‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 5 sur 105 · TF LE CYCLE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

TF LE CYCLE PHILOSOPHIQUE

chacun d’eux jugea cire la meilleure. Presque tous étudièrent de préférence l’homme. La distinction entre la Théodicée et la Philosophie proprement dite, posée théoriquement par Bossuet lui-môme, mais toujours repoussée en pratique par ses contemporains, s’accomplit et dégagea l’une et l’autre science de l’ancienne confusion.

Herder seul s’obstina et continua de les réunir.

Kant fut l’auteur d’une révolution philosophique aussi importante que celle dont René Descartes avait été le chef. Il définit la personnalité intime de l’homme et mit en face d’elle les éléments étrangers qui, sans entrer dans sa composition, exercent sur elle une influence continue et infiniment variée. Au rebours de ce qui se produit d’ordinaire, ce grand esprit trouva le premier un éclectisme que ses successeurs rejetèrent pour choisir et développer des systèmes absolus.

Ilegel, frappé surtout du lien qui existe entre le monde extérieur et le moi humain, alla jusqu’à nier radicalement la distinction de Kant pour soutenir l’enj tière identité des deux termes déterminés par son devancier.

Fichte étendit l’un et nia l’autre. Il soutint, non plus eur identité, mais l’existence exclusive du premier, le

ALLEMAND AU xvill* SIÈCLE. VII

néant du second. Pour lui la personnalité humaine est universelle; elle embrasse tout. C/est en elle, et en elle seule que tout prend l’existence et la vie. Fichte fut dépassé dans cet idéalisme tout subjectif par Frédéric- Henri Jacobi. Ces deux philosophes virent tout dans l’homme, comme Malebranche avait vu tout ên Dieu.

Il est impossible ici déjuger et même de dépeindre plus amplement les détails de ce cycle philosophique {!). Mais on peut en voir nettement la beauté principale. Elle est tout entière dans l’émancipation intellectuelle de ces hommes qui, dans la recherche de la vérité, ne se laissèrent aveugler ni par les suggestions de l’amour-propre, ni par aucun axiome étranger à la raison. Ils reconnurent loyalement des erreurs longtemps défendues par eux ; ils refusèrent, dès le seuil et dans tout le cours de leurs études, d’admettre l’intervention d’aucun principe présenté d’avance comme supérieur à l’examen ou à la discussion.

C’est surtout par cette indépendance d’esprit que la grande époque littéraire de l’Allemagne se rapproche de notre xvnr siècle. Les deux phalanges, également hardies, l’une plus calme dans son attitude, l’autre plus

(1) Voy. Wi!m, Histoire delà philosophie allemande.

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