DE LA RELIGION
mieux conscience; le sentiment de ta bonté pleine d'amour de la Divinité donne à leur Ame une disposition qui répond 11 ce sentiment ; en un mot, la religion lear enseigne à sentir la beauté de la rertu. Mais pour que la religion puisse avoir une pareille influence, il faut qu'elle soit tout d'abord en harmonie parfaite avec les idées et les sentiments; or, cela est bien difficile quand la liberté de l'esprit d'examen est entravée, et quand tout est ramené à la Toi (1); il faut aussi que l'iDlelligeDce des beaux sentiments existe d'avance. La religion naît surtout d'une tendance non encore développée vers la moralité, sur laquelle elle ne fait à son tour que réagir. Aussi personne ne songe à nier absolument l'influenee de la religion sur la moralité ; toute la question est seuicmeat de savoir si elle dépend de certains dogmes religieux déterminés, et s'il faut considérer, par suite, que la moralité et la religion soient noies l'une à l'autre d'une manière aussi îndivîsiblet Ces deux questions doivent, à mon avis, être résolues par la négative. La vertu concorde si bien avec les penchants originels de l'homme {2); les sentiments
(1) C'est 1â une vérité trop rarement admise. Un membre trèsurruit et trés4ibéral de l'EglUs anelicsno a dit, et dam un lena
(rès-précii : « Haud in haad and claae bj Ihe sido of Failh alandi ber > siiter Harmonï ; wben Paiih departs.Chaos soon takes her place. ■ (Thi conilnudv of (he jchemes of nnlure and révélation, a aermon prMcbed ligr Rev. C. Piitchard, président or the royal aatronomical Mciety, Landun, Bell and Daldy, ISGG.)
(!) ■ Lorsque Dîea fll les entrailles de l'homme, Il y mit premlènuent la bonté. » (Buaauet.) (Voj. dans Ptoudbon la cmique de Mie théorie de la Wnié native, Sytièma dn contradicliont éeononiifwj, chap. vm.)
109 Dt LA BUtGION.
d'amout', de douceur, de justice, ont quelque chose de si suave, les idées d'activité désintéressée, de dévouement pour autrui, quelque chose de si sublime; les rapports qui en découlent dans la vie domestique et dans la vie sociale apportent tant de bonheur, qu'il est beaucoup moins nécessaire de chercher de oonveaux ressorts à produire des actions vertueuses, que de procurer à ceux qui se trouvent naturellement dans le fond de l'àme une action sans entraves.
Si l'on voulait aller plus loin, si l'on voulait ajouter de nouveaux moyens d'encouragement, encore feudrait-il ne jamais oublier de comparer leur utilité et leurs inconvénients. Or, on l'a déjà dit et on le répète, il est inutile de démontrer plus amplemenl combien de maux entraîne la limitation de la liberté de penser. Le commencement de ce chapitre contient tout ce que j'ai jugé nécessaire de dire sur le vice de tout encouragement positif du sentiment religieux par 'l'État. Quand le mal qu'il produit ne s'étendrait qu'aux résultats de nos études, quand il ne ferait que rendre incomplètes et fautives nos connaissances scientifiques, cela pourrait bien être de quelque poids dans l'appféciation qu'on ferait du caractère de l'utilité qu'on en attend. Mais l'inconvénient est bien plus considérable. L'utilité de la libre recbcrche s'étend à notre être fout entier, elle enveloppe non-seulement notre pensée, mais encore nos actions. Chez l'homme habitué à juger et à entendre juger la vérilé et l'erreur, sans examiner les rapports extérieurs qui le touchent, lui et ses semblables, tout principe d'action se déduit plus
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mûrement, plus logiquement, il est puisé à une source plus élevée que chez l'homme dont les études sont eotièrement dirigées par des circonstances non inhérentes à l'étude elle-même. La recherche et la conviction qui naltdelaFecherche,voil& l'activité spontanée; la foi, c'est la confiance en une force étrangère, en one perfection, intellectuelle ou morale, étrangère. De I& vient que chez le penseur qui cherche, il y a plus d'activité spontanée, plus d'énergie ; chez le croyant plein de foi, plus de faiblesse, plus de paresse. Il est vRti que la foi, quand elle domine sans partage, quand elle chasse entièrement le doute, enfante un courage plus invincible,. une force plus durable encore. L'histoire de tous les enthousiastes nous l'apprend. Mais cette force-là n'est désirable que quand on a en vue on résultat extérieur déterminé, pour lequel il n'est besoin que d'un acte purement mécanique; elle ne l'est pas quand on veut voir des résolutions originales, ou des actes réfléchis basés sur les principes de la raison, ou quand on désire la perfection intérieure. Car cette force des enthousiastes a pour unique base l'anéantissement absolu de l'activilé rationnelle. Les doutes ne sont possibles qu'à celui qui croît, jamais à celui qui n'a foi qu'en sa propre recherche. En général, les résultats ont bien moins d'importance pour le second que pour le premier de ces deux hommes. Pendant sa recherche, celui-là a conscience de l'activité, de la force de son âme; il sent que sa vraie perfection, que son honneur repose vraiment sur cette force; les doutes, naissant sur les points qu'il a jus-
CnÏTIEN. 7
CIO DE L* tBL16U>N.
qa'alors tenus pour vrais, bien loin de l'affliger, le remplissent de joie ; ils lui font voir que sa pensée a gagné en vigueur, puisqu'il aperçoit maintenant des erreurs qui lui avaient éié cachées jusque-là. An contraire, la foi ne peut s'intéresser qu'au réBullat; pour elle il n'y a rien de plus dans la vérité connue. Les doutes qui secouent la raison affligent le croyant. Ce ne sont pas, comme pour le cerveau qui pense par lui-même, de nouveaux moyens d'arriver h la vérité; ils ne font que lui enlever }a certitude, sans lui indiquer le moyen de la reconquérir d'une autre manière. En élargissant ces considérations, nous sommes con* duit à observer qu'en général il n'est pas bon d'atlribûer aux résullats isolés une importance assez grande poin* croire, ou que beaucoup d'autres vérités, ou qne beaucoup de conséquences uliles, intérieures et extérieures, en dépendent. Cela eiUrave avec trop de facilité et de fréquence la marche de l'étude. C'est ainsi que les aperçus les plus libres et les plus lumineux vont parfois précisément contre le principe sans lequel ils n'auraient Jamais pu se pi-oduire. Plus la liberté de penser est importante, plus on voit que toute limitation à cette liberté est pernicieuse. D'un autre c6té, l'État ne manque pas de moyens pour faire que les lois restent debout, et pour empêcher qu'on ne les brise. Que l'on tarisse autant que possible la source des actes immoraux, qui se trouve dans l'ot^anîsation même de l'Étal; que l'on rende l'œil de la police plus perçant pour apercevoir les violations de la loi s qu'on l«s punisse comme il convient, et l'on ne manquent
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M LA BBLKION. 111
pu d'atteindre le but qu'on se propose. Et, oublie-t-on donc que la liberté de penser elle-môme, et la lumière qui ne peut se répandre que sous ses auspices, est le plus efficace de tous les moyens d'obtenir la sûreté! Tandis que les autre; moyens n'empècbent que les troubles et les explosions sociales, la liberté agit, elle, sur les penchants et les inspirations; tandis qu'ils ne peuvent produire qu'un certain calme dans les actes eitérieurs, elle produi t l'harmonie intime de la volonté et de l'effort. Quand donc cessera-t-on enfin de prêter ani conséquences extérieures des actions plus d'attention qu'A l'état intérieur de l'esprit d'où elles décoa~ lent? Quand donc naîtra cet homme qui sera, pour la législation, ce que Rousseau a été pour l'éducation, et qai, cessant de se placer au point de vue des résultats Htérieurs et matériels, se mettra â celui du développement intime de l'bommeT
Qu'on ne croie pas non plus que cette liberté de penser, que ces lumières ne soient que pour le petit nombre; qu'elles restent inutiles ou qu'elles deviennent même nuisibles & la plus grande partie du peuple, à celle dont l'activit* est absorbée par le soin que réclament les besoins physiques de la vie; et qu'on ne puisse agir sur elle qu'en propageant des dogmes arrêtés ou en limitant la liberté de penser. Il y a déjà queli^ne chose de dégradant pour l'humanité dans la pensée de refuser en quoi que ce soit à un homme le droit d'Ctre un homme. Il n'en est pas d'assez barbare pour être incapable d'armer à une culture quelconque; et, s'il éuit vrai qu» le» idées religieuses et phi-
H2 U£ LA BULlGIon;
losophiques ies plus élevées ne peuvent pas arriver immédiatement au plus grand nombre des citoyens, on devrait, pour se plier aux idées de cette classe d'hommes, présenter la vérité sous un vAtement autre que celui que l'on choisirait, si l'on était dans la oécessiié de parler à leur imagination et k leur cœur pins qu'à leur froide raison. Et pourtant, de mAme que cette propagation, qui conserve toutes les connaissances scientifiques par la liberté et la lumière, descend, jusqu'à cette classe d'hommes, de même les conséquences salutaires de l'étude libre et sans entraves sur l'esprit et le caractère de toute la nation, s'étendeol jusqu'aux plus humbles individualités qui en font partie (t).
Ce raisonnement s'applique d'une manière spéciale au cas oii l'État tend à propager certains dogmes reli-. gieux déterminés. Mais je veux le généraliser davantage. Pour le faire je dois rappeler le principe développé plus haut : à savoir que toute influence de la religion surla moralité, si elle ne dépend pas exclasivemenf , dépend à coup sûr bien plus de la forme sous laquelle la religion existe dans l'homme, que du contenu des dogmes qui la lui rendent sacrée. Mais, ainsi que je me suis efforcé de l'établir plus haut, toute institution de l'État n'agit que [dus ou moins sur ce, contenu, tandis que l'accès à cette forme, si je puis désonnais me servir de cette expression, lui est entiè-
(1) M.Renan aurait da méditer ces paroles *v«Dlde dire que:' li l'cleDce n'est pas fàile pour loua ■, et avant de développer l'ariBlocritiqus tbiorie qui dipare tMÉtwUt d'AMotr» rei^imue.
