‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 59 sur 105 · LXXXII APPRÉCIATION CRITIQUE · texte numérisé non relu

LXXXII APPRÉCIATION CRITIQUE

tombent à plomb sur la théorie de l’indifférence, car les formes politiques protègent l’homme contre l’arbitraire de l’État, comme les formes judiciaires le protègent contre l’arbitraire du juge.

11 est un autre côté par où le libéralisme individualiste, tel du moins qu’il est formulé par Humboldt, me parait attaquable.

Suivant lui. l’État ne doit se préoccuper que de maintenir la sûreté, la liberté; il ne doit rien faire pour procurer directement aux citoyens le bien positif, le bienêtre, le bonheur. Et Humboldt donne h ces mots un sens absolu, indivisible (1). Mais le bien positif se compose de deux parties : le nécessaire et le superflu. Quant à ces choses qui composent le superflu, qui rendent l a vie luxueuse, large, aisée, l’État ne doit jamais rien faire pour les procurer directement aux citoyens. Les efforts qu’il dirigerait vers ce but entraîneraient tous les inconvénients énumérés par Humboldt (ch. in), et sur ce point il est impossible de se séparer de ses idées sans tomber dans le socialisme. Mais à côté du superflu, et avant lui, est le nécessaire, Y indispensable, composé de cette faible quantité de biens, sans la possession desquels l’existence physique de l’homme est

(1) Voy. chapitre in'.

DE L’iN DIT1 1 >U ALISME CONTEMPORAIN. LXJÏ1IÎ

impossible. Or, quand sous l'influence d’événements de force majeure que tous subissent et dont personne n’est responsable, des citoyens, en trop grand nombre pour que la charité privée puisse les secourir efficacement, sont dans l’absolue impossibilité de se procure* ce nécessaire, n’est-ce pas qn devoir pour l’État de faire tout ce qui est en lui pour donner ces biens indispensables à l’homme qui, livré à lui seul, ne peut plus se les procurer? Ne pas le reconnaître serait forcer l’État à assister d’un coepr impassible à la mort de ses membres. Cette erreur, déjà si répugnante ep eJle-même, donnerait aux socialistes autoritaires un avantage qu’ils ne manqueraient pas de saisir et dont ils profiteraient à bon droit.

Que si l’on voulait affranchir l’État de cette obligation en lui conseillant de laisser faire la charité, la vertu individuelle par excellence, toujours vivace chez les peuples libres, cette noble réponse ne saurait satisfaire aux terribles exigences de la réalité. Supposer qu’il est sur terre une nation où la pitié puisse mourir dans le cœur de l’homme serait outrager gratuitement le genre humain et Dieu qui l’a créé. Mais si la charité peut secourir la misère accidentelle et restreinte, quels que soient son génie, son activité généreuse, son dé-

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