la pince érigne propre à retenir le lien ,

tout en écartant la tumeur des parties au-devant desquelles il doit s'enfoncer, comme il est indiqué dans l'observation précédente. Mais je sentis dès ce moment la nécessité d'avoir cet instrument et tous les avantages qu'on en peut tirer. Je ferai observer encore que la tumeur ^ après avoir été liée , était sensiblement plus saillante qu'avant l'opération , et on en conclura avec moi que le lien , ainsi que je l'ai fait pressentir ci-devant, a dû la repousser et l'exprimer, en quelque sorte , au-devant de lui; je ferai remarquer, de plus, que, dès les premiers momens , le lien s'est bien vite enfoncé et perdu derrière la tumeur, en sorte que, dans la soirée même, le tourniquet a pu être de nouveau très-facilement resserré. J'ajouterai, enfin, que ces nouvelles constrictions se faisaient sans inspirer aucun effroi , et étaient si faciles , que je les ai confiées quelquefois à une simple infirmière. •

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