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DE LA KELIGIOH. 113
renwDt fermé. Comment la religion nalt-etle sponlanément dans un homme t Comment la reçoit-il? Cela dépend entièrement de toute sa façoo d'être, de penser, de sentir. En admettant ' que l'État fbt en situation de la modeler el de lui donner une forme concordante à ses vues — et l'impossibilité de ceci est incontestable, —j'aurais été bien malheureux dans la juslificatîoQ de toutes les idées exposées jusqu'ici, si je devais maîDlenant ressasser toutes les raisons qui défendent à l'État de se servir arbitrairement de l'homme pour l'accomplissement de ses desseins, sans vouloir considérer ses fins individuelles. Qu'il n'existe ici aucune nécessité absolue, de celles qui seules pourraieat justifier une exception, c'est ce que prouve l'indépendance de la moralité et de la religion ; indépendance que j'ai essayé d'établir. Ces principes seront encore mieux mis en lumière quand je démontrerai, ce qui ne lardera pas, que le maintien de la sûreté intérieure dans un État n'exige nullement qu'on impose aux mœurs en général une réglementation déterminée. Mais s'il est quelque chose qui puisse préparer dans l'ftrae Aes citoyens un terrain Fertile k la religion, si quelque chose peut donner h la religion déjà reçue et passée dans le système intellectuel et sensible du peuple une influence salutaire sur la moralité, c'est la liberté, laquelle, si peu que ce soit, soulFre toujours du soin positif de l'Ëfat. En effet, plus l'homme se forme d'une manière variée et originale, plusses sentiments s'élèvent, et plus aisément il dirige son regard ■hors dn cercle étroit et changeant qui l'enloure pour
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r^lerer ren Celui dont l'infini et l'nnité reofermentlé principe de ces llmiteB et de cette mutabilité, qu'il eroie d'ailleurs trouver ou ne pas trourer un tel Être. Plui l'homme est libre, plus sa persounalité se. foclifiç en lui, plus B8 bienveillance envers les autres grandit. Et rien ne conduit à la Divinité autant que l'amour bienveillant,- et rien ne rend l'alnence de Divinité aum peil nuisible à la moralité que l'originalité, la force qui se suffit à elle-même et se limite en elle-même. Entia plus le sentiment de la force est élevé chez l'homme, plus la manifestation en est libre, plus l'homme oberohe un fll intérieur qui le conduise et le dirige. H resit ainsi favorable à la morale, que ce fil soit pour lui U vénération et l'amour de la Divinité, ou la récompense tirée du pur sentiment de sa dignité. La différence que j'y aperçois est celle-ci : le citoyen laissé entièrement libre en matière religieuse aura ou n'aura pas dans soa Ame de sentiments religieux, suivant son oanctère personnel ; mais dans tous les cas ses idées deviendront plus logiques, sa sensibilité plus profonde ; Il y aun dans ton être plus d'unité ; il deriendra plus adml' rable de moralité et d'obéissance aux lois. Au contraire, celui qui est entravé par des prescriptions de toute sorte admettra, en dépit d'elles, des croyances religieuses diverses, ou bien il n'en admettra point; maisj dans tous les cas, il aura moins de logique dans les idées, moins de profondeur de sentiment, moias d'unité en lui; et, par suite, il honorera moins U morale, il voudra plus souvent esquiver la loi. Sans ajouter d'autres raisons, je crois pouvoir poser
DE LA BELIGIO». 115
maintenaDt ce principe, qui n'est pas nouveau, k savoir, que tout ce qui se rapporte à la religion esl en dehors des bornes de l'action de l'État ; que la prédication et tout le culte en général doit échapper aux vues particulières de l'État et être entièrement abandonné à l'administration des communes.
t>E l'ahêliobation des hggurs.
HojBas possibles pour altsiodre ce buL — L'amélioration des mœurs se réduit principalement k limiter la sensualité. — De l'inDueDU de la sensualité sur t'Iiomme; — contidérdioot Kènéralea.— Influence des «WMlions considérées en elles seules et comme lellet; variété de celte influence suivant leur nature diverse; — spédiletnent : différence entre l'influence des sensations qui agisHit énergiquemenl. et celle de toutes les autres. — Liaiton du sensuel et du non-sensuel par le beau et le sublime. — Influence de 11 sensualité sur les facultés inquisilivcs ou inlellccluelles, — créatrices ou morales de l'homme. — Maux et dacigers de la semuslité. — Application de ces considératbnt à la préseale recherdie, et examen de la question de «avoir si l'Etat doit s'efforcer d'agù' posiliTemenl sur les mœur». — Toute tentative de celte nature n'agit que sur les actes extérieurs; — elle produit divers dmii graves. — La corruption même des moeurs, contre laquelle elle est dirigée, n'est pas dépourvue de toute conséquence salutatr<(t), — et ne rend point nécessaire l'emploi d'un moyen radical de réfonnation. — Un tel moyen est en dehors des bomee de rectinn de l'Etat. — Crand principe déduit de ce chapitre et des deux pré-
Les lois et les prescriptions détachées sont le dernier moyen dont se servent d'ordinaire les États pour
(1) On supplie le lecteur de ne pas IVoncer le sourcil en préunce de c«tle hardiesse de langage. Qu'il ne r^ette pas le livre, et p'U veuille bien lirece chapitre; il verra que la pensée est aussi juste f] niiniii honnMe que l'expression esl malsonnante.
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DE L'&UËLlOilATION DES UOEURS. 117
donner anx mœurs uoe certaine coDformité avec leur bat final, qni est d'obtenir la sécurité. Mais c'est là un moyen par lequel la moralité et la vertu ne peuvent tire produites directement Ces prescriptions séparées te bornent nécessairement k défendre ou à déterminer les actions séparées, ou qui sont immorales en ellesm^es, sans toutefois porter atteinte aux droits d'au- Itui, ou qui conduisent trop facilement à l'immoralité. C'est à cette classe qu'appartiennent surtout toutes les lois qui arrêtent le luxe. En effet, il n'est à coup sûr rien qui soit une source aussi abondante et aussi commune d'actes contraires à la morale et même à la loi que l'excès de sensuatilé dans l'âme (1), ou que l'absence de rapport entre les penchants, les désirs en général, et les moyens de satisfaction offerts par la situation extérieure. Quand la tempérance et la modération font que l'bomme se contente du domaine dans lequel il lui a été donné de se mouvoir, l'homme cherche moins à les abandonner ou au préjudice des droits d'autrui, ou au détriment de son 'propre bonheur et de sa félicité. Par suite, il semble que le vrai bat de l'Étal soit de maintenir dans les limites convenables cette sensualité, d'oii naissent toutes les collisions entre les hommes, tandis que l'harmonie générale peut subsister quand les sentiments intellectuels dominent; il semble que l'État doive désirer d'élouffer, autant qu'il est possible, cette sensualité, car c'est là le
(i) C'est là qo'eil le vice radie*], le principe de l'iapuiesance des kiia lompluairei : bien loin d'apaiser le désif des jouissances iael^< rietles, elles ne {oal que l'ace relire. (Voj. plus loin p. 128, noie.)
fis EFE L'AHËLtORâTlON DES HCEtR9.
moyen qui pareille plus simple pour obtenir le r^ultat qu'on Tient de dire.
Toutefois, pour rester Mèlë aux principes eiposé) jusqu'ici, et suivant lesquels il ^tut toujours examiner au point de vue des véritables Intérêts de l'homme les moyens dont l'Ëtat doit user, Il sera nécessaire de rechercher, autant que cela pourra servir k notre dessein, l'inOuence de la sensualité sur la vie, l'éducation, ^a^ tlvité et le bonheur de l'homme. Cette recherche, tout en tendant à dépeindre en général le moi intérieur de l'homme aetiret heureus, montrera néanmoins afec plus d'évidence comment, presque toujours, la réglementation lui est nuisible et la liberté salutaire. Cela lïiit, il nous fondra juger, dans sa généralité la pins étendue, le besoin qu'a l'État d'exercer une action positive sur les mœurs des citoyens. C'est à la solutioo de ce problème que nous consacrerons cette partie de notre travail.
Les impressions sensitives, les penchants et les passions, voilà ce qui afiparatt et se manifeste tout d'abord chez l'homme avec le plus de vivacité. Quand elles se taisent, avant que la culture ne les ait embellies, ou n'ait donné à l'énergie de l'&me une autre direction, c'est que toute force est éteinte ; et alors rien de bon ou de grand ne pourra naître jamais. Ce sont les im^presslons sensitives et les passions qui, les premières du moins, donnent k l'flme la chaleur et la vie, ce sont elles qui l'excitent et la poussent à la vraie activîlé. Elles' mettent dans l'&me ses ressorts vig^tureus } si elles ne sont pas satisfaites, elles l« rendent aclive,
DE L'âHÈLIOBATIOR des UOBtRS. 119
ingénieuse à concevoir dea pUns, courageuse pour les exécuter; si elles sont SAliBfait^s, elles reudent le jeu des idées plus facile et plus libre. En général elles donneut à toutes les conceptions plus de mouvement «t de variété, elles ouvrent de nouveaux horizons, ellet eoaduis«Dt l'homme dans des régions jusque-là incon^ nues ou négligées; sans compter que les différentes manières de satisfaire les passions réagissent sur le corps et l'oi^anisation, de même que celle-ci k son tour réagit sur l'&me d'une manière qui, à la vérité, ne devient sensible pour nous que par les résultat* qu'elle produit.
Touterois l'influence des passions est variable et dans son intensité et dans son mode d'action. Cela dépend tn partie de leur force ou de leur faiblesse, en partie encore de leur parenté avec le monde spirituel, si je puis ainsi parler, de.lafacutté plus ou moins grande qu'elles ont de s'élever de la volupté animale aux joie$ humaines. C'est ainsi que l'œil rend la forme des objets matériels qu'il perçoit, et que l'oreille rend la série harmonique des sons si féconde pour nous en idées et en jouissances. On pourrait peut-être dire beaucoup de choses belles et nouvelles sur la nature diverse de ces sensations et sur leur mode d'action. Mais ce n'en est point ici le lieu. Bornoas-nous & une observatipQ SOT leur utilité diverse pour le progrès de l'àme. "
L'œil, si j'ose ainsi parler,.livreàrentepdemeniù];if matière mieux préparée. Le moi humaio nous est pour ainsi dire déterminé avec sa foçinej et avec la forme d^ toutes les choses que notre imaginatitm rattache tou^
130 ItE i'AUÉLlMIATIOH DRS MflSURS.
jours à lui ; il nous est présenté dans un état donné. L'ouïe coDsidérée uniquement comme sens, et en tant qu'elle ne perçoit pas de mots, a un rôle beaucoup moins important (1). Aussi Kant donoe-t-il aux aris plastiques la prééminence sur la musique (2). Seulement il observe avec beaucoup de justesse que la préférence dont il parle, suppose chez l'homme cette culture que les arts donnent à l'âme ; et je voudrais ajouter la culture qu'ils lui donnent directement.
On se demande toutefois si c'est là la vraie proportion. Suivant moi l'énergie est la première et l'unique vertu de l'homme (3). Ce qui augmente son énergie est plus précieux que ce qui ne fait que lui fournir
(1) Sur rimportaace relative dei >eni de U vue el de l'ouTe, nia SufToQ, Hiitoire nalurflb de f homme, chap. Dei imi, et les notei de M. Flourens. — SuiTsat les idées philuiophiqiiei qui dominaient en France an xnii' aiècle, l'ouïe l'emporterait de beaucoup sur la tue. Qu'on relitei ce lujet la théorie deCoodillae. — Humbaldtne«'e>l|tu trouvé dani ce courant. A propos de l'ouïe il distingue nettement la deux pbénomènea qu'elle renferme, la leoMlion et la perception; li première se &it dans l'oreille, la seconde dans le cerveau. La mtait diaUnclJon relativement i la vue existe en réatili, maii dans noire auteur elle est un peu vague. Lt vision, elle aussi, rentenne les dsui phénomânes, sensible et intellectuel, le premier appartenant au rAle de l'œil, le second rentrant dans celui du cerveau.
