‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 86 sur 105 · DE L’ÉDIFICE SOCIAL ET NOTRE THÉORIE · texte numérisé non relu

DE L’ÉDIFICE SOCIAL ET NOTRE THÉORIE

en trouvera la justification. Restent donc les seuls impôts directs, Parmi les systèmes possibles d’impôts directs, c’est évidemment celui des physiocrates qui est le plus simple. Seulement on peut soulever contre lui une objection, souvent faite d’ailleurs : ce système ne tient pas compte d’un des produits les plus naturels, de la force humaine, qui, dans scs effets, dans ses travaux, étant considérée par nos institutions comme une marchandise, doit nécessairement être soumise à l’impôt. Si l’on considère que le système des impôts directs auquel je reviens, est en réalité le plus mauvais et le plus dur de tous les systèmes financiers, il ne faut pas oublier toutefois que l’État, dont l’action est renfermée dans des limites si étroites, n’a nul besoin de gros revenus, et que, n’ayant aucun intérêt propre et distinct de celui des citoyens, sa sûreté la plus grande git dans le secours d'une nation libre et à l’aise. C’est ce que nous enseigne l’expérience de tous les temps.

Si l’organisation des finances peut apporter des obstacles à l’application des principes ci-dessus exposés, il en est de même et plus encore peut-être de Inorganisation politique intérieure. Il faut trouver moyen de relier l’une à l’autre les parties gouvernante et gouvernée de la nation, d’assurer à la première la possession du pouvoir qui lui est confié, et à la seconde la jouissance de la liberté qui lui est réservée. Dans les différents États, on a diversement essayé d’atteindre ce but, tantôt en augmentant la force du gouvernement, ce qui est périlleux pour la liberté, tantôt en juxtaposant plusieurs pouvoirs opposés entre eux, tantôt en répan*

236 DU RAPPORT ENTRE LA CONSERVATION dant parmi la nation un esprit favorable à la Constitution. Ce dernier moyen, si beau qu’il apparaisse parfois, surtout dans l’antiquité, devient très-aisément nuisible au progrès de l’originalité personnelle des citoyens ; il produit souvent l’uniformité ; par suite il est mauvais, du moins dans le système que j’ai présenté. Le mieux serait de choisir une organisation politique ayant sur le caractère des citoyens aussi peu que possible d’influence positive spéciale et ne produisant en eux rien autre chose qu’un grand respect pour le droit d’autrui, uni à l’amour enthousiaste de la vraie liberté. Je n’essayerai pas de rechercher ici laquelle des organisations pourrait atteindre ce but. Cette recherche appartient évidemment à une théorie exclusivement politique. Je me contenterai de quelques courtes observations qui montreront du moins clairement la possibilité d’une semblable organisation. Le système que j’ai présenté renforce et multiplie l’intérêt privé des citoyens; il semble donc qu’il affaiblisse l’intérêt public. Mais il relie si étroitement le second au premier, que celui-ci s’appuie sur celui-là. Tous les citoyens le reconnaîtront, pourvu qu’ils veuillent posséder la liberté et la sûreté. Aussi ce système maintiendrait-il mieux que tout autre chose l’amour de la Constitution, que l’on s’efforce souvent en vain de produire par tant de moyens artificiels. Et puis il arrive que l’État qui veut moins agir a besoin de moins de puissance et, par suite, de moins de moyens de défense. Enfin on comprend aisément que toutes les fois qu’il faudra sacrifier aux résultats la force et la jouissance, afin de les empêcher

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