DU SOIN DE L'ÊTA'C
je procéderai comine je l'ai déjà Tait ; je nommencenî par le coDsidérer dans sa plus grande ezleasion, pois j'arriverai par une série de restrictions aux priocipes qui me paraissent être les vrais. Peut-être troaverat-on cette marche longue et diffuse ; je reconnais volontiers qu'une exposiUoQ dogmatique exigerait une marche précisëment opposée. Hais dans une simple recherche comme celle-cif on est sûr du moins d'avoir parcouru le sujet dans toute son étendue, sans avoir rien négligé, et d'avoir exposé les principes dans l'ordre oii ils découlent logiquement les uns des autres. On a beaucoup insisté , surtout depuis quelque temps, en faveur de l'empêchement préventif des actes illégaux (1) et en faveur de l'emploi de moyens moraui dans l'État. Toutes les fois que j'entends parler de semblables demandes, je me réjouis, je l'avoue, de ce que de pareilles restrictions à la liberté diminuent de plus en plus chez nous et deviennent de moins eu moins possibles dans la situation oii se trouvent la plupart des Étals.
On invoque l'exemple de la Grèce et de Home. Hais une connaissance plus exacte de leurs institutions montrerait bientôt combien ces comparaisons sont inconcluantes. Ces États étaient des républiques. Chez eux les mesures de cette sorte servaient d'appui à leur libre organisation, laquelle remplissait les citoyens d'un enthousiasme qui faisait qu'on ressentait moins i'infliience mauvaise des restrictions k la liberté privée
(1) Vo;. Jul« Simon, La UbarU, V MU., t. II, p. 139.
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et rendait moins dangereuse l'énei^e du caractère. D'ailleurs ils jouissaient aussi d'une plus grande liberté que nous ; et ce qu'ils en sacrifiaient, ils le sacrifiaient pour agir encore, pour participer au gouvernement. Dans nos Ëlats, presque tous monarchiques, il eu est tout autrement. Ce que les anciens pouvaient employer de moyens moraux, éducation nationale, religion, lois ■DOiales, tout cela chez nous donnerait moins de fruits et plus d'inconvénients. Ce qu'on prend aujourd'hui pour l'eDét de ta prudence du législateur n'est le plus Muvent que la coutume nationale qui, existant encore mais chancelant déjà, a appelé à son secours la sanction de ta loi expresse. La concordance des institutions de Lfcurgue avec le mode de vie de la plupart des Dations barbares a été magistralement établie par Ferguson {!), et quand la civilisation vint poUcer le peuple, il ne resta rien que le fantôme de ces institutions. &iBn il me semble que le genre humain est arrivé aujourd'hui à un degré de culture tel qu'il ne peut désormais le porter plus haut que par l'amélioration des individus ; il s'ensuit que toutes les institutions qui empêchent cette amélioralion, et qui réunissent davan- 1^ les hommes en vastes groupes, sont maintenant plus que jamais pernicieuses (2).
(1) Jn Eitay on thi hittory of civil tociely, cba[nlre inliluli : Of ruit NiUiont prior to Ibe tttablnlunail of prùptrly.
{2) Que les hommea ne HiiBBt pis rëanis en graadei maiies *uînnl le bon plaiiir d'une diplomatie à expédienU, au mépris dei dif- Hrtiicei naluiellei el inoralei de langue, de race, d'aipiralions, de ancUre, rien de mieux. Maii auui que la liberté soit laiasée auK ^tn troncoui d'un peuple morcelé de le réunir. Ce n'est poiat hHc réuoton qui en soi Mt ouuTaiie. Setou nous elle est excelliDla
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Ces quelques observations, pour parler d'abord de ce seul moyen moral dont l'influence s'étend si loin, font déjà voir que l'éducation publique, c'est-ë-dire organisée ou dirigée par l'État, est sous bien des rap ports dangereuse. D'après ce qui précède tout aboutit au progrès de l'homme dans la plus grande variétâ; mais l'éducation publique favorise nécessairement uM forme déterminée, naéme quand elle veut éviter cet inconvénient et se borner à créer et à entretenir dei maîtres. De là vient qu'elle renferme tous les œaui que j'ai suffisamment exposés dans la première partie de celte étude (i). Je dois seulement ajouter que toale limitation est plus pernicieuse quand elle porte sur l'homme moral ; et s'il est une chose au monde qni puisse exiger que l'action s'exerce sur l'individu pris séparément, c'est l'éducation, dont le but est précisément de former l'individu. Il est incontestable que cela donne lieu à des conséquences fort salutaires; par exemple que l'homme, tel que sa situation et les circonstances l'ont liiit, devient actif par lui-même dans l'État; que, si je puis ainsi parler, le conflit entre là situation qui lui est imposée par l'État et celle qu'il s'est en partie choisie lui-même lui donne une nouvelle forme, et que l'organisation de l'État même subit cer-
qaand elle est lllirement congentie, L'arbitraire seul est pemieiem, qu'il ouriiiBse un lien conlre nature, qu'il sépare et déchire un peuple en lambeaux; qu'il attache ta Pologne a la Russie, qu'il empicli* Venise d'être ilatienne. En ce qui concerne l'AUcioafne, les èvin»menls canlemporainH font voir que la question eat plue compliqui*' Noue l'étudierons peut^tre quelque jour.
