LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE
entre la liberté qu’il aime et les misères sociales qu’il voudrait à tout prix éteindre, représente assez bien la situation des différents partis politiques que la révolution de 1848 mit en présence.
Ce renversement bruyant, accompli au nom de la liberté, lit place à un gouvernement dont il serait injuste, ingrat et lâche, de méconnaître aujourd'hui les intentions excellentes.
Mais si la démocratie et la liberté politique devaient gagner à ce mouvement, il est certain que la liberté individuelle fut considérablement négligée. A ce point de vue, les traditions de la première Assemblée constituante de 1789 furent presque entièrement oubliées. La théorie qui tend à faire à l’État une large part de devoirs et de droits prévalut.
Le peuple reconquit des droits importants dont on l’avait depuis longtemps privé ; l’individu resta soumis à la souveraineté du nombre.
Les hommes chargés du pouvoir, ayant en face d'eux, pour ennemis plus que pour auxiliaires, les organes de la démocratie absolutiste dont nous avons reproduit les doctrines, comprirent que si les privilèges étaient menacés, la liberté l’était aussi. Ils ne voulurent pas se dessaisir d’une puissance que l’agitation du
ET LA RÉVOLUTION DE 18è8. LIX
temps rendait nécessaire pour la conservation de la sûreté.
N’est-ce pas à cette époque queProudhon engageait le gouvernement à porter aux droits privés, pour cause d’utilité publique, un coup injustifiable? Diviser toutes les créances en trois parts égales, conserver la première aux créanciers, faire cadeau de la seconde aux débiteurs, attribuer la troisième à l’État !
Par cette conduite du grand adversaire de l’État, on peut juger quelle dut être celle des réformateurs qui ne se piquèrent jamais du même respect pour les droits de l’individu.
L’ardeur fort concevable des discussions jeta l'alarme ; et ceux qui avaient cru tout d’abord assister à l’avénement de la démocratie libérale, n’eurent bientôt sous les yeux que la lutte ouverte de plusieurs dictatures en compétition.
L’une d’elles l’emporta.
Après 1851, les philosophes purent réfléchir tout en paix à la nature et au caractère de la liberté. Sa présence ne gênait plus ceux qui avaient à dire d’elle du bien. Elle demeura quelque temps à l’étranger.
Elle revient vers nous, à pas prudents, mais d’une marche continue. De 1859 à 1867, nous avons compté