‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 63 sur 105 · ORIGINALITÉ · texte numérisé non relu

ORIGINALITÉ

» même où certaines circonstances locales la rendent » absolument nécessaire. Dans ce système, tout cou- » pable pourrait encore s’affranchir de la peine en » renonçant au contrat social avant qu’elle ne l’eùt » frappé (1). »

Dans la partie spéculative de cet Essai, l’auteur s’inspire non plus de la France, mais des travaux de ses compatriotes. Sa philosophie repose sur la doctrine de Kant. Cet ouvrage fut écrit peu de temps après l’apparition de la Critique de la raison pure, qui exerça aussi sur Schiller une si puissante influence. Dans' ce livre, Kant avait seulement fixé le système qu’il appliqua par la suite. De tous les écrits postérieurs dans lesquels il étendit ses principes à la vie individuelle, à la science du droit, aux rapports politiques, à la religion, aucun n’avait encore paru en 1792. La vigueur intellectuelle de Humboldt, retrempée par l’étude assidue de la méthode de Kant, pouvait encore agir avec indépendance et liberté. Schiller n’avait alors publié aucun des travaux philosophiques qu’il entreprit plus tard. Le nom de Fichte était inconnu. L’autorité de Kant était à son apogée. Si l’on en excepte le mystique F. H. Jacobi, tous ceux qui vivaient alors de la vie intellectuelle par-

(1) Chap. Xlll.

Dü LIVRE DE HÜMBOLDT. — KANT. LXXXTX

tageaient les idées du maître. Si l’on tient compte de l’état des esprits, on reconnaîtra dans cet Essai le premier signe du réveil de l’originalité. Cette originalité se manifeste en effet à un double point de vue. D’abord les principes de Kant étaient appliqués par Humboldt à des matières dont le premier ne s’était pas encore occupé; et puis ces principes étaient pour la première fois approfondis et rendus vivants.

Au premier point de vue, il est du plus haut intérêt de se reporter aux opinions développées par Kant dans ses écrits postérieurs (1) sur les mômes sujets, et de les comparer avec celles de notre auteur. Cette comparaison est tout à l’avantage de Humboldt. Dans l’application des principes de Kant au droit et à la science sociale, il a été plus heureux que l’auteur lui-même; il l’a surpassé en finesse, en pénétration, en logique.

La justification détaillée de ceci nous entraînerait trop loin; il nous suffît de renvoyer aux raisonnements de l’un et de l’autre écrivain sur le droit d'hérédité , les lois // énales et l’idée de la puissance publique.

Mais Humboldt est supérieur à lui-même quand il %

(i) Voy. Melaphysische Anfangsgründe der Rechtslehrc (1797), puis le travail publié en 1795, Zum ewigen Friedcn, et enfin Der Streit der Facultœten (1798), où l’on peut comparer les idées des deux philosophes sur le rapport qui unit la Politique à la Religion.

xc comparaison des idées

recherche non plus l'application, mais l’jntelligence des idées de Kant 11 le fait d’une façon toute consciencieuse; au travers de la plus vive admiration, on aperçoit chez lui la plus complète indépendance de critique, Sur les questions de la morale et de l’esthétique, ïjumboldt montre toute l’originalité de son jugement.

En morale, sa théorie, consistant à faire de l'énergie l’unique vertu de l’homme, est neuve, certes ! Mais elle est fausse, i( faut le dire bien haut. L’ énergie d e la personnalité, l’énergie de Ja conscience est un des éléments de la yertu, sans doute; mais l’énergie de la nature humaine, mal contenue, mal dirigée, peut être la source de toute violence, de toute injustice, et qui pis est, du triomphe de toute injustice.

Pour ce qui est de l’esthétique, Humboldt oppose ses idéçs aux idées de Kant sur la nature des beaux arts et sur leur ordre (1). L’un met au premier rang la musique, l’autre les arts plastiques. Il serait téméraire à nous de prononcer entre les deux philosophes. Nous dirons seulement qu’il nous paraît bien difficile d’assigner d’une manière absolue un rang déterminé à chacun des beaux-arts et d’en dresser la liste par ordre de mérite. Est-ce que leur valeur comparative

(4) Voy. Kant, Kritik der UrLheüskrafl.

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