I.XXVI SUITE. — PROUDHON, M. VACIIEROT
lence, et non pour opprimer ma liberté, pour faire de moi une machine. L’État ne peut jamais demander à ma liberté que le sacrifice strictement nécessaire à la garantie de la liberté qui me reste.» Et puis, ne l’oublions pas, M. Jules Simon a voulu demeurer un vulgarisateur; il connaît bien l’esprit de ses concitoyens; il a voulu que son ouvrage fût populaire et fécond, Qu’il jouisse de son succès, et qu’il en soit remercié.
Dans son livre De la justice dans la révolution et dans l'Église, Proudhon renforça sur certains points la critique des Contradictions économiques. Toutefois il paraît conserver toutes les perplexités qui l’obsédaient en 1847. Dans le livre de 1858, il affirme la liberté, et la liberté individuelle plus énergiquement que jamais, et en même temps il appelle de tous ses vœux une organisation de la justice, irréprochable en morale, mais peu compatible avec la conservation des libertés légitimes, notamment de la liberté économique (voyez surtout Etude douzième , conclusion).
Le nom de M. Yacherot ne saurait être passé sous silence. Son substantiel ouvrage la Démocratie est de nature à rendre de vrais services. Malheureusement le titre est trop exact, et l’on comprend, après avoir lu le livre, que l’auteur n’ait pas osé l’appeler la Démo-
M. DUPONT-WHITK.
cratie libérale. M. Vacherot, sans être socialiste, fait trop peu de cas de la liberté individuelle; il partage la tolérance de M. Dupont- White pour l’État, et c’est chose curieuse de l’entendre proclamer sur ce point, avec cet écrivain, une communauté d’opinions qu’ils sont loin de conserver en général (1). M. Vacherot trouve toujours des raisons pour écarter l’exemple des États-Unis. C’est que l’histoire de ce grand peuple est un arsenal inépuisable pour les défenseurs de la liberté ; c’est un magasin d’instruments de gêne pour tous les autoritaires.
C’est pendant cette féconde période de notre littérature politique que Y Essai sur les limites de l'action de l'État par Guillaume de Humboldt commence de nous parvenir. Nous en eûmes la première connaissance parM. Duponl-White et la traduction qu’il donna du livre de John Stuart Mill, où les idées du philosophe allemand sont souvent reproduites et parfois discutées. En 1860, quatre ans avant la publication de Y Étude de M. Challemel-Lacour, M. Laboulaye donna une analyse exacte du livre de Humboldt dans un opuscule en tête duquel il inscrivit le titre adopté par notre auteur :
(1) Cotnp. la Démocratie de M. Vacherot (Paris, 1860) avec les ouvrages de M. Dupont-White : L'individu et l’Etat , et la Décentralisation.
LIX VIH MM. LABOULAYE, BAUDBILLâRT ET BATBIE.
L' État et ses limites , Depuis lors il s’est souvent inspiré de lui, et pouvait-il mieux faire ? Quand il rédigea le programme du parti libéral (1), il prit pour devise cette pensée de Goethe : «Le meilleur gouvernement est celui qui apprend aux hommes à se gouverner eux-mêmes.»
Sous l’influence de ces idées, grâce à l’autorité nouvelle qu’elles tiraient du grand nom qui les couvrait, grâce aussi au réveil de la liberté politique, les libertés
individuelles trouvèrent de plus nombreux défenseurs
parmi les représentants des sciences sociales positives, parmi les économistes et les jurisconsultes.
MM. Baudrillart et Batbie firent voir dans leur enseignement oral et dans leurs livres combien ces libertés profiteraient au développement de notre richesse.
M. Bertauld écrivit sa Liberté civile (1864). Il s’appliqua, en se détachant de toute question de forme ou de dynastie, à rechercher au milieu des théories si diverses des écrivains libéraux, celles qui satisfont la logique. Cette tâche était difficile ; tout d’abord la science de la liberté, de même que le bon sens, paraît chose très-simple et à la portée de chacun; mais les occasions où il faut appliquer cette science sont tellement innombrables, que celui-là est difficile à trouver < -
(1) Lf parti tibéraly son programme «ÿ ton avenir. Paris, Charpentier, 1863.
M. BERTAULD. LXXÎ*
qui n'a point émanais d’erreur sept fois Ip jopr. Si déli-r cate que fût cette tâche, M. Bertauld l’a remplie ayeq rectitude et sûreté. Si vous vous trouve? en désaqcqfd avec lui sur une conséquence, soyez sûr que la panse PB est dans le choix du principe, point dans la déduction qu’il en a tirée; par, ses principes une fois adrqjs, jj est impossible d’attaquer le raisonnement qu’il ep fait dé-
couler. Sa critique puissante et piquante §st toujours courtoise... Je m’arrête et interromps ici l’appréciation que je voudrais donner de ce liype, Ceux qui liront jusqu’au bout cette notice en verront la cause, J’aiipe mieux rapporter le jugement d’un illustre arrn de Ja liberté, qui disait après l’avoir lu : s Ce livre est un de ceux que le parti libéral aurait le plus d’intérêt à répandre. a
Depuis 1860, ce ne sont pas seulement les hommes nouveaux et indépendants de fout passé politique qui ont été atteints par le souffle des idées individualistes. D’anciens ministres, d’anciens chefs de parti se sont faits les interprètes et les champions dp ces droits peu prisés par eux jadis.
M. Guizot s’accuse sévèrement dans ses Mémoire s d’avoir empêché l’exercice du droit de réunion.
M. Thiers inaugure sa rentrée dans la politique active, en définissant avec netteté, en réclamant avec