‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 91 sur 105 · CI-DESSUS DÉVELOPPÉE · texte numérisé non relu

CI-DESSUS DÉVELOPPÉE

seulement par l’expérience de tous les temps, mais encore cela est conforme à la nature de l’homme, aussi bien de l’homme actif que de l’homme passif; de l’homme actif qui ne s’arrête jamais à un objet plus longtemps que son énergie n’y trouve de matière, et qui passe très-aisément à une autre chose, quand il s’est livré en toute liberté au travail qu’il va quitter; de l’homme passif, en qui î\ la vérité la durée de l’oppression émousse la force; mais, en même temps, s cette durée de l’oppression fait qu’on la ressent plus vivement. Môme sans porter une atteinte directe à la forme présente des choses, il est possible d’agir sur l’esprit et sur le caractère des hommes, et de leur donner une disposition qui cesse d’ôlre en harmonie avec le régime actuel. C’est cette voie-là que le sage tentera de suivre. C’est là le seul moyen de réaliser le plan de réforme, tel que la pensée l’a conçu; par toute autre voie, ce plan sera modifié, changé, dénaturé; sans compter le mal que l’on cause toujours quand on trouble la marche naturelle du développement humain, en jetant toulau travers des éléments qui n’existaient précédemment ni dans les faits ni dans l’esprit des hommes. Une fois cet obstacle écarté, le régime qu’on se propose d'établir pourra exercer son action entière, en dépit ... du régime antérieur et de la situation présente qu’il a produite; alors, rien ne s’opposera plus à l’exécution de la réforme. On pourrait donc formuler peut-être ainsi les grandes règles théoriques de toute réforme : Y*

1° Transporter dans la réalité les règles de la théorie pure, alors, mais seulement alors, que les faits ne Y

les empêchent plus de produire dans toute leur étendue les effets qu’elles produiraient toujours, si aucun élément étranger ne venait s’y mêler.

2° Pour accomplir lo passage de l’état présent nu régime nouveau que L’on projette, faire autant que possible que toute réforme découle des idées et de l’esprit des hoipmes.

Dans l’exposition des principes purement théoriques que j’ai présentés, mon point de départ, il est vrai, a toujours été la nature de l’homme, mais j’ai toujours supposé une mesure commune, non une mesure extraordinaire do forces. Je me suis toujours représenté l’homme avec la forme qui lui est nécessairement propre, avant qu’il soit modifié par aucune situation * spéciale. Mais nulle part un tel homme ne se rencontre; partout le milieu dans lequel il vit lui a déjà donné une forme positive plus ou moins détournée de son type primitif. Aussi, quand un État s’est efforcé d’étendre ou de restreindre les limites de son action suivant les principes d’une théorie vraie, doit-il tenir très-grand compte de cette forme. Le manque d’harmonie entre la théorie et la réalité, en ce qui concerne ce côté de l’administration de l’État, se résoudra toujours, à la vérité, comme il est facile de l’apercevoir, en un manque de liberté, et ainsi l’on peut croire que le relâchement des liens est toujours utile et toujours salutaire. Mais, si vraie que soit en elle-même cette proposition, il ne faut pas oublier que ce qui, d’un côté, et en tant que lien, enchaînera la force, d’un autre côté sera pour l’homme une occasion d’exercer

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