XLIV LE SOCIALISME ET LA LIBERTÉ
le régime existant, l’individu garrotté était conduit de gré ou de force par l’État vers un bonheur dont l’idéal variait avec les goûts et le tempérament de chaque réformateur.
Ils se mirent à refaire spéculativement la société. Il en est plus d’un qui poussa la hardiesse jusqu’à remanier l’homme moral et jusqu’à retoucher l’homme physique. On se rappelle les noms de Fourier, de Saint- Simon en France, de Robert Owen en Angleterre.
L’obscurité de leurs écrits, jointe à la nature même de
leurs idées, a fait que ces théoriciens n’ont eu qu’une influence fort indirecte sur la marche du siècle. Il faut les citer seulement pour rappeler combien les démocrates d’il y a cinquante ans étaient opposés aux idées libérales. Ils imposaient l’égalité, ils imposaient le bonheur ou plutôt leur bonheur à chacun.
Après 1830 le socialisme se transforma. Il devint plus intelligible, si je puis ainsi dire, mais son divorce avec la liberté ne cessa point.
Le gouvernement qui venait de s’établir était libéral, mais libéral au profit d’une classe seulement. Là étaient son inconséquence et son vice. Le peuple souffrant, affamé parfois, se voyant écarté, se croyant négligé ou dédaigné, en appela souvent à la force, et tout en