‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 4 sur 105 · SON TEMPS · texte numérisé non relu

SON TEMPS

Tous sont nés et sont restés enchaînés à un poteau. Tous ont recherché les conséquences d’un principe commun, accepté comme vrai ; pas un n’a recherché le principe lui-même. Quelques-uns ont proclamé la souveraineté de la raison, l’indépendance de la philosophie; mais ils n’ont usé de cette souveraineté que pour l’abdiquer bien vite et bien humblement (1). Descaries, qui fut le plus libre de tous, mais qui le fut par l’imagination plus que par le jugement, et après lui Fénelon, n’ont conçu le doute philosophique qu’à l’étal d’hypothèse impie. Ils ne l’ont construite que pour la renverser aussitôt. Us ont reconnu l'entrave qui empêchait leur marche; ils l’ont dépouillé un instant, puis en ont volontairement chargé leurs membres. Quelle servitude d’esprit n’apparaît pas au fond des éloquentes rêveries de Pascal ou des hymnes de Bossuet !

Tandis qu’à celte époque les penseurs étaient forcés de partir d’un point de départ commun qu’ils n’eurent le pouvoir ni de changer, ni à plus forte raison de répudier pour en choisir un autre, les philosophes allemands du dernier siècle se placèrent où ils voulurent et tournèrent leurs regards dans la direction que

(1) Voy. Jules Simon, Introduction aux Œuvre* de Descartes. Charpentier, 1855, p. 1 1 .

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