‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 88 sur 105 · DU RAPPORT ENTRE LA CONSERVATION · texte numérisé non relu

DU RAPPORT ENTRE LA CONSERVATION

plus grande somme de liberté pourrait seule résoudre. Démontrer la possibilité d’une organisation sociale qui entraverait l’homme aussi peu qu’on l’imagine, tel est le but de ce travail, tel a été depuis longtemps l’objet de toutes mes réflexions. Je m’estimerai heureux si j’ai prouvé que ce principe doit être l’idéal du législateur dans toutes les dispositions qu’il édicte.

L’histoire et la statistique dirigées l’une et l'autre vers ce but, pourraient donner beaucoup d’éclaircissement à ces idées. La statistique m’a paru souvent avoir besoin d’une réforme générale. Au lieu de présenter sur le nombre des habitants, sur la grandeur de la richesse, de l’industrie d’un État, de simples données, desquelles il n’est jamais possible de déduire avec sûreté sa situation vraie ; elle devrait, en parlant de la complexion naturelle du sol et des habitants, essayer d’indiquer l’étendue et le mode de leurs forces actives, passives et jouissantes, et faire voir peu à peu les modifications que ces forces reçoivent en partie des rapports des citoyens entre eux, en partie de la constitution de l’État. En effet, l’organisation sociale et l’union nationale, si étroitement qu’elles se rattachent l'une à l’autre, ne devraient jamais être confondues. Sans doute, l’organisation sociale assigne aux citoyens, soit par la force et la contrainte, soit par la coutume et la loi, un rapport déterminé; mais il en est encore un autre, librement choisi par eux, infiniment varié et toujours changeant. Et c’est celui-ci, c’est la libre action du peuple sur lui-même qui donne tous les biens dont le désir pousse les hommes à vivre en société. L’organisation

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