‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 17 sur 77 · POUR LE RIEN PONHF DES CITOYENS · texte numérisé non relu

POUR LE RIEN PONHF DES CITOYENS

d'tssurer le développetaent de la force et de la beauté d'une partie du genre humaio par le sacrifice de l'autre partie. Mais le jugement et l'expérience font aitément voir l'erreur qui sert de base à ce raisonnement. Tout travail peut âtiobiir rhotnme, lui donner uoe forme bien définie et digne de son être. Ge résultat ne dépend que de la manière dont l'homtne se livre à fie travail ; et l'on peut tionsidérer comme règle gêné" nie qu'il produit de salutaires effets tant que lui-même et rénet^e qui s'y rattache remplisseiil principalement l'àme de rhomme (1) ; qu'au contraire, ses effets sont moins bons, qu'ils sont même souvent pernicieux quand l'homme voit surtout le rèsullat auquel il eonduitt et quand il ne considère plus le travail qun comme un moyen. Car tout ca qui est attrayant en soi exoite l'estime et l'amour; ce qui ne représente qu'un moyen utilitaire n'éVeille que les intérêts ; et, autant l'homme est anobli par l'estime et l'amour, autant il est iXpOBé k être ravalé par les intérêts. Si donc l'État prend des soins positifs de la nature de CQia dont Je parlfi) il ne peut se placer qu'au point de vue des r4miUote, fli que fixer les règles dont l'observation est la plus utile pour leur bon accomplissement.

Ce point de vue étroit n'est jamais plus pernicieux

(1) L'MpoIr qbe noui épMUvOni ds (riornphïr des obaUelai qtii diMi ■épirnit de Ul OQ tel r£iuUal, et de nous prouver ainil à naus-mfiinei noire force, est plut excitant que l'espoir d'oblenir ce résultat, C*eit U l'BXtillMttDn de CB que l'Oil appelle la curksité. L'archerSiiye fbalaly l'e tnt bien dil : « Nen ara neter ta read; lo studf Ihei ■ iDleriur or « (ubject, ai wben Ihere ii Bomething oF a veil Ihrown

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S6 DO SOIN Dt l'état

qae quand le véritable but de l'homme est purement ioteltecluel ou moral; ou lorsque l'objet lui-même, indépendamment de ses conséquences, et ces conséquences elles-mêmes, ne font que s'y rattacher fatalement ou accidentel lemeot. Il en est ainsi des études scientifiques, des opinions religieuses, de tous les liens qui unissent les hommes les uns aux autres, et dn lien le plus naturel de tous, de celai qui, pour les individus comme pour l'Ëtat, est le plus importatil, du mariage.

Une union de personnes de sexe différent, Tondéê principalement sur celte différence de sexe, suivant la définition la plus exacte peut-ôlre qu'on puisse donner au mariage, peut se comprendre d'autant de manières diverses qu'il y a de manières diverses de comprendre celte différence, et, par suite, qu'il existe de penchants de cœur, de buts proposés par la raison. Pour tout homme, c'est une occasion d'éprouver avec sûreté son caractère moral tout entier, et principalement la force et la nature de sa sensibilité. L'homme se propose-t-il surtout d'atteindre un but extérieur, ou au contraire donne-t-il la prééminence à son moi intérieur? Est-ce l'intelligence qui en lui est la plus active, ou bien est-ce le sentiment î A-t-il l'entreprise prompte et l'abandon facile? on bien est-ce le contraire? Les liens qu'il se donne sont-ils éphémères ou solides? Jusqu'à quel point conserve-t-il son activité personnelle et spontanée dans l'union la plus intime ? Tous ces points, et d'autres encore en nombre infini , modifient de manière ou d'autre ses rapports dans la vie conjugale. Mais de

Pour le bibs positif des citoiens. 3?

quelque manière qu'ils soient déterminés, leur action sur la personnalité, sur le bonheur de l'homme, est évidente. L'effort qu'il fait pour réaliser son idéal léossit bien ou réussit mal ; mais de là dépend en grande partie l'élévation ou l'affaissement de son être. Celte influence est grande surtout sur la partie la plus intéressante de l'humanité, sur ceux dont l'oi^anisation morale est tendre et délicate, dont la sensibilité est profonde. Dans cette classe il faut ranger les femmes plulét que les hommes -, et le caractère de celles-là dépend de la nature qu'ont les rapports de famille dam Que nation. Dispensées d'un grand nombre d'occupations extérieures ; livrées principalement à celles qui laissent le moi intérieur presque à l'abri de tout trouble; plus fortes par ce qu'elles peuvent être que parce qu'elles peuvent faire, plus expressives dans le silence que dans la description de leurs sentiments, pins richement douées de la faculté d'exprimer directement et sans le secours des signes, possédant une organisation physique plus délicate, un œil, plus mobile, une voix plus saisissante; destinées dans leurs rapports avec autrui à attendre et à recevoir plutôt qu'à aller au-devant ; plus faibles par elles-mêmes, mais s'altachant plus profondément par l'admiration de la grandeur et de la force d'autrui ; aspirant sans cesse, dans l'union, à recevoir de l'être auquel elles sont unies, à former en elles ce qu'elles eut reçu, et à le KDdre tout formé ; plus animées du courage qu'inspire la préoccupation de l'amour et le sentiment delà force qui ne brave pas l'adversité, mais qui ne succombe pas

Si DU SOIN DE L'tIkT

à la douleur, les femmes approchent plus que rbomme de l'idéal de l'humanité ; et, s'il est vrai qu'elles l'atteignent plus rarement, c'est uniquement parce qu'il est toujours plus difficile de suivre le sentier direct que de prendre le détour. Mais aussi, n'est-il pas besoin de rappeler combien un être qui a en soi tant de charme et d'unité, en qui, par conBéquent, tout Ht influence, et dont chaque influence sur nous est non point partielle mais universelle, combien un (el Atre est profondément troublé par les froissements extérieurs. Toutefois, on ne saurait énumérer tout ce qui, dans la société, dépend du développement du caractère de la femme. Si je ne me trompe, et si je puis ainsi parler, toute qualité éminente apparaît dans une certaine classe d'êtres : le caractère de la femme est de sauvegarder le trésor des mœurs,

L'homme veut la liberté, la femme la pureté (1).

et, suivant ce mot profond et vrai du poète, si l'homme s'efforce de reculer les barrières extérieures qui font obstacle à sa croissance, la main soigneuse de la femme pose les bienfaisantes limites intérieures sans lesquelles la force ne saurait fleurir jusqu'à la plénitude; elle établit ces limites avec d'autant plus de délicatesse qu'elle connaît plus profondément rexistence intérieure de l'homme, et qu'elle pénètre mieux ses rapports multiples; en effet, sa faculté de perception n'est jamais entravée et la dispense d'employer ces raisoQ-

(1) Gœlbe, Tortuab) Tauo, acl« II, Ktoe 1'*.

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