‹ Essai sur les limites de l'action de l'étatChapitre 23 sur 77 · DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION

Coup d'iBil hiitorîque tut la tnauière doat les Etats te loal lervia i« la rclifiou, — Toute ingénince de l'Etat dans li religioo ealralae b protection de certainei opinions, l'excliuion de certalaei autTci, •tpar suite, la gouvernementation des citajeni à nn degré ou à un

. antre. — De l'iaUusacB de la religion sur l'esprit et te caractire dei bommes; — considérations générâtes. — La religion et ta morale ne sont pas indiasolubtement liées l'une à l'autre i car, — la touree originelle de toutes les religions est entièrement tubjeelive; — l'existence ou l'absence du sentiment religieux peutent l'une et l'autre produire des effets (kvorablGS à ta moralité. — Lei principes de la morale stmt enliirecoent indépendants de ta retigioa, — et l'influence de toute religion, quelle qu'elle soit, n'est fondée que sur la aaturo individuelle de l'homme, — de sorte que loDt ce qui agit uniquement sur la moralité n'est pas du donulne Kulnalr du ajsténie religieux; — ce n'est que la forme qui re-» couTre ses ^mente ialrinsèques. — Application de ces considélatioDS âla préteale étude; — eiamcn de la question de savoir si l'Elat doit H sertir de la religion comme mojen d'action. — Tout encouragement donné par l'Etat il la religion a surtout pour effet de produire des actions eonrormes i ta loi. — Hais ce résultat ne doit point BUlUre à l'Etat qui doit former des citoyens soumis aux liiis et ne pas seulement faire que leurs actes s'accordent avec diei. — Se plus ce résultat en toi est incertain, Invraiiemblable ; — on peut l'obtenir par d'autres mojens plus sûrement que par celui-là. — Ce mojen entraîne avec lui des inconvénients tels qu'ils en proscrivent absolument l'usage. — Réponse en passant à nue objection que l'on pourrait faire ici et que l'on tirerait de manque de lumières de plusieurs classes du peuple. — EnQn ce loi tranche la question au point de vue le plus élevé et le plus général, l'accési la forme intérieure de la religion, c'est-à-dire à

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ce qui a(il vraiment sur )a morslilé, est absolument fermé k VHM. — Donc tout ce qui est du domaine de la religion est en dehors des bornes de l'action de l'Etat.

Outre l'éducation proprement dite de la jeunesse, il est encore un aulre moyen d'agir sur le caractère et les mœurs de la nation; en usant de ce moyen, l'État se saisi! de l'homme parvenu à son développement et à sa maturite; il dirige sa vie entière en dirigeant sa manière d'agir et sa façon de penser; il cherche à lui imprimer telle ou telle marche, ou, du moins, à lui épargner tels ou tels égarements. Je veux parler de la religion. L'histoire nous fait voir que tous les États se sont servis de ce moyen dans des mesures différentes et pour arriver à diverses fins. Chez les anciens, la religion était intimement liée à la constitution de l'État; c'était l'un de ses appuis et l'un de ses ressorts politiques, et toutes les observations que j'ai faites précédemment sur les institutions antiques sont applicables ici. Lorsque la religion chrétienne, à la place des divinités particulières à chaque nation, vint enseigner l'existence d'une divinité universelle et commune à tous les hommes, on vit s'écrouler une des plus funestes murailles qui séparaient les unes des autres les diverses races humaines; elle posa ainsi la vraie base de toute vraie vertu, de tout vrai progrès, de toute vraie union dans l'humanité, biens ^ans lesquels la civilisation, la lumière, les sciences même seraient demeurées bien plus longtemps, sinon toujours, le parlage exclusif d'un petit nombre d'bommt'B. A ce moment le lien entre la conÉtitution de l'État et k religion se relâcha. Mais

