‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 60 sur 105 · APPRÉCIATION · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION

vouement, elle est impuissante à éteindre la misère devenue maladie chronique et universelle dans une société. La charité peut guérir la pauvreté, elle ne peut guérir le paupérisme. Demandez à l’Angleterre si cela n’est pas vrai.

En face de ce mal social, le pouvoir social a le devoir rigoureux de le combattre directement et par une action positive.

Il le doit au nom de l'humanité.

Il le doit pour conserver la sûreté, qui sans cela serait bientôt détruite ; car, c’est Humboldt qui le dit, la sûreté et le bonheur se rattachent étroitement l’un à l’autre (chap. ni).

Il le doit pour se conserver lui-méme.

Tel est le problème, telle est la solution, telle est son histoire et son mérite.

Que dire maintenant des qualités du livre? Je parlerai d’abord de celle qu’il est le plus difficile d’apprécier à la seule lecture d’une traduction. Le style de l’original est ferme, malgré la longueur fréquente des périodes, caractère propre au génie de la langue allemande. D’une vraie beauté littéraire dans les développements épisodiques, il devient scientifique et rigoureusement exact dans les déductions et les résumés.

!>ü LIVRE DE HUMBOLDT.

A l’harmonie des sons l’auteur préfère toujours la rectitude des expressions. Un mot répété ne l’effraye pas, et il a conservé à dessein plusieurs aspérités qui lui avaient été dénoncées par le crayon sévère de Schiller. Sa gravité ne se permet jamais la raillerie, mais elle sourit parfois et non pas sans malice. On peut derrière le philosophe entrevoir l'écrivain qui fut « l’un des hommes les plus spirituels en tout pays » (1).

Le lecteur verra facilement quelle logique relie entre elles les parties de ce tout. Il sera frappé, effrayé peutêtre parfois de la profondeur philosophique de la première partie (chap. i à ix); il remarquera l’esprit pratique apporté par l’auteur dans la recherche des applications à faire de ses principes (chap. x à xiv), et la prudence extrême dont il fait preuve dans les deux derniers chapitres, surtout dans l’exposition des procédés à suivre en toute réforme politique.

On admirera cette sérénité de pensée que les sujets les plus brûlants ne troublent jamais. Nulle part elle n’est plus remarquable que dans ces pages sur la religion, qui cependant fournirent aux censeurs berlinois presque tous les prétextes de leur refus. Cette imparti) Madame de Staël, De V Allemagne, 5* partie, chap. xn.

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