‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 92 sur 105 · CI-DESSUS DÉVELOPPÉE · texte numérisé non relu

CI-DESSUS DÉVELOPPÉE

son activité. Déjà, au commencement de ce travail j’ai fait observer que l’homme a plus de penchant pour la domination que pour la liberté : l’édifice du pouvoir ne contente pas seulement le souverain qui l’élève et le maintient; les sujets eux aussi sont satisfaits par la pensée qu’ils sont les parties d’un tout qui s’élève audessus des forces et s’étend au delà de la durée d’une

génération. Or, là où cette opinion est encore dominante, l’énergie doit nécessairement s’évanouir; la somnolence et l’apathie apparaissent dès que l’on veut forcer l’homme à agir seulement en soi et pour soi, seulement dans le cercle qu’embrassent ses forces individuelles, seulement pour le temps qu’il a à vivre ^

A la vérité, ce n’est que de cette manière qu’il agit sur ~| le cercle le plus illimité pour la durée la plus impérissable; mais aussi son action n’est pas si immédiate; il répand une semence qui germe d’elle-méme plutôt qu’il n’élève des édifices qui montrent directement les traces de sa main. Au contraire, il faut nécessairement

un plus haut degré de culture pour préférer l’activité, qui ne fait que donner des forces, et leur confie la production des résultats, à cette activité, qui crée directement les résultats sans créer de forces. Ce degré de culture est la vraie maturité de la liberté. Mais celte

maturité ne se trouve nulle part dans sa plénitude, et, suivant moi, sa perfection restera toujours étrangère à l’homme sensuel qui s’oublie si volontiers lui-môme..

Qu’aurait donc à faire l’homme d’Etat qui voudrait entreprendre un pareil changement? D’abord, à chaque pas nouveau qu’il ferait en dehors de la voie

logique tracée par la situation actuelle des choses, suivre strictement la théorie pure, à moins qu’il n’existàt dans le présent une circonstance qui, si l’on voulait enter dessus la théorie, changerait ou anéantirait tout ou partie de ses conséquences. En second lieu, il devrait laisser subsister sans y toucher toutes les restrictions à la liberté, fondées sur l’état présent des choses, tant que les hommes ne feraient pas voir par des signes infaillibles qu’ils les considèrent comme des liens oppressifs, qu’ils en ressentent le poids, et qu’en ce point ils sont mûrs pour la liberté; mais, dans ce dernier cas, il faudrait sur-le-champ faire disparaître ces restrictions à la liberté. Enfin, cet homme d’État devrait employer tous les moyens de hâter la maturité du peuple pour la liberté. C’est là incontestablement la chose la plus importante et la plus simple dans ce système; car rien ne nous apprend aussi bien à être dignes de la liberté que la liberté ellemême. Celte proposition ne sera pas admise, il est vrai, par ceux qui se sont si souvent servis de ce prétendu manque de maturité comme d’un prétexte pour faire durer l’oppression. Pourtant elle est basée, je crois, sur la nature môme de l’homme. L’absence de maturité pour la liberté ne peut venir que du manque de forces intellectuelles et morales; on ne combattra celle insuffisance qu’en augmentant ces forces; pour les augmenter, il faut qu’elles s’exercent; pour qu’elles s’exercent, il faut l’esprit d’initiative que fait naître la liberté. Ce n’est pas, à proprement parler, donner la liberté que d’écarter des liens, quand celui qui les

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