(2) Critigue du jugtmaitt, 2' édition (Berlin, 1793), p. 33(1 et
(3) Celte formule est fausse en soi et contraire à |a vraie morale. Sebiller a été mieut inspiré quand il a rapproché, sans les coDrondra, la turce et la vertu : • On peut dire que chaque homme a en lui une certaine mesure de force el de vertu, sur laquelle il se règle dins rappréciation des actions morales, n uleder Mensch, kann man ^■nQebmen,hatein gewitaes Krafl- und T'u^cndRiaitin aich,wornach a «r aîch bei der Grasaenachiitzung moralischer Handlungen nchlet. • iconiidirationi dilaehiet mr àivers sujeit d'eukëiique, Stuttgart, j S60, l. II. p. d47.)
m l'ahélichiation des mcburs. lït
mitière à exercer celle énergie. Mais comme l'homme De KBsent qu'une chose à la fois, ce qui agit le plus foriement sur lui est ce qui n'offre qu'un objet unique à ses facultés sensitives ; de marne dans une suite d'impressions qui se succèdent les unes aux autres et (m'i chacune puise de la force dans celles qui la précèdent et en donne à celles qui la suivent, la similitude des rapports existant entre les éléments sép£rés est ce qui agit le plus énergiquement. Or tout ceci est rrai de la musique. De plus celte succession est entièrement propre à la musique ; c'est seulement en elle qu'elle se IfouTe nettement accusée (1). La série qu'elle présente n'impose pas, à vrai dire, une impression déterminée. C'est comme un thème sous lequel on peut mettre un nombre infini de textes. Les choses que l'auditeur met de lui-même sous la musique, pourvu qu'il ne s'écarte pas du genre et du caractère général de l'oeuvre, nabsenl librement et sans entraves de la plénitude de son bme ; aussi saisit-elle certainement avec plus de TÎvi^cité ces choses que celles qu'on lui donne du dehors et dont la perception le préoccupe plus que la sensation. Je néglige les autres caractères et les autres avantages de la musique, par exemple celui qui fait que quand elle tire des sons harmonieux des objets natnrels, elle reste bien plus près de la nature que la peinture, la plastique ou la poésie. Je n'ai pas à exaniiner ici la musique en elle-même, je ne veux m'en
(1} Sins doute, mais c'est préciBéiDent pi sbie d'ébblir une comparaiMn exacte eni
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servir que comme d'exemple pour mieux mettre en lumière la nalure diverse dei impressions des sens.
Le mode d'action qu'on vient de dépeindre n'est pas propre & la musique seule. E£mt(l) observe qu'elle peut se rencontrer dans la combinaison des couleurs; elle se trouve bien davantage encore dans ce que nous res< sentODs parle tact. Dans le goût môme il est impossible de ne pat reconoaltre cette action. U y a aussi dans le goût une augmentatioa du plaisir tendant vers la sali»* faction, et qui, une fois satisfaite, se dissipe successi* vement dans des vibratioas de plus eu plus faibles. La même cbose se reucontre aussi mais fort obscorér ment dans l'odorat. De môme que, dans l'homme sen^ ■ible, la marche de l'impression, son degré, son élévation et son abaissement alternatifs, sa pure cl pleine harmonie, si j'ose m'ezprimer ainsi, est ce qu'il y a de plus attrayant, et est plus attrayant que ce qui en fait l'objet même, en tant bien entendu que I'od oublie que la nature de l'objet détermine principalement le degré, et pins encore l'harmonie de cette marche ; et de même que l'homme sensible, pareil au printemps dont la sève fait éctore les fleurs, est précis sèment le spectacle le plus intéressant; de méoK l'homme cherche, pour ainsi dire, l'image de son impression par-dessus tout dans les beaux-arts C'eit «insi que la peinture et la plastique même s'approprient cette impression. L'œil de la madone de Guida Béai ne se renferme pas, pour ainsi dire, dans les limites
(1) Critique ihi jugement, p, 211 et luiv.
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DE L'AMËLlORiTION DES MWUnS. 123
d'un instant fugitif. Les muscled tendus du Gladiateur dt! Boi^hèse annoncent le coup qu'il est prêt à porter. La poésie possède encore à un plus haut degré cet aTSDtage. Sans vouloir parler Ici spécialement du rang des beaux-arts, qu'il me soit permis d'ajouter quelques mots pour mieux exposer mes idées. Les beaux-arts produisent une double action que l'on réunit toujours dans Gb&que art, mais que dans chacun d'eux on rencontre conabinée d'une manière diwrse. Les beaux- Brls fournissent directement les idées, oti bien ils excitent la sensibilité; ils donnent le ton à l'Âme, ou, si l'expression ne parait pas trop recherchée, ils enri* ohlsient et élèvent davantage sa force. Plus l'une de tes influences tire secours de l'autre, plus elle afblbltt M propre impression. C'est la poésie qui le mieux et le plus complètement les réunit l'une et l'autre. Aussi est-elle d'un c6té le plus parfait, mais de l'autre câté le plus faible des beaux-arts. Tandis qu'elle représente le» objets moins vivement que la peinture et la plastique, elle parle à la sensibilité moins vivement que le chant et la musique. Mais on oublie facilement ce début; car, sans compter la multiplicité d« ses face», cite touche de plus près l'àme de quiconque est vraiment homme; elle couvre la pensée comme le leulinieat du plus magnifique manteau.
Les sensations qui agissent énérgiquement, — car c'est uniquement pourles expliquer que je parle ici des beaux-arts, — agissent encore diversement, en partie suivant que leur marche est plus harmonique, en partie suivant que leurs éléments, comme leur ma-
iik DE L'AMËLlOltiTIOEI DES HOmS.
tiére, saisissent plus fortement l'âme. C'est ainsi que h voix bumaÎDe, quand elle est juste et belle, agit avec plus d'énergie qu'un instrument inanimé. Mais rien ne nous louche de plus près que la sensation corporelle. L'action qu'elle exerce sur l'homme est de toutes la plus vive. Toutefois, coaune la force non pondérée de la matière détruit toujours la délicatesse de la forme, il s'établit souvent et il doit toujours exister entre elles deux un juste rapport. Elles peuvent se balancer inégalement, soit par une augmentation de force d'un cAté, soit par un affaiblissement de l'autre câté. Mais il est toujours mauvais de procéder par l'affaiblissement (<), & moins que la force soit artificielle, point naturelle. Qu'elle se brise plutôt que de dépérir lentement. — C'en est assez sur ce sujet J'espère avoir suffisamment expliqué mes idées, tout en avouant volontiers l'embarras où je me trouve dans cette étude. Car, d'une part l'intérêt du sujet, et l'impossibilité d'emprunter seulement les résultats nécessaires à d'autres livres, — je n'en connais aucun qui partede mon point de vue, — m'ont engagé à m'étendre davantage ; et, d'un autre c6té, la considération que ces idées ne s'y rattachent que comme accessoires et non par elles-mêmes, m'a toujours ramené dans les limites de mon sujet. 11 me faut prier le lecteur de se rappeler cette excuse en lisant ce qui va suivre.
(1) £ic.j7r..- Quand un orateur, un écrivain («nique l'imagiiitiLDii domine k l'eicès H) liicultéi et laiEM au riieonnement une pirt d'action iniuiDunte, il doit s'appliquer non à relïéner la premiàre, mail i fortlQer le aecond.
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DE L'AHÊUORATION DEÂ HCtUitS. iH
Bien qu'il soit loujours impossible d'introduire en ces matières des distinctions absolument exclusives, je me sois efforcé jusqu'ici de ne parler de l'impression des sens que comme impression des sens. Hais uo Hen mystérieui unit la matérialité à l'immatérialité ; et s'il n'est pas donné à nos yeux de voir ce lien, notre Ame le devine. C'est k cette double nature du monde visible et du monde invisible, c'est au désir profond et natif qui nous pousse vers le second et au sentiment du doux et impérieux besoin que nous avons du premier que nous devons tous les systèmes philosophiques logiques, ceux qui reposent réellement sur l'essence de notre nature. C'est de là aussi que naissent les rêveries les plus folles. Le travail continu tendant à unir ces deux aspirations, de telle sorte que chacune d'elles fasse aussi peu que possible tort à l'autre, m'a toujours paru être le vrai but de la sagesse humaine. Il est impossible de méconnaître cet universel sentiment esthétique qui fait que pour nous le monde physique est le vêtement du monde spirituel, et que le monde spirituel est le principe vivant du monde physique. L'étude non interrompue de cette science de la physionomie de la nature distingue l'homme vraiment digne de ce nom. Car il n'est rien qui ait une influence aussi étendue sur le caractère entier, que l'expression de l'immatériel dans le matériel, du sublime, du simple, du beau, dans toutes les œuvres de la nature et dans toutes les productions artistiques qui nous entourent. Et ici encore apparaît )a différence qui existe entre les impressions qui agissent énergi-
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iM DE L'aHËUOUTIOH OIS WBIIRB.
quemant et toutes les autres impressions physiques. Comme le suprême effort de tout le labeur humaio, en nous et en autrui, tend à découvrir, k rapprocher, à posséder l'Être unique et vrainient existant, quoique dans sa forme originelle il soit éternelleoieot invisible; comme c'est lui seul dont le pressentiment rend cbaeuD de ses symboles si cher et si sacré pour nous, noui faisons un pas vers lui, quand nous apercevons Timage de son énergie élemeliemaDt active. Nous lui parlons, pour ainsi dire, dans une langue obscure et souvenl inintelligible, mais aussi, souvent surprenante par le pressentiment certain de la vérité, bien que la forme, et, si j'ose employer cette expression, l'image de celte éoe^îe soit plus éloignée de la vérité.
C'est, sinon uniquement, du moins principalement sur ce fond que fleurit le beau, que s'élève le sublime (1), qui transporte les hommes encore plus près de la Divinité. La nécessité pour l'homme de trouver dans un objet un plaisir pur et sans aucun intérêt, sans même qu'il s'en rende compte, lui prouve qu'il tire son origine de l'Être invisible, et qu'il se rattache à lui par un lien de parenté ; et ie sentiment de sa disproportion avec l'Être suprême relie, de la manière la plus humainement divine, la grandeur infinie à li faiblesse confiante. Sans le beau, l'amour des choses pour elles-mêmes manque à l'homme; sans le sublime, l'obéissance disparaît, cette obéissance qui dédaigne
(1) Vojet SchilUr, Ztrstreute Betrachlungtn ùUr vartohititH asthesisc/ie Gegentiandt. [Contidérations délackées sur di/firenlts maBirei i'BaiXtique, &\ul\g»Tl, iseo, t. XI, p. d33 el suIt.)
