‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 90 sur 105 · CI-DESSUS DÉVELOPPÉE. 2à · texte numérisé non relu

CI-DESSUS DÉVELOPPÉE. 2à

violentes ne puissent produire nuire chose (1). Cet état antérieur et la modification qu’il reçoit déterminent aussi par suite le mode même suivant lequel le nouveau régime doit agir sur les hommes; et la puissance de cette détermination est si grande, que ce régime prend souvent par là même une forme entièrement nouvelle. Il suit de là que tout ce qni arrive sur la terre peut être appelé bon et salutaire (2), parce que c’est la force intérieure de l’homme qui soumet à elle toutes choses, de quelque nature qu’elles soient. Cetle force intérieure dans toutes ses manifestations, dont chacune d’elles, en effet, lui donne plus d’énergie ou de finesse, ne peut agir que favorablement, mais à des degrés divers. De là résulte encore que l’on pourrait peul-

(1) Exemple: la Révolution française a produit seule l’égalité civile; quant à la liberté, si elle ne l’a pas créée entière, du moins elle a rendu impossible le retour durable de l'ancien absolutisme royal ou féodal.

(2) Je n’essayerai pas de réfuter cet oplimisme qui plaisait tant à Jean-Jacques et qui fâchait si fort Voltaire. Je veux faire remarquer seulement que la proposition de Humboldt exagère la fameuse formule de Hegel : « Ailes bestehende ist verniinftig. Tout ce qui existe est rationnel. » — Celte maxime faillit faire la fortune politique de son auteur. Quand l’illustre professeur l'exprima, vers 1820, à l’Univer sité de Berlin, les fonctionnaires prussiens furent charmés; ils ressentirent pour Hegel l’enthousiasme d’Harpagon pour Aristote : Tout ce qui existe est rationnel, répétaient-ils ; notre régime existe, donc il est rationnel. Celui qui a dit cela est un grand homme, sa place est dans nos bureaux. Aussi bien son père n’était-il pas secrétaire du gouvernement de Wurtemberg ? — On entra en pourparlers avec Hegel, qui tout d’abord fournit sur sa formule des explicalions malsonnantes et finit par la retourner ainsi contre les Excellences : « Tout ce qui existe est rationnel, vous et votre régime n’ètes pas rationnels, donc vous n’existez pas. Vous êtes des ombres, des fantômes; vous n’étes pas un gouvernement. » Inutile de dire que Hegel n’entra pas au ministère.

2hU APPLICATION AUX FAITS DE LA THÉORIE

être présenter l’histoire universelle du genre humain uniquement comme la série logique et naturelle des révolutions de la force humaine. Ce serait là peut-être non-seulement la manière d’étudier l’histoire la plus féconde en enseignements, mais encore on apprendrait ainsi, à tous ceux qui s’efforcent d’agir sur les hommes, dans quelles voies ils doivent essayer de mettre et de diriger la force humaine, dans lesquelles ils ne devraient jamais vouloir la placer. Ainsi, de même que la force intérieure de l’homme, par sa dignité, mérite qu’on la respecte grandement, de même elle impose le respect par la vigueur avec laquelle elle se soumet toutes les autres choses.

Donc, qui voudra entreprendre le diflicile travail de combiner savamment un nouvel état de choses avec un autre qui le précédait, devra ne jamais perdre de vue celte force. Celui qui fera cette tentative devra tout d’abord attendre la pleine action du présent sur les esprits. S’il voulait trancher dans le vif, peut-être pourrait-il changer la forme extérieure des choses, mais non pas la disposition intérieure de l’homme, et celle-ci s’infiltrerait toujours dans toutes les nouveautés qu’on lui aurait imposées de force. Et qu’on ne croie pas que plus on laissera de plénitude à l’action du présent, plus l’homme aura de répugnance pour un état de choses nouveau. Précisément, dans l’histoire de l’homme, les extrêmes se relient fort étroitement les uns aux autres, et tout état extérieur, quand on le laisse agir , librement, travaille à sa propre ruine au lieu de travailler à son affermissement. Ceci nous est démontré non-

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