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nemenls subtils qui obscurcissent si souvent la vérité. Si cela était nécessaire, l'hisloire pourrait prêter son appui à cette proposition, et montrer combien la moralité des nations se relie étroilement à la considéralion dont jouissent les femmes. De ce qui précède, il résulte que les effets du mariage sont aussi divers que les caractères des individus, et que les conséquences les plus fâcheuses peuvent se produire si l'Ëtat cherche à définir par les lois un lien aussi étroitement uni à la Dattire personnelle des individus, ou à le rendre, par ses décrels, dépendant d'autres choses qne de la seule TOlonté. 11 en sera de même s'il peut, ne fût-ce que se préoccuper des conséquences du mariage, de la population, de l'éducation des enfants (1), etc. A la vérité, il est facile de prouver jusqu'à l'évidence que ces choses conduisent aux mêmes résultats, quand elles sont accompagnées de beaucoup de soin pour la beauté de l'existence intérieure. Des études conseiencieuses ont fait voir que l'union indissoluble et perpétuelle de l'homme et de la femme est la plus favorable à la population, et qu'évidemment aucune autre ne saurait découler de l'amour vrai , naturel et libre (2). Cet amour-là ne conduit pas à d'autres rapports que ceux que les mœurs et la loi établissent parmi nous, tels que l'éducation physique des
(1) L'auleuc n'enlend parler ici que d'un tnode particulier d'éduuUon que l'Etat prétendrait imposer directement ou indirectement, (Vajei plut loin les chapitrer vi et \n.)
(2) Il est, je pense, inutile de dire que sous ce dernier mot il faut toicpiendre l'amour qui n^esl point troublé par les dispositions arbiiTiirM deJ'Etat : uiHwatimmie Lkbt, dit le twte.
AO DU SOIN m t'ËTAT
enrants, l'enseignemeot privé, l'associalion de la vie, la communauté des biens, la direction des affaires eitérieures par l'homme, le gouvernemeat de la maison par la femme. Le mal consiste selon moi en ce que !a loi commande, alors que de tels rapports ne peuvent naître que de la volonté, point de prescriptions étnngères; et, lorsque la contrainte oa la direction imposée contrarient la volonté, eelle-ci nous ramène d'autant moins au droit chemin. Aussi pensé-je que l'État, nonseulement devrait rendre les liens plus libres et ploi lattes, mais, — s'il m'est permis de me prononcer ici, seulement d'après les considérations présentées plus haut, alors qu'il est question, non du mariage ea général, mais d'un inconvénient spécial, saisissant, qui provient des prescriptions restrictives de l'État, —je pense encore qu'il devrait s'abstenir de toute action sur le mariage, l'abandonner avec les divers contrats qui en découlent en général, et dans leurs modiAcations, au libre arbitre des individus. La crainte de bouleverser par ce procédé tous les rapports de famille, ou peut-être d'en empêcher la formation, — quelque fondée qu'elle soit, à cause de telles ou telles circonstances locales, — ne m'elfraye point, en tant que je considère exclusivement la nature des hommes et des États en général. Car l'expérience nous fait voir souvent que les mœurs défendent ce que la loi permet; l'idée de contrainte extérieure est entièrement étrangère à ces rapports qui, comme le mariage, reposent uniquement sur le penchant et le devoir intérieur. D'ailleurs, les conséquences des institutions coercitives ne répondent
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PODB LE BIEN POSlTIi' DES CITOYENS. fit
CD rien au but que l'on se propose en les édiclant (1).
A° [Le soin pour le bien positif des citoyens a de plus ^nds inconTéDienIs encore, car il s'applique à nne foule composée d'éléments divers; les individus se Irouvent froissés par des règles générales qui ne s'appliquent à cbacuQ d'eux qu'avec des erreurs considérables.
5* Il empécbe le développement de l'individualité et du caractère propre de l'homme...] Dans la vie morale et, en général, dans la vie pratique, l'homme, pourvu qu'il observe k peu près les règles qui u'out peut-être d'autres limites que les principes du droit, a sans cesse devant les yeux le point de vue élevé de son propre développemeat original et de celui d'autrui ; et surtout il tait librement plier tout autre intérêt devant celui-là, sans y être en rien poussé par le motif grossier d'une loipositiveetexpresse.MaistousIescAtésque l'homme peut cultiver en lui sont fort étroitement unis; si cotte liaison dans l'ordre des choses intellectuelles, sans être plus profonde, est déjà plus importante et plus remarquable qu'elle ne l'est dans l'ordre des choses physiques, elle l'est encore bien davantage dans le monde moral. Les hommes doivent donc s'unir les uns aux autres pour faire disparaître, non leur personnalité originale, mais leur état d'isolement exclusif. L'union ne doit pas fondre un être dans un autre, maïs ouvrir
(1) Voyez inr u grave lujet, IraiU ici d'ane manière quelqiw peu peradoxale, ce qui ea e«l dit la chapitre il ds l'ouirage. — C'est 11 que *e termine le morceau iatéré p«r Schiller dans la Thalia, et que M troQTe celte malheurenie lacune dont il est parlé dans la noiice du tndtKteur.