6i I'AM&IOBATIOH DES MCEDRS. 127
la récompense et ne connaît pas la crainte vile. L'étude du beau donne le goût ; l'étude du sublime donne la grandeur bien proportionnée; à supposer touterois qu'une telle étude existe, et que le sentiment et l'expression du sublime ne soient pas seulement le fruit du génie. Mais le gott seul, qui doit toujours avoir pour base la grandeur, — car la grandeur n'a besoin que de proportion, et U forme n'a besoin que de conservation, — le goût seul unît tous les tons de l'être composé en une harmonie charmante. Il donne à tous nos penchants et à toutes nos impressions, même purement spirituelles, quelque chose de mesuré, de soutenu, de dirigé vers un point. Là où le goût n'existe pas, les appétits sensuels sont sauvages et effrénés, les études Scientifiques peuvent être subtiles et profondes, mais elles n'ont ni délicatesse, ni poli, ni, fécondité dans l'application. Sans le goût, la profondeur de l'esprit comme l'abondance du savoir, est frappée de mort et de istérilité; san» lui la noblesse et l'énergie de la volonté morale elle-même est âpre et dépourvue de (brce persuasive et réchauffante.
Rechercher et produire, c'est là que tendent ou du moins c'est à cela que se rapportent, plus ou moins directement, toutes les occupations des hommes. La recherche pour atteindre les raisons des choses ou les dernières limites de la raison suppose, outre la profondeur, une variété de riobesse et une chaleur d'esprit intérieure, une tension des facultés humaines réunies. Le philosophe purement analytique atteindra peut être son but par les simples opérations, non-scu-
128 DS t'AHfiUOUTKHt MB HOmS.
lemenl de la calme, mais de la froide raîso&. Hait pour découTrir le lien qui relie des propositlODS sjntbétiqnes, il faut une vraie profondeur, il faut uq esprit qui ait appris à donner des forces à toutes ses facultés. Ainsi on peut dire que la merreilleuse profondeur de Kant peut souvent, dans sa morale et son esthétique, être accusée d'extravagance. S'il m'est permis de l'avouer, quelques rares passages me paraissent être dans ce cas. Je citerai comme exemple la signification des couleurs de i'arc-en-ciel , dans la Critique du Jugement (1) ; la faute en est certainement au peu de profondeur de mes facultés intellectuelles. — Si je pouvais ici poursuivre plus loin ces idées, je me heurterais certainement à la difficile mais intéressante questioo de savoir quelle différence existe entre le perfectioDnemeul intellectuel du métaphysicien et du poète. Et si un examen complet et multiplié ne renversait pas
(1) CrUique du ju0«inmt (Berlin, 1793, 2* édition, p. 173). RanI dit en effet, dana ce morceau, que le* modiâcationi do U InitiiÂre dans la produclian des couleurs ett une langue que U nature noua offre st qui lui paraît BToir le leni le i^ui élevé : ■ AEiui, dit-il, la couleur blanche du lis conduit notre eiprit vert lea idis) d'innocence, et, nuivant l'ordre dee aept couleun depuis le raup juiqu'au riolel, vers l'idée : l" de grandeur; 3" de hardiaue; 3° de lojaulé ; d° de sympathie ; 5° de nodeatio ; S° de constance ; 7° de lendresse. > Guillaume de Humboldt avoue ue pas comprendre cet ehoiea. Da son cAté Kant, après avoir lu let deux écrits de notre an' teur : De la différtnct uxiulle et de ton influmce sur la «alun orf^aniTue et De la forme mltie et de la forme femelle, déclare qu« cei travaux sont pour lui des énigmes. Koblei et profonds penseurs, n'ajei pas de paroles dédaigneuses pour cette Franc« qui, en ne vous comprenant qu'i demi, n'est psi toujours coupable, elle non plus, d'inlalellifenca philosophique au de légèreli ! — Rousseau n'ignorait pas ce jeu d'esprit qui tend i lUre de la combiuison des toolears
mi l'&HtLIOk&TIOM DBS HlKliBS. I'i9
sur ce point les conséqaences de la théorie qui a été jusquici la mienne, je dirais que cette différence consiste en ceci seulement que le philosophe ne s'occupe que des perceptions, le poète que des sensations; tous deux d'ailleurs doivent avoir des facultés intellectuelles aussi abondantes et aussi cultivées.
Hais cela me détournerait trop de mon but actue), et j'ose espérer d'avoir suffisamment montré, par les quelques raisons exprimées plus haut, que pour former mâme le plus calme des penseurs, les jouissances des sens et de l'imaginalion doivent avoir caressé son àme. Mais si nous passons des études transcendantales aux études psychologiques, si l'homme tel qu'il se présente devient l'objet de notre étude, alors celui qui, par ses propres impressions, possède le plus grand nombre de notions artistiques, dépeindra l'humanité, cette espèce si riche en formes variées, avec le plus de vie et de vérité.
us mode d'esprinier lei bannonie» et lu idé«t. U le traite rudement. « Il n'j a, dit-il, sortes d'abiurdiléi auxquellM les obeervalions phjr* ■îquea n'aieet donné lieu dans les combinaisons des beajx-arts- On a trouve dans l'aiialjte du ton les mîmes rapporta que dans celle de la lumière. Ausiitdt on a saisi viveinent cette analogie, sans s'embarrsMer de l'eipirience et de la raison. L'espril de ijEtéme a tout coofoodu, el taute de samir peindre aux oreilles, on s'eet «visé de . cbaoteT aux jeux. J'ai vu ce fameux clavecin sur lequel on préten • dait taire de la musique avec des couleur* ; c'^loil bien mol tonnaUrt U* opératitMi de la tuUuri de ne pat voir que t'tffel des coittevri «il doni leur pepnoiwtce el cetuj dei lotu dana leur ttKcesiion. > {Ei$ai tur l'origîw dai langues, chap. xvi.) Bapprocber ces derniers mot* de ce qui est dit dam les premières lignée du précèdent cbapitre. Le clavecin ocnlaîre, dont parle Rousseau, avait èlé inventé el conitmit par le P. Caalel. Lire daui Voltaire le chapitre xiY, 3° partie de ses SUmenU dt ta jAtlowpAie it Nnohm.
Uft Dfi 1,'uiËuofiATioN PU iraniBi.
11 suit de là que l'homme aiosi formé appérall dm sa plus grande beauté, quand il entre dans la viÊ pratique, quand it rend fertile en œuvres extérieures nos* Telles tout ce qu'il a amassé en lui. L'analogie qui existe entre les lois de la nature plastique et celles de la création intellectuelle a déjfa été observée par l'œil d'un homme de génie (1) ; elle a été prouvée par des observations pleines de justesse. Cependant une déduction encore plus intéressante eût peut-être été possible ; au lieu de se lancer à la poursuite des lois impénétrables du développement du germe, la psychologie eût été peut-être plus féconde et plus instrucUie, si elle efit représenté la création intellectuelle comme la fine fleur de la production corporelle.
Parlons d'abord de ce qui paraît être dam la vie morale l'œuvre exclusive de la froide raison. Seule l'idée du sublime lait qu'il est possible d'obéir à la prohibition absolue et générale, d'une manière humaine, par l'intermédiaire du sentiment, et pourtant d'une manière divinement désintéressée par l'absence de considération de la félicité ou du malheur. Le sentiment de la disproportion des forces humaines avec la loi morale, la conviction profonde que le plus vertueui n'est que celui qui sent le mieux en lui combien cette loi est inaccessible, tant elle est haut placée, produi-
(1) F. d« Dalberg, Organisation et invmlion. (Nota d« t'auUur.) — C« livre a au en effet un f raad luoeti en AUemagne. 11 n'a pal élé réédité moiiii île dix féii. Haucela n'empeaha pai qaa le brevai d'bcmiDe de finie, (énéieuBemeiil délivré par Sumbcldt i, Dalbtjg. ne deiv* ici 41k «onaldéré que comma une bienvaillmte bf
DE L'aMÉUMIATION DES IKSOIIS. iU
sent le respect; et celte impression ne parait miveloppée du Tëtement matériel que juste ce qu'il faut pour que nos yeux ne soient pas.aveuglés par l'éclat de la pare lumière. SI la loi morale nous oblige à vwr que tout homme a un but en lui-même, à elle s'unit le sentiment i3u beau, qui donne si aisément à toute poussière la vie et la joie de se sentir en possession d'une existence propre ; qui saisit et enveloppe l'homme d'une manière d'autant plus belle et complète que, indépendant de l'idée, ce sentiment du beau n'est pas limité par la petitesse du nombre des signes que l'idée peut seule comprendre, et encore isolément el séparément,
L'intervention du sentiment du beau paraît nuire & la pureté de la volonté morale ; cela pourrait être, et cela serait en effet, si ce sentiment devait être le véri" tabte mobile de l'homme vers la vertu. Mais le devoir doit seulement consister dans la découverte pour la loi morale d'applications plus variées, qui auraient échappé à la raison Itoide et par cela même grossière; le droit doit servir à procurer les plus doux sentiments à l'homme ; en effet, il est défendu à celui-ci, non de recevoir la félicité qui se relie étroitement à la vertu, mais d'agir vertueusement, seulement en vue de cette félicité. Plus je réfléchis sur ce sujet, moins la différence que j'observe ici me parait être une pure subtilité on une rêverie. L'homme aspire à la jouissance ; l'homme croit tràs-fermement, et au milieu même des circonstances les plus défavorables; que pour lui la vertu est éternellement liée àla félicité. Mais pourtant
132 Oi l'aI^IORATION DBS MOKUBS.
son Ame est capable de comprendre U grandeur de la loi morale. Son Ame ne peut pas écliapper à la force par laquelle cette grandeur l'oblige à agir, et, codtrsinte par ce seul sentiment, elle agit sans se préoccuper de la jouissance, parce qu'elle ne perd jamais l'entière conscience que l'idée de tous les maux pos»blés n'obtiendrait point d'elle une antre manière d'agir.
Seulement il est certain que t'àme D'arri?e à cette force que par une seule voie, parcelle dont je parle plus haut; par une puissante contrainte intérieure, et par une lutte extérieure pleine de diversité. Toute force, — comme la matière, — vient des sens ; et, quoique Irès-éloignée de sa source, elle ne cesse jamais de s'y rattacber, si je puis ainsi parler. Donc, celui qui s'efforce d'élever et de grandir ses facultés, de les rajeunir par une jouissance fréquente ; celui qai use souvent de la force de son caractère pour rester indépendant de la sensualité; celui qui s'eiforce d'unir celle indépendance à la plus haute sensibilité; celui dont la raison cherche sans cesse directement et profondément la vérité; celui en qui un juste et délicat sentiment du beau ne laisse passer inaperçue aucune forme charmante; celui que son ardeur pousse à faire entrer en soi les impressions du dehors et à les utiliser pour de nouvelles productions, h fondre toute beauté dans son individualité, et, en unissant son être avec tout ce qui est beau, à engendrer une beauté nouvelle; celui-là peut nourrir la douce croyance qu'il est dans le droit chemin, et qu'il se rapproche de l'idéal même
Uii l'&hëliob&tion &Et> hosurs.. 133
que l'imagination bumatae la plus hardie ose se retracer.