(1) Chapitre ii[.
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liitu changements qui, tout imperceptibles qu'ils soient iDDl d'abord, apparaissent nettement si l'on considère les modiflcatioDs apportées au caractère national. Mais ces effets s'effacent toujours plus ou moins, suivant que l'individu dès son enfance a plus ou moins reçu l'éducation qui forme le citoyen. Évidemment il est bon qne les rapports de l'homme et du citoyen concordent lutant que possible ; toutefois il en est ainsi seulement quand le litre de citoyen exige assez peu de qualités spéciales pour que la forme naturelle de l'homme puisse se conserver sans rien sacrifier d'elle-même. C'est là le butuaique oii tendent toutes les idées que j'ai onirepris de développer dans cette étude. Mais toutes les conséquences salutaires de ce système s'évanouissent qoand l'homme est sacrîfiéau citoyen. Dans ce cas, en effet, bien que les conséquences mauvaises du manque d'harmonie ne se produisent point, l'homme perd les avantages qu'il s'était efforcé de s'assurer par son union avec l'État. Il faudrait donc, selon moi, que l'éducation la plus libre et le moins possible dirigée en vue des rapports civiques, se répandit partout. L'homme ainsi formé devrait entrer dans l'État, et l'oi^Disation de l'État devrait, pour ainsi dire, s'éprouver sur lui. Ce ne serait que dans une telle lutte que j'espérerais avec confiance et certitude l'améliotaliou vraie de l'organisation sociale par la nation, et foe je ne craindrais pas l'influence de l'organisation riïile sur l'homme. En supposant même que celle-ci fût fort défectueuse, on peut penser combien gagnerait l'énergie de l'homme résistant à ses liens, ou se main-
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tenant en ilépil d'eux, dans sa grandeur. Mais il n'en pourrait être ainsi qu'autant qu'elle se serait développée dans toute sa liberté. Car, quelle force aurait-il encore à augmenter ou à conserver si ces liens l'avaient enserré dès sa première jeauesseî Toute éducation publique, eu qui domine toujours l'esprit du gouternement, donne à l'homme une certaine forme civiqae. Quand cette forme est bien dêteriuioée en soi, quand elle est belle, quoique spéciale et exclusive, comme elle l'était dans les anciens États, et comme nous la trouvons peut-élre encore aujourd'hui dans quelques républiques, noo-seulement la réalisation en est plus facile, mais aussi elle renferme en elle-même œoiDs d'inconvénients. Avec nos constitutions monarchiques, il n'eiisie, fort heureusement pour le progrès de l'homme, aucune forme ainsi déterminée. Parmi leurs avantages, accompagnés pourtant de quelques défauts, se trouve évidemment celui-ci: le lien social n'él^iot jamais considéré que comme un moyen, il n'est pas besoin, autant que dans les républiques, d'employer les forces individuelles au profit de ce moyen. Tant que le sujet obéit aux lois, tant qu'il se maintient liù et le& siens dans le bien-éfre et dans une activité innocente, l'Élat ne se soucie pas de son mode d'existence. Il suit de là que l'éducation publique ne se proposerait pas pour but une vertu ou une manière d'être déte^ minée ; par elle-même, en effet, bien qu'on ne l'ait pas remarqué, elle considère, non pas l'homme, comme le fait l'éducation privée, mais le sujet et le citoyen. Il en résulte au contraire qu'elle rechercherait avant
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lont ret équilibre de toutes choses qui, mieux que tout le reste, produit et maintient la tranquillité ; la tranquillité, pour qui ces États réservent la plus lai^e part de leur estime et de leur zèle. Une pareille tendance, aind que j'ai t&ché de l'établir dans une autiv occasion, ou ne produit aucun progrès, ou conduit au mauqne d'énergie; au contraire, la séparation des routes suines» propre à l'éducation privée, produit dans Ja vie cet équilibre entre les divers liens et rapports, avec plus de sûreté et sans rien sacnfîer de l'énergie. Que si l'on veut interdire k l'État d'exiger tel ou te) mode d'éducation publique; si l'on veut lui faire un devoir de se borner à favoriser le développement ori< ginal des forces, on arrive à une chose impraticable en soi : où l'unilé d'organisation existe, se produit loigours une certaine uniformité dans les effets. Par suite nous n'avons pas & examiner dans cette supposition l'utilité d'une édncation publique, car le seul but est d'empêcher que les enfants ne restent entièrement privés d'éducation ; il est mieux ou c'est uu moindre de mal de donner des tuteurs aux parents négligents et d'aider les indigents (1). Du reste l'éducation publique n'atteint pas le but qu'elle se propose,
(1) Fort bien, mais ceci ne répond point à la question de lavoir «i l'Etct eat obligé de procuier l'èduuitiDa, ti l'enrant a droit à cetle iducatiuD, et l'il peut ï'etrigtr de l'Etal, quand ton pire ne peut pas wt ne veut pal la lui donner. L'afBrmatîve, vers laquelle noas peiichoDi, umble bien réiulter de ce qui est dît au chapitre xit. Mais, à irai dire, Hunboldt n'a pai meiuré lonle l'élendue de ce graie problème, que M. Barlauld a âlndië et rëiolu en ce stn» que l'cducalion Mt pour l'Etal un droit, cl un limple deooir imparfait. D'aprèi ce