LXXII INFLUENCE DES IDÉES DE HUMBOLDT
turbulence stérile, de Manin prêchant le respect à la loi, de Gavour excitant par ses écrits économiques l’activité industrielle, deLamarmora, de Garibaldi créant la bravoure du soldat italien sous les murs de Sébastopol et dans les plaines de l’Uruguay. Les adversaires de cette nation croient l’humilier en lui rappelant, de façon fréquente, mais peu chevaleresque, les secours qu’on lui a fournis. Elle avait deux ennemis, les soldats étrangers et les vices italiens. La France l’a aidée ù chasser les premiers; l’Italie n’a pas eu d’alliés pour vaincre les seconds, et elle les a vaincus. Le "peuple italien n’avait pas seulement à conquérir son territoire national, il lui fallait surtout sa dignité morale. Voyez son bon sens, son activité, sa modération, et dites s’il ne l’a pas tout seul noblement conquise.
Le problème de la liberté individuelle, du développement de toutes les facultés humaines, parait avoir peu préoccupé l’Espagne. Je le trouve cependant nettement posé dans un éloquent ouvrage de polémique religieuse dont l’auteur Jacques Balmôs (1) représente
(1) Le protestantisme comparé au catholicisme, dans ses rapports avec la civilisation européenne, traduction française, Paris, 1852. Chapitre xxi : De l’individu. Du sentiment de l’indépendance personnelle d’après Guizot. — Cliap. xxii : De quelle manière l’individu se trouvait absorbé par la société antique.-» Chap. xxin : Des progrès de l'individualité sous l’influence du catholicisme.
EN FRANCE DEPUIS 1854. LXXItl
assez bien, dans son pays, l’école catholique et libérale de Lacordaire et de Ventura.
En France, après 1851, le premier moment de silence une fois passé, nous avons de nous-mêmes trouvé, ou plutôt retrouvé ce grand problème, éclairé désormais de la lumière du suffrage universel. En 1856, Tocqueville publiait son livre l'Ancien régime et la Révolution. Sa Démocratie en Amérique , dont la première édition remonte à 1837, acquérait une jeunesse nouvelle et attirait plus que jamais les lecteurs.
En 1857, M. Émile de Girardin publiait, sous ce titre un peu trop général la Liberté , une polémique qu’il venait de soutenir contre M. de Lourdoueix sur une question large, mais spéciale : le droit de punir. En tête de ses lettres, si paradoxales, hélas ! M. de Girardin plaça une préface qui ne l’est guère moins, mais dont la première partie est un document pour l’histoire contemporaine des idées libérales : « La liberté, dit-il, » est certainement le nom qui s’est rencontré le plus » souvent sous ma plume. A peiné un volume suffirait-il v à la réunion de tout ce que j’ai écrit pour l’expli- » quer, la définir, la revendiquer, la défendre, la justi- » fier. Quoique je l’aie toujours sincèrement aimée, » énergiquement défendue, je dois convenir que je ne
•tiïlV SUITE. — t’ ÉCOLE LIBÉRALE FRANÇAISE.
» l’âi pas toujours comprise aussi clairement qu’elle » m’apparaît après vingt années d’études et de conh tfoverses. Ce n’est que parubé succession detransi- »i tions opétéeS suf moi- même, transitions dont ort re-
# trouve facilement les traces dans ce que j’ai écrit, ce
# n’est que graduellement que je suis arrivé à me faire •» de là liberté l’idée précise que j’en ai maintenant.
» Par liberté, j’èntends l’aplanissement immédiat ou •a graduel de tout Ce qui fait obstacle au développe- » ment et à la plénitude de la puissance individuelle.
‘ » Par liberté* par puissance individuelle, j’entends
» donc la restitution à l’individu de tout ce qui lui a i été indûment pris par l’État. *
Je he pousse pas la citation plus loin. Le faire serait S’exposer à rencontrer des opinions très-personnelles h l’auteur. Si l’on s’en tient aux paroles que je viens de rapporter, on croit entendre non un homme isolé, mais le génie même du temps présent. Cette connaissance précise de la vraie liberté* de la liberté que je puis appeler foncière, a été développée au milieu de nous par dès voit trop connues pour qu’il soit utile, trop nombreuses pour qü‘il soit possiblede les toutes mentionner.
* Dahs cette bonne œuvre, la part de M. Laboulaye a été considérable. Ses travaux sur les États-Unis ont eu pour