Par ce tableau assez étranger aux études politiques, mais nécessaire pour la déduction de mes idées, j'ai essayé de montrer comment la sensualité pénètre de ses influences salutaires toutes les occupations de l'homme. Acquérir par elle la liberté et le respect^ tel a été mon but. Mais je ne veux pas oublier que la sensualité est aussi la source d'une foule de maux physiques et moraux. Lors même qu'elle est honnête, et par suite salutaire, lors même qu'elle est dans un juste rapport avec l'exercice des facultés intellectuelles, elle prend trés-aisémeut un ascendant pernicieux. Alors la joie humaine se change en jouissance bestiale ; le goftt. s'oblitère ou prend des directions contre nature. A propos de cette dernière expression, je ne puis m'empécher, surtout par rapport à certaines critiques exclusives, de remarquer encore que ces mots ne désignent pçint ce qui n'atteint pas directement tel ou tel but de la nature, mais ce qui rend vaiu, d'une manière générale, le but que la nature donne k l'homme. Ce but est» pour lui, de faire sans relAche avancer son être vers une perfection plus élevée, et, par suite, d'unir indissolublement les unes aux autres ses facultés sensibles et ses fkcultés pensantes, en leur donnant à toutes une juste mesure d'énergie. D'ailleurs il peut nattre un manque d'harmonie entre la manière dont l'homme cultive et, en général, met en action ses facultés, et entre les moyens d'action et de jouissance que sa situation lui offre. Cette disproportion est une nouvelle
18& DE VuxtLtOÊnnm du ikbviw.
source de maui. Suivant les principes développés précédemment, il n'est pas permis à TËtat d'agir sqt ia situation des ciloyNis, en vue de certains desuins posltifa. Cette situation n'a pas de forme détermiaée et nécessaire ; plu» grande est sa liberté , plus elle diminue ce manque d'harmonie. C'est de cette liberté mdme qu'elle tire surtout la force par laquelle elle gouverne la manière de penser et d'agir des ciloyeni. fit pourtant le danger, qui subsiste toujours et qai n'est pas sans importance, pourrait réveiller l'Idée de la nécessité de combattre la corruption des mienn par des lois et des institutions politiques.
Mais, en supposant que ces lois et ces institutioiu fussent vraiment efficaces, leur influence n'égalersil jamais leurs inconvénients. Un Ë(at dans lequel on userait de pareils procédés ponr forcer ou pousser les citoyens k suivre les meilleures lois, pourrait être tranquille, paisible, prospère; mais ce ne serait jamais, à mes yeux, qu'un troupeau d'esclaves entretenus; cène serait point une réunion d'hommes libres, qui ne soat enchaînés que quand ils outre-passeni les homes du droit. Sans doute, il existe bien des moyens de produire exclusivement certaines actions ou certaines idées. Mais aucun ne conduit à la vraie perfection morale. L'impulsion matérielle donnée pour arriver à certains actes, ou la nécessité imposée de s'en tbstenir, produisent l'habitude. Par l'habitude, le plaisir, qui d'abord était attaché é l'acte lui-même, ou le penchant qui d'abord ne se taisait que devant la nécessité, sont entièrement détruits. Ainsi l'homme est eonduità
W l'aHËUOBâTIl»! Dl» Hasuu. ISS
des actes vertoeux et, âuu une oertaiae iiaùte, k des idées vertueusei. Hais la force de son âme ne sera pas augmentia; ses idées sur ses fins et sa dignité ue se conserveront et ne s'éclaireront point; sa volonté d« vaincre le penchant qui le domine ne se fortifiera point : par suite, il ne gagne rien du c6té de la vraie et réelle perfection. Qui voudra instruire l'homine à ne pas tendre k des bats extérieurs oe se servira jamais de ces moyens. Car, sans compter que la contrainte et la direction ne produisent jamais la vertu, elles dimi ■ nuent toujours la force. Et, que sont les mceurs sans la force morale et sans la vertu? Si grand que puisse être le mal de la corruption des mœurs, il n'est même pas dépourvu de conséquences salutaires. C'est par les extrêmes que l'homme arrive forcément au sentier moyen de la sagesse et de la vertu (1). Les extrêmes, comme les vastes corps qui brillent dans les profondeurs de l'espace, agissent au loin. Pour fournir du sang aux plus petites veines du corps, il faut qu'il j en ait en abondance dans les grosses. Vouloir bouleverser en cela l'ordre de la nature, c'est appeler le mal moral pour prévenir le mal physique.
. (1) la UD mol, 1« ipeelida d* im praprw détordreB le ramènfl Mnvenl k l'oburvatian d«9 loig du juste et de l'honnête. C'est quand il est tombé bien bas el qu'il considère la prorondeur de sa chute, qu'il H dit : ( Dtcidimenl il but *ortlr da m bourbier, el rentrer dins l'air pur. » — Noui ne faisons ici que Iraduiro, «o la développant, la pentée de Humboldt. Elle ait vraie, mais a une candilion, c'eit que l'eiodt d« Ueonniption n'ait pas «nlièremant éteint ohei l'homms la faculté de désirer ton retour au bien. S'il en était ainsi, la nécessité parlerait; il faudrait combattre le mal par des lois ou des insiitnlioiH émanant de l'Blat.
Ud DB l'amélioration DES IHKOKS.
Mais, de plus, il n'est pas vrai que le danger de )â cornipUtHi soit si grand et si menaçant ; tout ce qu'on a dit d^à pour justifier cette proposition nous permet de nous servir des observations suivantes pour l'établir plus amplement.
1* L'homme tend de lui-meote vers la bienfaisance plus que vers l'égoïsme (*). C'est ce que démontre l'histoire des sauvées. Les vertus domestiques ont quelque chose de si sympathique ; les vertus publiques du citoyen ont quelque chose de si grand et de si entraînant, que l'homme tout à fait primitif lutte rarement contre le charme qui est eo elles.
-2* La liberté augmente la force et entraîne toujours à sa suite, comme tout accroissement de force, une sorte de disposition libérale. La contrainte énerve la force et conduit à tous les désirs égoïstes, à tons les vils artifices de ta faiblesse. La contrainte empêche peut-être quelques fautes, mais elle enlève leur beauté même aux nobles actions. La liberté occasiotme peutêtre quelques fautes, mais elle donne au vice lui-mËme iine apparence moins ignoble.
3* L'homme laissé à lui-même arrive plus difficilement aux vrais principes; mais ces principes se manifeslent d'une manière indestructible dans ses actions. Celui qu'on dirige suivant un système préconçu les reçoit plus aisément; mais ils s'affaiblissent en lui i cause de la diminution de son énei^ie.
ù" Toutes les prescriptions de l'État, en créant dans
(() Voyez plus haul cliapiire précédent, pife 107, nnte 2.
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DE L'aHËLIORATION DES HCGURS. 137
son unité (les intérêts divers et contradictoires, causent des collisions de cette natore. Ces collisions amenant uo manque d'harmonie entre les désirs et le pouvoir des hommes; delà des délits. Plus l'État est oisif, si je puis ainsi parler, moins le nombre en est grand. S'il était possible, dans certains cas donnés, de compter exactement les maux qu'occasionnent les ordonnances de police, et ceux qu'elles empêchent, on trouverait loDjODrs que le nombre des premiers surpasse celui des seconds.
5° Jamais encore on n'a étudié, au point de vue pratique et d'une manière suffisante, la puissance énorme qu'aurait la poursuite sévère de toutes les infractions réellement commises, la justice, la bonne mesure^ l'irrémissibilité de la peine et, par suite, la rareté de l'impunité.
Je croîs maintenant avoir suffisamment démontré pour mon dessein combien est dangereux tout effort de l'État tendant à combattre ou seulement à prévenir la corruption des mœurs, pourvu qu'elle ne porte pas directement atteinte au droit d'autrui ; combien peu on doit en attendre de conséquences salutaires sur la moralité, et combien une pareille action, exercée sur le caractère du peuple, est peu nécessaire, même pour le seul maintien de la sécurité. Si l'on réunit les raisons développées au commencement de ce chapitre pour combattre toute action de l'État dirigée vers certains buts positifs, et qui sont d'autant plus fortes ici que l'homme moral ressent plus profondément les entraves qu'on lui impose ; si l'on n'oublie pas que
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lis DE L'AHfiUOnATtON DBS HCEnM,
toute espèce de progrès, et précisément le progrès du caractère et des lUCBurs, doit tout ce qu'il renferms d« beau k la liberté, on ne pourra plus douter de la vérité du principe suivant, à savoir : que l'État doit s'abstenir eotièremenldetout travail tendant à agir directenKUl ou indirectement sur les mœurs et le caractère de II nation, si ce n'est lorsque ce travail le relie fatalemeot, comme conséquence naturelle et allant de soi, i m autres prescriptions absolument nécessaires; et qw tout ce qui peut favoriser ces desseins, priacipaleneat toute surveillance exercée sur l'éducation, l'oi^niution religieuse, les lois sompluaires, etD.,esttoutàlliil en dehors des bornes de son action.
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DÈTEBIUKATION PLUS NETTE ET POSITITB DU SOlN DE t'ÉTAT POtm LA SÛRETÉ. — OÉVELOPPEUEMT DE L'ilïÉE DE LA StKETË.
Coup d'«il i4tro*psotîf lur te ooun de uila itude tout anlière. —
Enuméralion dei lacunes qui restent k comliler. — DéterminttïoD Je l'idée de 11 sûreté. — Béfloillon deJ droits (pi'or\ doit s'efforcer d« (inotir. -^ Droit! du citoyens prli individuellament. — Drolli de l'Eut. — Actee qui troublent la lûreté. — Division de U der< nitre puile de celte étude.
