‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 65 sur 105 · ADMIRATION DE HUMBOLDT · texte numérisé non relu

ADMIRATION DE HUMBOLDT

libertés (1), il y a là une contradiction au moins étrange. C’est que Humboldt avait étudié l’antiquité dans les poètes bien plus que dans les historiens. Rien d’aussi grand et d’aussi beau que la personnalité humaine dans V Iliade, dans l 'Odyssée, dans les œuvres des tragiques ; rien de plus écrasé, de plus anéanti que l’homme privé dans les constitutions politiques des législateurs. L’admiration toute littéraire de Humboldt pour l’antiquité se serait modifiée, s’il eût moins souvent lu Homère, s’il eût étudié davantage les discours des orateurs et l’organisation des États depuis la république communiste de Lycurgue, jusqu’au gouvernement despotique du Bas-Empire.

Schiller avait su se garder de cet excès qui tourne souvent au paradoxe et à l’injustice envers les temps modernes. Il dit quelque part : « La Grèce et Rome » nous montrent des Grecs et des Romains éminents;

(1) Je lis ceci dans un livre qu’on ne saurait taxer de partialité contre l'antiquité : « Le droit domestique était en général fort imparfait chez les anciens, parce qu’il violait sans cesse la liberté personnelle. Il ne faut pas s'attendre à trouver plus de libéralité dans Platon que dans Solon ou dans Lycurgue. D’abord aucun citoyen ne peut prendre femme en dehors de la cité ; en second lieu, tout citoyen est forcé de se marier et de laisser dans l’Etat des citoyens qui

le remplacent. Au bout de dix ans de mariage, si l’on n’a pas

d’enfants, le divorce est forcé. » (Platon, Des lois — (J. Denis, Histoire des théories et des idées morales dans l’antiquité, ouvrage couronné par l’Institut, 1. 1, p, 304 et suiv. Paris, 1850.)

pour l’antiquité. xciii

» même dans leurs plus beaux âges, elles ne nous »> montrent pas d’hommes éminents.,... Rome avait » le droit du citoyen; nous, nous avons la liberté de » l’homme (1). »

Cette liberté de l’homme, en réalité inconnue de la Grèce et de Rome, ou méconnue par elles, a été annoncée et apportée à l’Europe par les deux grandes révolutions qui ont commencé et consommé la ruine de l’antiquité : l’établissement du christianisme, qui soustrait à l’action de l’État la croyance de l’homme; l’arrivée des peuples du Nord, chez qui la puissance individuelle est d’autant plus forte que l’autorité publique est plus faible. La liberté de l’individu, tant demandée, tant refusée, tant combattue, c est la gloire des temps nouveaux de l’avoir, non pas revendiquée, elle l’a toujours été, mais de l’avoir définie, limitée, justifiée; cette gloire appartient principalement «\ l’école individualiste dont Humboldt a été l’un des premiers, est resté l’un des plus glorieux adeptes.

Cette école a des adversaires. Ils l’accusent de ne

(1) « Griechenland und Rom konnten hœchstens vortreffliche

Rœmer, vorlreffliche Griechen erzeugen die Nation, auch in

ihrer schônsten Epoche, erhob sich nie zu vorlrefflichen Menschen. — Keiner von unsern Staaten liai ein romische Bürgerrecht auszn-

Iheilen wir haben Menschenfreiheit: » (Schiller, Ueber Vôlker-

ivanderung, Kreuzzùge un d ÿiUelalter, t. XI, p. 5, édit. Colla, Stuttgart, 1850.)

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