‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 10 sur 105 · DE GUILLAUME DE HUMROLDT · texte numérisé non relu

DE GUILLAUME DE HUMROLDT

Humholdt connaissait maintenant tout ce que son pays possédait d’hommes éminents. Un rapide voyage à Paris, fait dans un temps oii la tempête déchaînée, remuant les choses et les hommes en France, enlevait h tous leur physionomie propre pour leur donner un aspect extraordinaire, ne pouvait suffire à ce sentiment de curiosité immense qui parlait au cœur de Humholdt. D’ailleurs il voulait voir de près les orateurs, les écrivains, les artistes, que sa jeunesse et son obscurité ne lui avaient permis autrefois de ne voir que de loin. Il revint donc à Paris, y passa quelques années, les dernières du Directoiro, et partagea son temps entre ses travaux et la savante compagnie qu’il était venu chercher. Pendant les deux premières années du Consulat, Humholdt parcourut le nord de l’Espagne, d’où il rapporta ses intéressantes études sur l’antique nationalité basque. Revenu à Berlin, il sollicita et obtint l’ambassade de Prusse à Rome. 11 s’y rendit, et pendant six calmes années, il étudia, il cultiva de loin ses grandes amitiés d’Allemagne, il se lamenta avec les cardinaux des coups portés par Bonaparte à la Prusse et à l’Église. De politique active, il s’en occupa fort peu, et comment l’eût-il pu faire ?

Dans les premiers jours de 1809 Humholdt fut attaché

Vil. POMTIOLF.

au ministère de l'intérieur. Altenstein, le président libéral de ce cabinet, lui conlia les sections du culte et de renseignement. Fendant son passage au pouvoir, Humboldt trouva l’occasion d’appliquer les idées qu’il avait autrefois développées dans l’écrit que nous publions aujourd’hui. Sut-il, voulut-il la mettre à profit? Des esprits étroits se hâteraient de rechercher les contradictions isolées qui existent entre Faction publique de Humboldt et les principes théoriques qui furent les siens ; puis, après en avoir relevé quelques-unes, plus apparentes que réelles, ils entonneraient le vieux refrain : faiblesse et vanité des convictions humaines ! Admettons ce triste plaisir de ceux dont la destinée est de rabaisser la grandeur et mesurons toute la petitesse de ces misères déjà si petites en apparence.

On peut signaler deux différences entre les idées de l'homme d’Élal et les idées du jeune philosophe. En 1792, Humboldt accordait aux gouvernants, quels qu’ils fussent, une part d’initiative presque nulle; en 1809, au contraire, il déploya une activité positive considérable. Mais ce que l’auteur écrivait en 1792 ne devait s’appliquer, il a soin de le dire, qu’aux États qui se trouvent dans une situation normale. En 1809, une oppression affreuse pesait sur la Prusse ; l’esprit national s’était

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