l'ai terminé les parties les plus importantes et les plut difficiles de ce travail. Gomme j'approche de la solution complète du problème proposé, il est néceslaire de jeter un coup d'œil rétrospectif snr tous les développements présentés. D'abord on a écarté le soin de l'ÉtAt de tous les objets qui ne toucbent pas h la lûret^, tant extérieure qu'intérieure, des citoyens ; ensuite on a présenté cette sftreté comme l'objet propre dt l'action de l'Ëlat ; enfin on a posé et justifié le principe que, pour l'obtenir et la conserver, Il n'est besoin it s'efforcer, ni d'agir sur les mœurs et le caractère de la nation même, ni de lui donner, ni de lui ravir une diredion déterminée. On pourrait donc, dans une certaine mesure, croire qu'il a été complètement répondu
1A0 DtTERHINATION PLUS NETTE ET POSITIVE à notre queslion de savoir quelles bornes l'État doit dODDer à son action ? En effet, cette action a été limitée au maintien de la sécurité. Quant aux moyens d'arriver à ce résultat, on n'a permis à l'État, d'une manière plus nette encore, de n'employer que ceui qui ne tendent ni à modeler la nation suivant les vues de l'Ëtat, ni surtout à l'amener h ces vues. Si cette définition est, pour ainsi dire, entièrement négative, ce qui reste encore après l'élimination se montre cependant assez clairement. Ainsi l'État se bornera à toucher aux actes qui empiètent immédiatement et directement sur le droit d'autrui, à décider le droit litigieux, à rétablir le droit violé et à punir le violateur. Mais l'idée de la sûreté, dont on s'est jusqu'ici boméà dire qu'on a entendu parler de la sûreté contre les ennemis extérieurs et relativement aux griefs des concitoyens les uns envers les aulres, celte idée est trop large et trop complexe pour ne pas exiger une exposition plus exacte. Autant, en effet, sont diverses les nuances qui séparent le conseil simplement persuasif de l'ordre impératif, et l'ordre impératif de la contrainte despotique, autant sont divers et nombreux les degrés de l'injustice et de l'illégitimité, depuis l'acte accompli dans les limites du droit rigoureux, mais pouvant nuire à autrui, jusqu'à l'acte qui, sans outre-passer davant^ ces limites, peut aisément troubler, ou Irouble toujours autrui dans la jouissance de sa propriété, et depuis cet acte jusqu'à la véritable usurpation de la propriété d'autrui, autant est diverse l'étendue de l'idée de sûreté, pui^u'on peut y comprendre tel ou tel degré de
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DU SOItf DE l'état pour LA SDSETÉ. lâl
contrainte, ou tel ou tel acte attaquant le droit de près ou de loiu. Mais cette étendue est d'une importance capitale ; si elle est exagérée, ou si elle est trop restreinte, alors, de quelques mots que l'on se serre, loales les limites sont confondues. Sans une détermilution exacte-de cette étendue, on ne saurait songer à poser justement ces bornes. Ensuite il faudra nécessairement exposer et examiner en détail les moyens doDl l'État doit ou ne doit pas se servir. Car, si le travail de l'État tendant à la réformation des mœurs ne paraît pas bon, ainsi qu'on l'a soutenu ; cela une fois admis, il reste encore au jeu de l'action de l'État un champ beaucoup trop indéterminé ; par exemple, ce n'est point par ces seules paroles qu'on aura éclairci les questions de savoir combien les lois restrictives dictées par l'État s'écartent de l'acte qui porte direclement atteinte au droit d'autrui, dans quelle mesure l'État doit empêcher les véritables infractions, en en coupant les sources, non dans le caractère des citoyens, nuis dans les occasions que fournissent les faits. Toutefois on peut sur ce point aller beaucoup trop loin, et en ceci l'exagération fait naître de grands inconvénients ; aussi est-il certain que de bons esprits ont désiré rendre l'État responsable en tout du bien-6tre des citoyens, précisément par préoccupation et en faveur de la liberté; c'est qu'ils ont pensé que ce point de vue plus général protégeraii l'activité non entravée des forces (1). Ces considérations m'obligent d'avouer que
(I) Cette Uléorie eil celle de la fraclion modérée de l'école Boeialiste ou auloritaire. (Voy, sur la manière dont le prnblrme se posa
=,Coo^lc
lAl DfiTEIMMATIOH PUIS METTE ET POSITIVE
jusqu'ici je a'ai signalé que les matièrei capiUleB, cdiei qui sont certainement en dehors des limitea de l'action de l'État, plutôt que je n'ai déterminé ces limites quand il y a place pour le doute ou la contestation. Voilk ne qui me reste à faireet quand même je devrais ne pu; réussir entièrement, je crois devoir essayer au moim défaire connaître, de la manière la plus nette et ta phu complète qu'il sera possible, les raisons de cet insucoèi. Mais dans tous les cas, j'espère pouvoir âtre bref, cir tous les principes dont j'aurai besoin pour remplir cette tftche, je les ai déjà examinés et établis dans ce qui pré* cède, autant du moins que mes forces m'ont permis de le faire.
Je dis que les citoyens jouissent de la tùreté àan» l'État, quand ils ne sont pas troublés par des usurpations étrangères dans l'exercice des droits qui leur appartiennent, que ces droits aient trait à leurs personnes ou h leurs propriétés. Par conséquent la sûreté, c'eit rasmranee de la liberté légitimû, si l'on peut parier ainsi sans être taxé d'un excès de concision et par snite d'obscurité. Cette sûreté ne sera donc pas troublée par toutes ces actions qui empêchent l'homme de faire agir ses facultés ou de jouir de son bien, mais seulement par celles qui l'en empêchent iUégitimement (1). Cette dé-
■ujaurd'hui, l'IntroduelioQ placée p«r la traducteur au eeinn«iM< menide ca volume.)
(1) Ce point de vue capilnl ett négligé dans la définition de 1* liberté formulja dans l'article IV de U Dielaration dti dnUt it l'homme ; n La liberlè consiste à pouvoir faire ce qui ne nuit pu 1 autrui, u Du reste raniiision n'est que daci les termei, elle u'aiiiltit point dam la pensée des rédacteurs : U preuve de seci le tram*
DU BOIN DE l'ËTAT POOR LA SflRETe. 1&3
finition, comme celle que j'ai donnée plus haut, n'a pas été choisie et formulée arbitrairement par moi. Biles découlent toutes deux directement des considérati(H)8 développées ci-dessus. Ce n'est qu'en donnant au mot MÙrtié cette signification qu'on peut arriver h l'expliquer. Car il n'y a que les véritables violations du droit gui appellent l'intervention d'une puissance autre que celle de l'individu. Seul, l'empêchement de ces violations profite réellement au vrai progrès humain, et tout autre travail de l'État met des obstacles sur sa route ; seul, il découle du principe infaillible de la bâ-oessité, car tout autre empêchement ne se fonde qn^ sur le principe incertain d'une utilité calculée d'après des vraisemblances trompeuses.
Ceux dont la sûreté doit être maintenue, ce sont d'an côté tous les citoyens, et cela avec une parfaite égalité ; d'un autre côté, c'est l'Ëtat lui-même. La sûreté de l'État a un objet d'une étendue plus vaste ou plus étroite suivant qu'on élargit ou qu''on resserre ses droits ; et par suite leur délimitation dépend de la manière dont on détermine 1« but de la sûreté. D'après ce que j'ai ditjusqu'ici, l'Étal ne devrait protéger la sûreté que ponr conserver le pouvoir qui lui est concédé et 1m biens qui lui appartiennent. Mais il ne pourrait pas,
dtnc U ComtitntiiHi du 3 lepttmbre 1701 qui leproduit née plui
d'euiciitude le mime principe : > comme la liberté ne coniùte
qo'à pouvoir Taire tout ce qui ne ouït ni auxilroid iTaulrui, ni i la (Artti publique, U lot peut établir de» peinai contre lei Ktes qui, attiquaol ou Id «ûrelé publique ou lee droUi d'aulrui, Beraienl nui- «blos à U ïociété. . [Voy. La tiberli civUe de M. BerlauM, chep. V, DroUê ntrinnU 4M MMdw.)
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làA UÉTEBUINATION PLVS NETTE ET KtSITIV^
duDS l'intérêt de la sûreté, enlraver les actions par lesquelles un citoyen lui soustrait sa personne et sa propriété, cela sans porter atteinte au droit propremeol dit, et en supposant par suite qu'il ne se trouve pas avec l'Ëlat dans un rapport personnel et temporaire, comme par exemple en temps de guerre. Car l'union de l'Étal n'est qu'un moyen subordonné auquel il ne faut pas sacrifier le véritable but qui est l'homme; aulremeot on en arriverait à cette contradiction que la foule aurait le droit de sacrifier l'individu, alors que celui-ci ne serait pas obligé de s'oO'rir en sacrifice. Enfin d'après les principes qui ont été exposés, l'État ne doit pas s'occuper du bien-être, du bonheur des citoyens; pooT la conservation de leur bonheur, rien ne peut être nécessaire de ce qui détruit la liberté, et par suite la sûreté.
La sûreté est troublée ou par des actions qui en ellefr mémes portent atteinte an droit d'autrui, ou par des actions dont les conséquences seulement sont inquiétantes. L'État doit s'efforcer d'empêcher ces deux espèces d'actes, mais avec des différences qui vont devenir l'objet de notre étude ; si ces actes sont une fois commis, il doit chercher à les rendre autant que possible non préjudiciables, en ordonnant la juste compensatioo du dommage causé, et k les rendre plus rares dans l'avenir, en les punissant. C'est de là que naissent les lois de police, les lois civiles et les lois criminelles, pour me servir de la terminologie en usage. Mais il se présente ici un autre objet, qui, à cause de sa nature propre, mérite d'être traité d'une manière tout à fait
DU SOIR DE L'£rAT POUR LA SUBKTÊ. lÙS
spéciale. 11 eiiste une classe de citoyens auxquels ne s'appliquent qu'avec de nombreuses modifications les principesci'dessusexposés, car ces principes supposent toujours rhomme dans la plénitude de ses facultés; je veux parler de ceux qui n'ont pas encore atteint la malarilé de l'Age, et de ceux que la démence ou l'imbéciltilé prive de l'usage de leurs facultés hum^nes. L'État doit prendre soin de leur sûreté; et leur situation, dès qa'tm peut la reconnaître, exige évideininent une atteotion spéciale. Il nous faudra donc étudier le rapport suivant lequel l'Ëtat a, comme on dit d'babitude, la tutelle supérieure de tous ceux qui n'ont pas de tuteur parmi les citoyens. Je crois avoir tracé la ligne de démarcation qui entoure ,lous les objets vers lesquels l'Ëtat doit tourner son attention. Quant à la sûreté contre les ennemis extérieurs, après ce qui a été dit, je crois inutile d'ajouter quoi que ce soit. Bien loin de vouloir pénétrer profondément dans toutes les matières vastes et compliquées ci-après nommées, je me contenterai pour chacune d'elles de développer aussi brièvement que possible les principes qui la dominent, en tant qu'ils se rattachent & notre étude. Gela fait, nous pourrons dire que nous aurons fini ce travail qui tend à résoudre entièrement la question proposée et à imposer, de tous les c6tés, à l'action de l'État les bornes qu'elle doit avoir.
DO SOIN DE L'ëTAT POUR L& SnSBTl, BBUTIVEMRNT A U DÉTEUUHATION DES ACTES DES CITOYENS QUI n'ORT TRAIT D'ONB HANIËRE IMM&DUTE ET DIRBCTB QU'iEI AtlBNia SUX-HCHES (I.OIS OB POtlGE).
De l'erptuiion; loii d« police- — Unul motif qui juilifl* toi l'H' lion reitricllTe de l'Etat est que les couséquencea de ces actei ptt-
.. \tD% Rlleinte aux droit* d'autnii. — Gareclère des contéqiRiH' , qui renferment une atteinte de cette nalur*. — Kxp]iHti*° ^ ceci par l'exemple d'actes qui causent du scandale. — Pr^Btiou que deit prendre l'Etal dam le cas ob 11 se produit de ces actM doul lei cgnséqueiice* pourraiint devenir dinferauaei pour In droits d'antrui. — Il faut beaucoup de jugement et d'intelligenH pour iearter le danger, — Quelle étroilesse doit avoir le lie" P' . rattacha cei oeoiâquencei 1 l'aela lui-mlma pour daaaer lia) i des dispositions reatrictivesT — Grand principe déduit de U iW
' prietde. — Evceplleni qu'il reçoit. — Àvanlages qu'auraîeol M cilojei» il bire librement, par dei eonventioa*, m que l'Etal cl obligé de Taire par des lois. — Examen ds U question de uw« ù
' l'Etat peut contraindre les citoyens à accomplir des actes positib'
, — Adoption de la nâgtllve parce que — celte oenlrtiole eti hoteuse ^~ et qu'elle n'est pas nécessiiie au nuintien ds U iii*\k-
'' — Ixceptions qui naissent de la nécessité. — Actes accomplis w la tnprMt commone, ou qui e'j ralUchent.
