‹ Essai sur les ligatures en masseChapitre 13 sur 21 · SEPTIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEPTIEME OBSERVATION

Jeannette Bonnevaux, de Beaulmes,ûgée de dixsept ans , portait deux tumeurs glanduleuses situées sur les parties latérales et vers les angles de la mâchoire inférieure. Elle avait tout épuisé pour faire résoudre ces engorgemens ; et comme ils ne cessaient de faire des progrès assez rapides, et que ces deux tumeurs donnaient un aspect repoussant à cette jeune fille, d'ailleurs fort jolie , elle vint à l'hospice, au mois de juin 182 5, pour les faire enlever.

Celle du côté gauche , simple , mobile , moins considérable, n'ayant environ que trois pouces et demi d'étendue, et ne se portant pas au-delà de l'angle de la mâchoire , fut facilement découverte par une seule incision longitudinale , puis disséquée avec les doigts et les ongles, et enfin arrachée sans trop de peine. • — Rien ne s'opposant à la réunion immédiate , elle eut lieu au moyen des bandelettes, et elle ne tarda pas à se faire exactement.

La tumeur du côté droit , plus volumineuse dans tous les sens, s'étendait surtout vers l'oreille , dont elle occupait le pourtour de la moitié inférieure ; c'est-à-dire , qu'elle s'avançait jusqu'à l'arcade zygomatique et vers l'apophyse mastoïde , dessous et en avant du muscle sterno-mastoidien, et sous l'angle de la mâchoire. — Cette por- ,tîon de la tumeur que nous venons de décrire , bien que décidément mobile, était néanmoins for-

tement serrée et bridée sous l'oreille et derrière la mâchoire. — L'autre portion, inférieure à celle-ci, était plus lâche et faisait comme le pendant du corps glanduleux que j'avais extrait, à la même place , au côté gauche. Deux incisions furent nécessaires pour découvrir entièrement cette tumeur.

— L une s'étendait depuis l'arcade zygômatique jusque près de l'extrémité acromia!e de la clavicule, en passant à quelques lignes en avant de l'oreille, et la seconde se dirigeant de cette première incision, vis-à-vis de l'angle de la mâchoire, jusque vers l'apophyse mastoïde. La partie inférieure de ce corps fut disséquée et soulevée avec assez de facilité jusqu'à un pouce et demi de l'angle de la mâchoire. Je ne pus, ou plutôt, je n'osai pas aller plus loin avec mes dissections ; je rencontrai trop d'obstacles de la part des tissus voisins, qui semblaient maintenant trop collés et unis d'une manière trop intime avec la glande, pour que je crusse prudent d'insister sur un dégagement ultérieur : je me contentai d'arracher avec l'index ce qui se trouvait sous la mâchoire même. — Il me restait donc à lier toute la portion supérieure déjà décrite , et un pouce et demi de cette autre portion, dont la dissection jusques-là m'avait assez bien réussi.

— Pour cet effet, je pris une aiguille à ligature , que je fis passer doucement sous la tumeur, dans la même direction que j'avais donnée à ma seconde incision. — J'eus un peu de peine à en ramener la pointe en avant du muscle sterno-mastoïdien, qui

faisait là comme une espèce de saillie incommode, et que la tumeur avait évidemment déviée. Je pus donc , de cette manière , placer deux constricteurs ; l'un inférieurement j pour cerner un peu plus d'un pouce et demi de base ; l'autre supérieurement , pour disséquer et étrangler la partie de la parotide qui se trouvait engorgée. Je serrai si considérablement les deux instrumens, que je n'eus plus besoin de revenir à tourner davantage le fuseau de mes tourniquets. Dès le troisième jour, tout put être facilement emporté avec des ciseaux ; et le septième, la plaie entière était détergée. Lav réunion n'oflVit rien de particulier, si ce n'est qu'elle se fit long-temps attendre immédiatement sous l'oreille. L'enfoncement qui résulte , dans cet endroit, du voisinage du muscle sterno-mastoïdien et de la mâchoire inférieure, joint aux mouvemens de cette dernière, ont sans doute contribué à ce que, pendant assez long-temps, il y est resté un léger suintement. Du reste , la cicatrice est très-peu visible.

Comme tous les malades opérés par cette méthode, la jeune Bonnevaux a éprouvé tous les symptômes d'une fièvre violente et assez de douleurs dans toutes les parties où le nerf facial se ramifie. — Des cataplasmes émolliens, des boissons acidulés, la diète sévère ont suffi pendant les quatre ou cinq premiers jours. La cessation des symptômes d'irritation a permis de se relâcher rapidement de la sévérité diététique , et rien n'est venu entraver le prompt recollement des tëgumens.

Dans sa convalescence, la malade est allée, par dn mauvais jour, visiter sa sœur mariée dans cette ville, où elle a fait d'ailleurs quelque petite erreur de régime. Ces deux circonstances lui ont valu une bronchite aiguë qui, a réclamé les antiphlogisliques et les niucilagineux pendant plusieurs semaines ; elle est sortie bien guérie de l'établissement.

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