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plus tard, lorsque l'irruplion des peuples barbares vint épouvanter la civilisation, cette religion, mal comprise, fil naître un aveugle et intolérant progélytisme ; la fiinne des États fut modifiée de telle sorte qu'on ne ^uva plus, au lieu de citoyens, que des sujets, et des Hijets appartenant moins h l'Ëtat qu'au prince. Les fois s'imaginant que le soin de la religion leur était confié par Dieu même, s'appliquèrent acrupuleusement à la maintenir et à l'étendre. Dam les temps modernes, il esl rrai, ce préj ugé est devenu plus rare ; mais, an nom de la sécurité intérieure et de la moralité, on a réclamé aussi haut, comme la meilleure garantie k leur donner, l'encouragement de la religion par les lois et les institutions de l'État. U me semble qu'on peut présenter ainsi à grands traits la division de l'histoire religieuse des États; je ne veux pas nier cependant que partout toutes tes considérations que j'ai rapportées, et surtout la dernière, aient pu exercer concurremment leur influence, quoique l'une d'elles ait dominé. Dans les efforts faits pour agir sur les mffiurs au moyen des idées religieuses, il faut distinguer la protection donnée à une religion déterminée, de la protection donnée aux sentiments religieux en général. La première est, sans aucun doute, plus oppressive et pire que la seconde. En effet, du moment que l'État considère la religiosité et la moralité comme inséparables, et qu'il lient pour légitime et permis dé s'en servir comme de moyens d'action, il est à peine possible qu'eu présence de la concordance inégale des diverses opinions religieuses avec les idées vraies o« convenue*

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sur U moralité telle qu'il se la représeate, il ne prenne pas l'une d'elles sous sa protection de prérérence aux autres. Supposons même qu'il se garde entièrement d'agir ainsi, qu'il se pose seulement comme protecteur et défenseur de tous les partis religieux; commeil ne peut juger que sur des actes extérieurs, il est obligé de KtTOriser les opinions de ces partis, en opprimant les opinions dissidentes des individus, et, dans tous les cas du moins, il s'intéresse & une opinion en tant qu'il cherche à faire dominer en général la croyance en Dieu, comme croyance agissant sur notre vie. Avec tout cela on en arrive à dire qu'avec l'équivoque de toutes les expressions, avec la foule des idées qui, trop souvent, sont contenues dans un mot, l'Ëtat devrait nécessairement donner aux mots seiUiment religieux une signification déterminée, du moment qu'il voudrait s'en se^ vir comme d'une règle et d'une boussole. Suivant moi donc il ne peut exister aucune immixtion de l'Ëlat dans les matières religieuses, qui ne se laisse aller plus ou moins à favoriser certaines opinions déterminées et qui ne soulève contre elle les objections que l'on oppose à une semblable protection. Aussi ma pensée est-elle que toute immixtion de cette nature, quel qu'en soit le mode, entraîne toujours avec elle jusqu'à un certain point la direction, l'enchalnenient de la liberté individuelle (t). En effet, la contrainte proprement dite, la simple exhortation, la recherche

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ies occasions qui permettent de s'occuper des idées religieuses, ont une influence très-naturelle, quoique diverse; dans ce dernier cas même, comme on s'est efforcé précédemment de le démontrer avec plus de délail, à propos de plusieurs institutions semblables, il existe toujours au profit de la manière de voir de l'État une certaine prépondérance qui amoindrit la liberté (l). J'ai cru devoir présenter d'avance ces obseiTations pour aller au-devant du reproche qu'on pourrait faire à l'étude qui va suivre, de ne pas s'occuper du soin pour l'encouragement de la religion en général, mais seulement de ses diverses manifestations séparées, et pour n'avoir pas besoin de trop la morceler par un examen embarrassé des divers cas qui peuvent se présenter.

Je veux parler ici de la religion en tant qu'elle se relie à la moralité et à la félicité et que, par suite, elle s'est transformée en un sentiment ; je n'en parle ni en lant que la raison reconnaît ou croit reconnaître une vérité religieuse, car l'aperception de la vérité est indépendante de toutes les influences de la volonté ou de l'instinct; ni en tant que la révélation affirme une religion, car il ne faut pas que la foi bistorique soit assujettie à ces influences. Gela bien entendu, je pense que la religion repose sur un besoin de l'âme. Nous espérons, nous pressentons parce que nous désirons. U où l'excitation, venant de la culture intellectuelle, bit entièrement défaut, le besoin vient uniquement

(1) Oupitn in, p, 53.

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