Il nous faut maiatenant suivre l'hoinme dans tous ies rapports si variés que reaferme la vie. Pour le bi» il sera bon de commencer par le plus simple de toiiS| c'est-à-dire par le cas où l'homme, tout en vivant uni
■.8.liMD.COOl^lC
DU LOIS DE >OtlCK. lIlT
«vec ses semblables, se maintient tout & làit en deçà des limites de son domaine propre, et n'entreprend rien sur ce qui concerne directement et immédiatement autrui. C'est de ce cas que s'occupent la plupart de ces lois qu'on appelle lois de police. Cette expression n'est pas bien déterminée. Sa signification la plus importante et la plus commune est que ces lois, sans se rapporter aux actes mêmes par lesquels alteinte est portée au droit d'autrul, ne parlent que des moyens de pré* venir oes atteintes; elles s'opposent soit à ces actes dont les conséquences mêmes peuvent Tacilement devenir un danger pour le droit d'autrui, soit à ceux qui conduiseut communément à des transgressions de la loi ; ou bien enfin elles peuvent déterminer ce qui est nécessaire à la conservation ou à l'exercice du pouvoir de l'État lui-même. 11 existe des prescriptions qui, bien qu'ailes aient pour but, non la sAreté mais le bien des citoyens, portent nécessairement le même nom ; je ne m'en occupe pas ici ; ce serait sans utilité pour mon plan. D'après les principes établis précédemment, dans ce rapport simple de l'homme, l'Ëlat ne doit empêcher rien autre chose que ce qui fait grief à ties propres droits ou aux droits des oitoyens. Et, au point de vue da l'Ëtât, il tàut en rapprocher ce qu'on a dit en général dn sens de cette expression. Donc, quand l'avantage ou le préjudice du propriétaire est seul en question, l'État ne doit jamais se permettre de restrictions à la liberté au moyen de lois probibilives. Pour justifier de sem^ blables resiriotions, il ne suffit même pas qu'un acte faiH simplement tort à autrui; il faut encore qu'il
restreîgae son droit. Ce second point exige quelques explications. La restriction d'un droit existe dans tous les cas où l'on dérobe à quelqu'un, sans ou contre sa volonté, une partie de sa propriété ou de sa liberté personnelle. Au contraire, quand une pareille usurpation ne se produit pas, quand lliomme n'empiète poiol sur le cercle dn droit d'un autre homme, quel que soit le dommage qui puisse en résulter pour ce dentier, il n'y a point restriction de ses droits. Il n'en existe pas davantaj^e, quand le préjudice ne se manifeste point avant que celui qui en souffre agisse de soncâté, relève l'action, si je puis m'exprimer ainsi, ou h moins n'en combatte pas l'effet comme il le pourrait. L'application de ceci est claire et va de soi. Je me borne h mentionner ici deux exemples dignes de remarque. D'après ces principes, il faut mettre entièrement de c6té ce que l'on dit spécialement des actes qui causent du scandale au point de vue de la reli^on et des mœurs. Celui qui fait des choses ou qui ealreprend des actions offensant la conscience et la moralité d'aulrui, peut bien, au point de vue absolu, faire mal ; mais tant qu'il ne se permet aucune attaque importune, il ne blesse aucun droit. Les autres n'ont qu'à s'éloigner de lui, ou, si les circonstances les en empêchent, ils auront à supporter l'inévitable incommodité d'une union avec des caractères différents do leur. Chacun doit toujours penser que les autres sont peut-élre choqués par la vue des traits qui lui sont propres; car la question de savoir de quel côté est le droit, n'est jamais importanl« que U où il existe réel-
DBS LOIS DE POUCB. 1^9
lement on droit qui permet de décider. Le cas bien plus déplorable ob le spectacle de telle ou telle action, où l'audition de tel ou tel raisonnement, égare Ja vertu, la raison ou le bon sens, ne permettrait même en aucune manière de restreindre la liberté. Celui qui a ainsi agi ou ainsi parlé, n'a en cela attaqué le droit de personne; les autres sont libres de combattre en eux-mêmes la mauvaise impression par la force de leur volonté ou par les motifs tirés de leur raison. Il résulte encore de ceci que, si grand que soit, d'ordinaire le mat provenant de ces causes, d'un autre côté, il se produit toujours un heureux effet : dans le second cas, la force du caractère, dans le premier, la tolérance, l'intelligence sont mises à l'épreuve et grandissent. Je. n'ai pas besoin de rappeler que je ne m'occupe ici de ces faits qu'au point de vue du trouble causé à la sûreté des ciloyens. Car j'ai déjà cherché précédemment (1) à exposer leur rapport avec la moralité de la nation et à montrer ce qui, à ce point de vue, est permis h l'État,
Toutefois il est beaucoup de choses dont l'appréciation exige des connaissances techniques qui ne sont pas le partage de tous, et par où ta sûreté pourrait être troublée. Quand uq homme exploitée son avantage l'ignorance d'autrui, soit avec intention, soit de bonne foi, alors les citoyens doivent avoir la liberté de demander pour ainsi dire conseil k l'État, Les médecins et tes jurisconsultes qui se mettent à la disposi-
(1) Cbapitre VIII.
UO OH UU» ftt NUOt
tion dei pkHiculien, me fourniasétit surtout DQCitin> pie, tant & cause de la fréquence du besoin qu'imi d'eus, que pour la difficulté de l'appréciatido de ha mérite, et que pour ia grandeur du danger qui te présente» Dbds cei cat-là, pour satisfaire au déalr de ta nation, il n'est pas seulement bon, il est uécessaireque l'État examine ceux qui se destinent à ces trBTSiu, pourvu qu'ils veuillent bien se soumettre à un examen. Si le résultat en est satisfaisant, qu'il donne il leur aptitude un signe dietinclif et fasse ainsi connaître aui citoyens qu'ils ne peuvent accorder en entier leur coofiance qu'à ccuîe qui, de Cette manière, en Oût éW trouvés dignes. Mais l'État ne devrait jamais aller plu loin ; il ne devrait jamais arrêter ceux ou qui ne se sont pas soumis k l'examen, ou qui y ont échoué ; il ne devrait jamais interdire, â eux, l'exercice de leur protission, k la nation, l'emploi de leur secours. Il ne devrsit appliquer de semblables prescriptions qu'A ces pnliques par lesquelles on agit, non pas sur l'être intârieDr, mais sur les actes extérieurs de l'bomme, ot), par suite, l'iiomme n'agit pas lui-même, où il n'a qu'à resterpalient et passif, pour se laisser conduire ainsi au résultat vrai ou faux. L'État devrait encore intervenir dans les cas où l'appréciation suppose des connaissances ayant un domaine distinct, qu'on ne peut acquérir par l'exercice de k raison ou par le jugement pratique, et dont la rareté fait qu'il est plus difficile de se renseigner. Si l'Étal agit contrairement à ce qui vient d'être dit, il coarl risque de rendre la nation indolente, paresseuse, toujours prête k se confier à la science et à la volonté
DU LOIS DE POUOU ISf
étrai^reB ; en effet, l'abseace de aeccun atiurAs «t détennioés noui pouue it développer notre expériSBCt et notre soieuoe propres; elle unit plus étroitement «t plus diverseinent les citoyens entre eux, quoiqu'ili soient plus indépendants les uns les autres da leurs fionieila réciproques. Si l'État ne reste pas Adèle au premier précepte, outre le mal qu'on tient de signaler, BurgiBEcnt tous les maux qu'on a dépeints au commencemeat de cet écrit (1). » Pour prendre ict on autre exemple frappant, je dirai qu'une pareille instilutioD ne devrait jamais exister en oe qui touche les théologiens. En effet, qu'est-ce que l'État examine» raiten eux? des dogmes déterminés?... Mais, on l'a démontré plus haut, ce n'est pas de cela que dépend Ift religion la mesure de leurs facultés inteUectueltes
(1) lantile de dire que lur ces deux points, notre léglstatioa s'eil meoUde pli» prévo<fiDlB que libérale. — Par un dfortt det S «t 11 leptembre 1790, l'ABBemblés coaitiluaiite abolit l'ordre dea av07 etU. Hais cEt Di^ra [Ut rétabli par la loi du 22 tentSie an xii, oryaniié par la déerat du 11 déoeuibre 1810, at fnodifli plui d'utte Fois depuis bous l'influeDce des événements politiques. Il Taut convenir que le régime de liberté absolue, qui donna naisunce aux iifénitttn offidmm, Itai tvi, aatitliiiiant dani sea résultats. — Kn w qui concerna la médecine, les Etats modarnes se sont montrés, et ■rec raison, plus sévères encore. Us sont allés en général jusqu'ï défendre l'exercice de la médecine & quiconque n'était pas muni d'un diplédi*. (Voyes les lettres patentes adressées par Gbarles YI au prdvét de Parla, le 31) août 13S0 ; l'arrêt du parlamant du 12 séfi temiffe 16SB ; le* didlrallens rojaleS des 3 mai 1691 et 19 julto iet 16116, l'édit du mois de mars 1707.) La décret du IS août 179S établit un élat de choseB où l'exercice de 11 médecins et de la cblrurgie était entièrement libre. La loi du 1 S venlAiean u rétablit le sjsiéme restrictif. (VojeadaasrEiposédai motifs, présenté par Four- «ro j, le 7 (ermiiMl an xi, les motib de fait al de droit qui ont amané la législateur t édîoter celte loi.)
iSt DBS LOia DE POUCE. |
CD général? Mais, chez le théologien, desUné k ei> poser des idées si iDtimement unies à la personnalité de ses auditeurs, il n'est presque qu'une seule chose en jeu, le rapport de son intelligence avec la leur, et ainsi l'appréciation devient impossible;... l'autorité et le caractère? Mais ce serait examiner tout simplement la situation et les antécédents de l'homme, et l'État est dans de bien mauvaises conditions pour se livrer k cette l'echercfae, — Ënân, même dans les cas que j'ai trouvés légitimes, on ne devrait, en général, promulguer une disposition restrictive que quand les vœu2 de la nation la réclameraient d'une manière non équivoque. Car en elle-même, entre des hommes libres formés pir la liberté, elle n'est nullement nécessaire (1), et pourrait toujours donner lien à beaucoup d'abus. Comme je n'ai pas ici à rechercher des applications particulières, mais seulement à déterminer des principes, je ne veux qu'indiquer brièvement le point de vue où je me place pour mentionner une telle institution. L'Étal ae doit en rien s'occuper du bien positif des citoyens ; par suite, il ne doit pas s'occuper de leur vie et de leur santé, à moins qu'elles ne soient mises en danger par les actions d'autrui (3); Il ne doit s'occuper que de la
(1) C'eal ainti que dans l'antiquité l'exereica de la mMedrw frott avoir àlé absolument libre : en Grâce il existait bieD du éaM», mail on ne tonnait au<;un règlement reatrietif de l'eierciu ée m1 art.» A Rome, dit Montesquieu, s'ingérail delà raédecinequi voubil.' BtprU des lois, liv. XXIX, ch. niy.