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les voies de l'un à l'autre, st l'on peut ainsi parler; chacun doit comparer ce qu'il possède de son propre fonds avec ce qu'il reçoit d'autnii; il doit modiiler, mais non laisser étouffer l'un par l'autre. Demérac.en effet, que dans l'ordre intellectuel pour la vérilé, de même dans le domaine de la morale, la vraie dignité de l'homme n'est jamais en conflit avec elle-rafme, el, par conséquent, les liens étroits et variés qui unissent entre eux les caractères originaux sont aussi nécessaires pour anéantir ce qui ne peut subsister entre cm, et ce qui, par suite, ne peut donner k chacun ni grandeur ni heauté, que pour conserver, alimenter, renouveler et faire renaître plus belle la partie de nous-mêmes qui reste intacte dans nos rapports les uns avec les autres. De là un effort et un désir continu de bien comprendre le caractère le plus profondément personnel d'autrui, de l'utiliser et d'agir sur lui, tout en conservant le plus grand respect pour ce caractère qui est la propriété d'un fttre libre. Pour cette action, contenue par le respect dont nous parlons, un seul moyen sera permis : se montrer soi-même à découvert et se livrer auï yeux d'autrui comme objet de comparaison. C'est là le principe le plus élevé de l'art des relations, celui de tous peut-être qui a été le plus négligé jusqu'aujourd'hui. Pour tenter d'excuser cette négligence, si l'on disait que les relations doivent être on délassement, non un travail fatigant, et que malheureusement bien des gens ont à peine en eux un cûté intéressant et original dont on puisse tirer profit, il s'ensuivrait que chacun aurait trop de respect envers soi-même
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pour recbercher d'autres délassements que l'échange d'uQ travail intéressé, ne rechercherait que ceus qui luwent Jnactives les plus nobles facultés; et que chacun aurait trop de respect envers l'humanité pour déclarer un seul de ses membres entièrement incapable d'6lre utilisé ou modifié par l'influence d'un autre. Mais du moius cette règle doit toujours être présente à l'esprit de ceux qui font profession de manier et de gouverner les hommes. Par suite, quand l'Ëtat prend un soin posiUr, ne fût-ce que de ce bien extérieur et physique qui se relie intimement à l'être intérieur, il ne peut s'empêcher de devenir un obstacle au déveloQpement de la personnalité. C'est là une nouvelle raison de ne jamais prendre un tel soin hors des cas de nécessité absolne.
Telles sont à peu près les conséquences les plus hcbeuses qu'entraînent les soins positifs pris par l'État pour le bien-être des citoyens ; elles se rattachent, il est wai, aux divers modes dont on peut appliquer ces ■oins dans la pratique ; mais on ne saurait, à mon avis, les en séparer d'une manière générale. Jusqu'ici, je n'ai voulu parler que du soin pour le bien physique; Je suis toujours parti de ce point de vue, et j'ai laissé de eâté tout ce qui concerne exclusivement le bien moral. Mais je rappelais, en commençant, que ce sujet ne permet aucune dislinction. Les développements <ptt j'ai fournis peuvent donc presque toujours servir Hécider les questions qui s'élèvent; ils s'appliquent, la plupart du temps, au soin positif, quel que soit l'objet auquel il s'applique. Toutefois, j'ai supposé
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jusqu'ici que les institutions de l'État dont nous parlons étaient déjà formulées et existantes ; je dois maintenant m'occuper de certaines difiScullés qui se produisent dans leur établissement même.
6' Évidemment, il serait tout à fait nécessaire, lors de cet établissement, de peser les avantages que l'on trouve dans ces mesures, contre les incouTénienls et surtout les restrictions à la liberté qui s'y rattachent toujours. Mais une telle comparaison ne se ferait que difficilement; peut-être serait-il impossible de l'établir d'une manière exacte et complète. Car toute disposition restrictive est en lutte avec la manifestation libre et naturelle des facultés; elle crée jusqu'à l'infini de nouveaux rapports, et il est impossible de prévoir tous ceux qu'elle traîne après elle, même en supposant la plus grande régularité dans la marche des événements, et en faisant abstraction de toutes les conjonctures graves et imprévues qui ne manquent cependant jamais de se produire. Tout homme qui a l'occasion de mettre la main au gouvernement supérieur de l'État reconnaît par expérience, et à ne point s'y tromper, combien les règles générales sont rarement de nécessité immédiate et absolue, combien d'entre elles, au contraire, n'ont qu'une nécessité purement relative, médiate, dépendante d'autres rapports qui les précèdent et les dominent. Aussi une quantité bien plus considérable de moyens devient nécessaire, et ces moyens eux-mêmes nous éloignent du but à atteindre. Non-seulement un tel État a besoin de plus d'argent, mai» il exige une organisation plus compliquée pour
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le maintien de la véritable sùrelé politique. Moids les parties ont àe cohésioa entre elles, plus le soin de l'État doit ètte actif. De là naît la question difficile et malheureusement trop négligée de savoir si les forces naturelles de l'État sont suffisantes h produire tous les moyens forcément nécessaires dans ce système? Si ce calcul est inexactement fait, il en résulte un véritable chaos ; des dispositions nouvelles et compliquées viennent donner aux ressorts de l'État une tension exagérée. C'est là un mal dont souffrent, et pour bien d'autres raisons encore, un grand nombre d'États modernes,
11 ne f^ut surtout point oublier un inconvénient qui se produit ici, car il touche de très-près à l'homme et à son développement Ce mal vient de ce que l'administration proprement dite des affaires d'État est tellement enchevêtrée que, pour ne pas devenir une vraie confusion, elle rend nécessaire une foule de dispositions de détail et occupe un grand nombre de personnes qui, pour la plupart, n'ont qu'à noircir du papier et à remplir des formulaires. Non-seulement un grand nombre et d'excellents esprits peut-être sont empêchés de penser, beaucoup de mains qui pourraient s'occuper plus utilement sont détournées du vrai travail (!]; mais de plus, les forces intellectuelles elles-mêmes souffrent de cette occupation ou vaine, ou trop spéciale. De là vient communément un résultat nouveau : c'est que le soin des afi'aires d'État rend les
{!) Oaion enlre la liberté individuelle et l'écanomie politique.