SEIZIÈME SIÈCLE
moyen de les éteindre. Dans leurs écrits, ils développèrent des plans diversement chimériques qui cependant ont tous un caractère commun : L’État est chargé du devoir et investi du pouvoir illimité d’agir seul contre ces maux. L’individu est anéanti; il n’a aucun effort à faire dans cette lutte que l’État soutiendra pour lui; il n’a qu’à ohéir d’abord, et à se trouver heureux ensuite. C’est à ce mouvement que se rattachent V Utopie de Thomas Morus, la Cité du soleil de Campanella, la Nouvelle Atlantide de Harrington, Y Histoire des Sévarambes de Vaïrasse d’Alais (1).
On sait comment notre Rabelais traita ces rêves. Lui aussi créa sa République ; mais « pour reigle il ne lui » donna que cette clause : Fuis ce que voudras .» Il ajoute ces paroles que les réformateurs de tous les temps devraient méditer : « Toute leur vie (aux citoyens de » Thélème) étoit employée non par lois, statutz ou » reigles, mais selon leur vouloir et franc arbitre.... » Parce que gens libérés, bien nés, bien instruicts, » conversans en compagnies honnestes ont par nature » un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits » vertueux, et retire de vice; lequel ilz nommoient
(1) Voyez sur les utopistes de la Renaissance les travaux de M. Franck.