XXIV LE COADJUTEUR DALBERG
r emarquables qui font du livre de Humboldt un tout si bien coordonné. Le principe de l’utilité est confondu par le coadjuteur avec le principe de la nécessité, les principes du droit naturel avec un respect timide pour la tradition historique, les théories de Rousseau avec le despotisme bienveillant de Joseph II. A chaque instant sc trahit une étonnante gaucherie d’expression et de pensée. Suivant l’écrivain auquel nous empruntons ce jugement, on peut dire que dans cet écrit l’auteur fait preuve de bonnes intentions, d’intelligence, d’aptitude à comprendre et à rendre clairement les idées qui remuaient son temps, d’indépendance d’esprit et d’une certaine culture philosophique. En le lisant, on juge assez bien quel était alors le niveau commun de l’éducation politique ; on peut voir surtout, en le comparant au livre de Humboldt, à quelle hauteur celui-ci s’éleva.
Malgré ces dissidences, Humboldt résolut de publier son travail, et dans cette intention, envoya une copie de son manuscrit à Berlin. Mais quoique les éditeurs ne lui eussent point manqué dans cette ville, la pensée de s’y faire imprimer dut bientôt être abandonnée. Dès le 12 septembre Humboldt écrit à Schiller les difficultés que lui soulève la censure : « Un censeur vous refuse « absolument son imprimatur ; un autre vous l’accorde