Nous ne nous distinguerons pas davantage
î5 pour la désignation nominale des différentes parties qui composent cet instrument, et nous laisserons paisiblement à d'autres tout le mérite^ s'il y en a, de leur trouver des noms grecs plus convenables. Ainsi, donc, nous nommerons cordon^ lien ou fU, ce qui doit constituer l'anse propre à cerner la tumeur. Nous qualifierons de gaine (8) le conduit ou canal qui donne passage au cordon; et nous appellerons tourniquet la pelite machine en forme de cabestan qui donne tant d'énergie à cet appareil.
25. Je dois dire que la première boulette, celle qui est près de l'anse du fd et de la tumeur à lier^ au lieu d'être arrondie et percée d'un trou seulement, doit être taillée en biseau du côté qui regarde l'anse, et percée, dans ce même endroit, de deux trous convergens au lieu d'un seul trou central , afin que, d'un côté, l'espèce de tranchant qui résulte de cette coupe puisse entamer le mal qu'on veut retrancher, et que, de l'autre , les boulettes une fois enfdées , soient retenues par l'anse du fd et ne puissent pas se déranger, comme il arriverait facilement si cette boulette n'avait qu'un trou au milieu. J'en ai fait faire en argent qui paraissent préférables, surtout quand on se sert d'un lien métallique, (Fig. ,.) ^
26. Quant au cordon, il est difficile de s'en procurer un trop fort ; ou plutôt il ne faut jamais perdre de vue, qu'en faisant agir le tourniquet d'une manière très-violente, on est facilement exposé à rompr<? ie lien le plus vigoureta'. On doit donc toujours
proportionner l'action du tourniquet à la force du cordon , et celui-ci à la résistance présumée de la partie qu'on veut étrangler. Des cordons de soie écrue, d'une grosseur plus ou moins considérable , bien préparés et bien cirés , des fils de platine ou d'argent d'un diamètre convenable, ou qi^elque chose de mieux encore , s'il en existe , devront obtenir la préférence. 27. Voici maintenant comment se prépare cet instrument lorsqu'on veut l'appliquer, s^m/, autour d'une tumeur ou d'un pédicule quelconque. Le cordon qui doit les cerner en forme d'anse étant bien choisi, soit pour la force, soit pour la longueur, on en enfile d'abord les bouts dans les deux trous que nous avons dit terminer la première boulette taillée en biseau. Ces deux bouts du cordon réunis s'enfilent de même successivement, dans un certain nombre de boulettes ou dans une canule métallique. Le nombre de celles-là et la longueur de celle-ci, ou, pour mieux dire , la longueur totale de la gaine qui donne passage au cordon , dépendra du volume de la tumeur, de la profondeur à laquelle on prévoit que s'enfoncera l'instrument, de îa plus ou moins grande facilité ou commodité qu'on voudra se procurer en éloignant plus ou moins le tourniquet de la plaie, etc. On devra, autant que possible, mettre une certaine distance entre celîe-ci et le tourniquet, afm qu'il ne se salisse pas en s'imprégnant de sang, de pus et de matières ichoreuses, et qu'on puisse facilement le serrer et le desserrer au besoin , sans toucher ni à la tumeur ni à la plaie.
28. Lors donc que les deux bouts du cordon ont traversé les boulettes ou la canule, c'est-à-dire lorsque le lien est dans sa gaine, on fait passer également ses extrémités libres par le trou qui se trouve à la plaque du tourniquet, et on les enfile enfin chacune dans l'un des deux trous pratiqués au travers du cylindre métallique. Cela fait, on arrange et l'on place l'anse à l'endroit que l'on veut étreindre, et l'on tire ensuite sur les deux bonis €u cordon, pendant que 1 on pousse sur le tourniquet , afin de produire, déjà, un certain degré de constriction. Alors on noue ou l'on fixe d'une manière quelconque les bouts du cordon, après en avoir coupé la partie excédente, et l'on tourne le cylindre pour y entortiller le lien et le serrer à volonté.
29. f^'ous entrerons bientôt dans plus de détails sur cette opération et ses préliminaires. Qu'il nous suffise , pour le moment , d'ajouter que par cette excessive et facile constriction , on parvient bien promptement à priver de la vie la tumeur qu'on veut détruire ; qu'on peut la couper alors sans douleur et sans hémorrhagie comme un corps sphacele; la plaie ne tarde pas à se déterger, et les tégumens qu'on aura eu soin de disséquer préalablement, et de conserver soigneusement, pourront s'appliquer et se recoller exactement sur la plaie.
5o. Tel est, en abrégé, reflet infaillible de cette ligature à tourniquet. Mais cet effet se fait pîas ou moins attendre suivant l'étendue de la base, la téna<>Mé des tissus et l'énergie avec laquelle on fait
agir l'instrument. Aussi son action peut être complète^ et le but qu'on se propose peut être atteint en peu d'instans, en quelques heures ou en un petit nombre de jours , tout comme on la vu s'épuiser seul, en quelque sorte , pendant dix-huit jours contre une base très-large et des tissus très-forts et trèsdurs.
5i. Ces dernières dispositions des parties offrent de très-graves inconvéniens. L'opération et les douleurs qui l'accompagnent peuvent se prolonger d'une manière fâcheuse , la fétidité qui résulte de la mortification partielle et successive de la tumeur devient presque insupportable, et lorsqu'elle persiste longtemps, le malade, les assistans et le chirurgien lui-même peuvent s'en inquiéter et en éprouver de l'impatience.
32. Je n'ai pas tardé à m'apercevoir d'un vice qui devait restreindre beaucoup l'usage avantageux de mon procédé , et je ne me suis point fait illusion sur les reproches qu'indubitablement on lui adresserait bientôt. J'ai dû, en conséquence , chercher le moyen de conserver à mon instrument sa grande utilité , môme lorsqu'il s'agirait de bases fort larges et de tissus extrêmement denses , fussent-ils même fibreux et cartilagineux. Ce moyen ne fut pas difficile à imaginer, et je trouvai bientôt la possibilité de morceler cette base et ces tissus dès qu'on le jugerait nécessaire, et d'appliquer un constricteur distinct à chacun de ces fragmens.