TROISIÈME OBSERVATION
Mademoiselle G...., demeurant à Lausanne, âgée de quatorze ans, portait depuis trois ans une tumeur en avant du pavillon de l'oreille droite et sur le muscle massé ter. Malgré des soins variés et assidus d'un homme de l'art, aussi zélé qu'habile, la glande parotide ne cessa de se tuméfier en devenant dure et rugueuse , de sorte qu'elle avait acquis le vpJtuya^ d'une grosse noix, était assez peu mobile,
et paraissait déjà passablement hideuse lorsque je fus consulte. Je conseillai l'extirpation par la ligature ; je lexécatai le i5 mai 1825, de la manière suivante. Je fis une incision longitudinale de deux pouces et demi : elle élait située à quatre lignes en avant de l'oreille , et s'étendait de cinq lignes audessus de l'arcade zygoraatique, jusque vers l'angle de la mâchoire inférieure , sur la peau et jusque sur la tumeur ; je séparai rapidement la grosseur des tégumens et du tissu dense qui la recouvrait, et lorsque je la vis suffisamment isolée pour pouvoir être soulevée par une pince érigne implantée un peu au-delà de l'hémisphère que je venais de mettre à nu , je plaçai les crochets de cette pince aux deux extrémités du diamètre longitudinal de la tumeur. Un aide, auquel je confiai l'instrument, fut chargé de tirer celle-ci au dehors et de la soulever, peadant que je passai par derrière l'anse d'un constricteur tout préparé. Après l'avoir ajustée et poussée aussi avant que je pus, je serrai légèrement le lien en pressant le tourniquet sur sa gaine, et je coupai les bouts excédants du fil que j'avais fixé sur le cylindre du tourniquet ; alors je fis agir plus fortement , mais graduellement, celuici , en recommandant à mon aide de bien écarter la glande avec l'érigne , et à un assistant intelligent de repousser et maintenir le fil derrière cette érigée. Ces petites manipulations , toute simples et l^ciles , furent exécutées en aussi peu de temps qu'on a mis à en lire la description. L'opération étant ainsi ter-
minëe, je recouvris la plaie d'une compresse mouillée fixée par une mentonnière.
La jeune personne ne poussa pas un seul soupir durant tout le temps, et alla tranquillement se mettre sur son lit. L'oreille , la joue , la mâchoire , les dents, rarrière-bouche , devinrent bientôt douloureusesj et le pouls s'accéléra beaucoup. Les mâchoires se serrèrent sans doute par reflet de l'irritation immédiate du masséter, causée par la présence du lien sur ce muscle. Des cataplasmes de pulpes de plantes émollientes furent placés sur la joue et sur l'oreille, et la plaie fut pansée avec du cérat. Je ne pus resserrer mon lien qu'une seule fois, car la jeune demoiselle, si résignée , si calme et si courarageuse pendant l'opération que je viens de décrire, devint tout -à-coup si pusillanime et si sensible , qu'elle ne voulut plus me permettre de toucher davantage au constricteur. Je n'en eus pas besoin , son effet était produit en entier, et la tumeur noirâtre, fétide, ramollie et froide , m'annonça que je pouvais ôter l'instrument et couper le lien. C'est ce que je fis le troisième jour. Le six^, tout était tombé et détergé, et je vis bien distinctement le masséter à nu. Le sept, je rapprochai déjà la plaie avec des bandelettes agglutinatives , en mettant de côté tous les émoUiens, désormais inutiles. L'action des agglutinatifs dans cette partie est , comme on sait , entravée, soit par la mobilité de la mâchoire, soit par la difficulté de fixer les bandelettes en leur donnant une longueur suffisante. Il vaudrait beaucoup
mieux , en pareil cas , réunir au moyen de la suture. La cicatrice aurait été plus imperceptible et plus prompte si je mY'tais servi de ce moyen ; mais on sait que le chirurgien n'est pas toujours libre de faire pour le mieux, et qu'après une opération terminée ses malades se refusent souvent à de nouveaux procédés douloureux.