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dont chaque page respirait l’admiration pour ces idées courait risque de n'inspirer que de la répulsion. Humboldt avait plus de tact qu’il n’était nécessaire pour juger l’inopportunité du moment et la disposition défavorable des lecteurs. C’est ainsi qu’on explique le sort de ce livre, dont la publication était si impatiemment désirée par l’auteur, et qu’il jugeait avec tant de faveur au moment même où il était sur le point de l’abandonner pour toujours.
Quant aux circonstances qui ont fait que ce livre, après avoir dormi plus de cinquante ans au fond d’un portefeuille, a pu apparaître au grand jour de la publicité, on aura bientôt fait de les dire. On savait par les lettres de Humboldt qu’il existait deux exemplaires manuscrits de l’oeuvre, et que pendant l’été de 1792 l’un, l’original, se trouvait entre les mains de Schiller, l’autre, la copie, entre celles de Biester. Deux lettres de Humboldt à Schiller du 7 décembre 1792 et 18 janvier 1793 nous apprennent tout ce que l’on sait aujourd’hui du sort de cette copie : elle revint à Humboldt puis fut prêtée par lui. Quant à l’original, que Humboldt prie Schiller de lui renvoyer dans la lettre du Vx janvier 1793, il fut rendu à l’auteur et resta toujours en sa possession. Il fut découvert en 1850 à Ottmachan,
XXXIV l’ouvrage perdu,
ce beau domaine de Silésie donné à Humboldt à titre de récompense nationale. C’est sur ce manuscrit qu’a été faite la première édition du livre. Nous la devons aux soins du docteur Édouard Cauer, qui l’enrichit d’une notice pleine d'indépendance et de piété pour la mémoire de Guillaume de Humboldt. Cette notice nous a fourni la plupart des détails bibliographiques qui précèdent.
Cet estimable écrivain a éprouvé dans l’accomplissement de sa tâche une contrariété facile à comprendre et à partager. Le manuscrit présente une lacune qui n’a pu être qu’imparfaitemenl comblée. 11 manque six feuillets, du troisième au huitième. Ces six feuilles contenaient les derniers mots du chapitre premier, le chapitre u tout entier et la première partie du chapitre m. Le chapitre h et la première partie du chapitre ni ayant été imprimés dans la Thalia , c’est dans ce journal que le docteur Cauer a retrouvé ces morceaux. Par malheur, quelques lignes au commencement et deux pages au moins à la fin n’ont été ni imprimées dans le journal de Schiller, ni retrouvées dans le manuscrit. La première lacune est d’une étendue et d’une importance fort restreinte : il ne nous manque ici que quelques phrases qui donnaient au chapitre premier sa
PUIS îtETROUVÊ ET PUBLIÉ. • XXXV
conclusion, et nous n’avons presque rien perdu de la pensée de l’auteur en cet endroit. La lacune existant entre la fin de l’imprimé et la reprise du manuscrit est beaucoup plus longue; elle cause une interruption trèsréelle et très-sensible dans la marche de la pensée. La
table nous indique bien quelles étaient les idées expo-
sées, mais nous aurons à en regretter le développement, jusqu’à ce qu’on soit parvenu^ retrouver, soit la copie envoyée à Bœster et rendue par lui, soit les six feuillets de l’original que Schiller aura égarés ou qu’il aura négligé de renvoyer à Humboldt avec le reste de son manuscrit.
Dut cette espérance être trompée, l’œuvre telle qu’elle a été publiée par M, Cauer n’en est pas moins une acquisition précieuse pour la littérature allemande et pour la liberté.
Le problème capital posé par Humboldt, celui auquel se rattachent toutes les graves questions qu’il agile, est celui-ci :
Quelle est l’étendue des devoirs de l'Etat envers les citoyens ’é Quelle est par suite l'étendue légitime de son action ?
Dans son préambule, Humboldt observe que cette question a été bien rarement examinée. Ce serait pour-