(2) C'est li une conséquence lo^que qui reste hardie mtnw i*k le correctif plein de bon sens qui l'accompagna ; elle ■ effTtji nw indiTiduslisles les plus audacieux et les mieux diqwBis i rétitàt k rdl* dp l'Etat. C'est ProuHhon qui a écrit les lignes suivantes, apr^
pureté. Une pareille surveillaDce ne pourrait rentrer dans le âomaioe de l'action de l'État, qu'en tant que la sûreté aurait k souffrir, car la Tourberie exploite l'ignorance. Mais dans une tromperie de ce genre, il faut toujours qu'on en ait positivement fait accroire à la dupe; ici la délicatesse des différentes nuances fait qu'il est presque impossible de formuler une règle générale. Ajoutons que la liberté, laissant à la fraude la possibilité de se montrer, inspire à l'homme plus de pnidence et de discernement; aussi, en théorie, et sans foire d'applications déterminées, je considère comme meilleur et plus conforme ans principes de n'étendre les lois probibitives qu'aux seuls cas où l'on a agi sans nu contre la volonté d'autrui. Le raisonnement qui précède servira toujoursàmontrercummenl, dans d'autres cas encore, si la nécessité l'exigeait, il faudrait se prononcer pour rester fidèle aux principes exposés (1). Jusqu'ici l'on a analysé les conséquences des faits
UM éloquente iat«elife contre les pirlemenUiret d'alors : « Pour nous qui concevons 8ou« un point de tue tout autre la mission du pouvoir ; nous qui vouluns que l'œuvre spéciale du gouvernement •oit précisément d'explorer l'avenir, de chercber le profrèH, de procurer à tous liberté, ëpilité, santë et Bicncaae, continuons avec courage notre leuTre de critique, bien eOrs quand nous aurons mis i nu la cause du mal de la société, le principe de se« fièvres, la cause de ses agitations, que la furce ne nous manquera pas pour appliquer le remède. • Pour un an-archisle c'est donner là au pouvoir xfx" un rAle un peu bien étendu. Décidément il ett dilUcile, même aux ciEurs les mieux intentionnés, d'allier ensemble le socialisme etla liberté. (Pour ta citation, vojei Contradiotioat économiguet, t. 1, chap. lY.)
(1) Comme les cas indiqués ici appartiennent moins au présent Cbapitre qu'au suivant, on pourrait croire qu'il» ont trait i des actes eonceriiant directement autrui. Hais je n'ai point parlé Ici du c*s où
lfi& DU LOIS bfi MliGS;
que Iflur nature loumet à la turve)llanic« de fÉUL Maintenant on se demande b'U faut empAcher tout acte dam lequel on pourrait prévoir d'aTnnce la posaibîlité d'une pareille conséquence, ou leulement ceui auxquels une sembable conséquence est nécessairement liée. Dans le premier cas, c'est la liberié; dans le second, û'esl la sbreté qui est mise en danger. On de?lne facilement qu'alors il faudra trouTCr un mojen terme. Hais je tiens pour impossible de le déterminer d'une manière précise et générale. Sans doute, si l'on avait h délibérer sur un cas de cette nature, on devrait se laisser guider par la considération du dommage, de sa vraisemblance plus ou moins manifeste, de la restriction qu'éprouverait la liberlé si une lui était promulguée (1). Mais, à vrai dire, rien de tout cela ne permet d'établir Une régie générale; tout calcul de probabilités est trompeur. Par suite, la théorie ne peut qu'indiquer les caractères qui appellent la réflexion sur un fait. Dans la pratique, il me semble qu'on devrait considérer seulement la situation spéciale, non la nature générale des cas, et n'introduire une restriction que quand l'expérience du passé et l'étude du présent la démontrent nécessaire. Le droit naturel appliquée la vie en ccmmun de plusieurs hommes trace nettement
un tnédecin traite un eerUin matade, où un juriMOniutle dirîf s ud pracèi dondé, nuls du cas au un homme fait da ces actes sa proresslaii habituelle et tes moyens d'cxi«tence. Je me suis demaadi U l'Etat devrait limiter ce fhoix, et Je penle qup ce choix, en tuinSine, ne se rapporte encore directemenl â personne,
(Note de l'auleuf.) (1} Voj«E BUT ce point laa oûOibreuM» «pplicatiom itudiéw ptr lohn Stuirl HUt. On Llbtriy, Chap. T.
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DES LOIS DB H>L1CB. \5i
Iàli(;ne frontière. Il réprouve to'uMH les actions parlesquelles un homme empiète, par sa faute, sut l6 dO' maine d'autrui, toutes celles, par conséquent, ob le dommage naît d'une véritable f nfrat^tion ; il défend eti* corfl cetlefl qui entraînent toujours un préjudice, oU qui doivent l'entraîner, suivant un degré de vnlsem' blance tel, que l'agent en a conscience et ne peut point n'eo pae tenir compte, sans que sa négligence lui aoit imputable. Toutes les fois que le dommage arrive à'aan autre manière, c'est un cas fortuit qui ne peut engager la responsabilité de l'agent. Une extension plus large ne se déduit que du contrat tacite de ceux qui vivent en commun, ou de quelque convention positive. Mais rester inactif pourrait k bon droit paraître dangereux, surtout quand on coniidôre l'importance du mal dtttlt il s'agit, et la possibilité, en la restreignant, de ne por* ter qu'une bien légère atteinte k la liberté des citoyens. Sur ce point, le droit de l'Éttt est incontestable, car il doit s'occuper de la sûreté, non pas seulement en tant qu'il force à la réparation des pr^udices causés, mais encore en tant qu'il les prévient et les arrête à l'avance. De plus, un tiers qui doit prononcer une sentence ne peut décider que sur des indices extérieurs. II n'est donc pas possible k l'Ëlat d'attendre pour voir si les citoyens manqueront de la prudence convenable en face d'actes dangereux; il ne doit pas davantage compter qu'ils prévoiront ta vraisemblance du dommage; 11 doit bien plut6t, quand les circonstances rendent «on intervention urgente, empêcher des actions innotenMs an allea-mémes.
Gela dit, od peut, je pense, poser le priocipe suivant:
Dana le soin qu'il prend de la sûreté des citoyens, l'État, parmi les actes qui ne se rapportent immédiatement qu'à leurs auteurs, ne doit limiter ou défendre que ceux dont les conséquences portent atteinte aux droits des autres hommes, attaquent leur liberté et leur propriété, sans ou contre leur volonté, ou bien encore les actes qui doivent vraisemblablement amener ce résultat; c'est là une vraisemblance dans l'appréciation de laquelle il faut tenir compte de la grandeur da mal à combattre, et de la gravité de la restriction que l'on imposera à la liberté par une loi prohibitive. Mais toute autre limitation à la liberté privée, ou plus étendue ou tirée d'autres points de vue, est en dehors des bornes de l'action de l'État.
D'après les considérations que j'ai développées, comme la sauvegarde du droit d'autrui est la seule raison qui puisse justifier de semblables restrictions, celles-ci doivent disparaître sitôt que cette base fait défaut; elles doivent disparaître dans un cas qui, précisément, est celui de presque toutes les ordonnances de police : le danger ne concerne que la commune, le village, la ville, et la commune, le village ou la ville demandent expressément et unanimement l'abrogation de la loi restrictive. L'État alors devrait s'effacer et se contenter de punir les actes nuisibles consommés, qui renfermeraient une violation coupable et intentionnelle des droits d'autrui. Empêcher la discorde entre les citoyens, c'est là le propre et véritable intérêt d« l'État;
la volonté individuelle ne doit jamais l'empêcher d'y donoer satisfaction, fût-ce même la volonté de ceux qui souffrent. Si l'on suppose des tiomnies éclairés, instruits de leurs véritables intérêts, intimement unis dans une pensée de bienfaisance réciproque, il se formera librement entre eux des conventions ayant pour but leur sûreté, des conventions portant, par exemple, que telle ou telle profession dangereuse, ou ne devra s'exercer qu'en certains lieux et dans certains moments, ou sera entièrement prohibée (1). Des conventions de cette nature sont bien préférables aux prèscriptlons de l'État. En effet, comme ceux qui les conlraclent sont précisément ceux qui ressentent davantage le préjudice causé et le besoin d'y parer, il est certain tout d'abord qu'elles ne se formeront jamais que lorsqu'elles seront vraiment nécessaires; étant librement conclues, elles seront mieux et plus strictement observées ; produits de l'activité sponlanée, elles nuiront moins au caractère de la nalîon, même quand elles restreindront davantage la liberté (2); au contraire, comme elles ne naîtront qu'à un certain niveau d'intelligence et de volonté bienfaisante, elles contribueront à augmenter l'une et l'autre. Le véritable effort de l'État doit donc tendre à conduire par la libcrlé les hommes à former plus facilement des asso-
it) Hitière entièrement tétanie ebei nom à la di'ciiion de l'EUt, (Vgj. décret du Ib Mtlobre 1310.)
(ï) Prenons garde de tomber dan* le deipotiime municipal, local, ^uin, meiquin, pasalonné, d'autant plua intolérable qu'il l'exerce
fcpri..
i5| ou LOIS DE POIIQI.
«iatioDi dont l'action puisse, dans ces cal-là et daoi mille autres semblables, remplacer celle de l'État (1). Je n'ai meationné ici aucune de ces lois, comme nous en avons tant, qui font -aux citoyens un devoir positif de sacriâer telle ou telle cbose, de faire ceci ou cela, soit pour l'État, soit pour leurs concitoyens. Mais, abstraction faite de l'emploi des forces que chaque homme doit à l'État quand il en est requis, — et j'aurai par la suite l'occasion de revenir sur ce point, — je considère comme mauvais que l'État contraigne un citoyen de faire quoi que ce soit contre sa volonté, pour le bien d'un autre, alon même qu'il pourrait en fitre entièrement dédommagé (2). En effet, la variété infioie des penchants et des caprices humains attribue à chaque chose et à chaque acte une utilité infiniment variable. Cette utilité peut paraître h des degrés divers, ou désirable, ou importante, ou indispensable. Aussi la solution de la question de savoir quand le bien de l'un doit £tre sacrifié au bien de l'autre est-elle d'une difficulté terrible; si l'on n'en était pas effrayé, on ne pourrait s'empêcher de recon-
(1) Un des exemples tes plus frappanti de ces associattans privéei, Bjanl pour bul d» prévenir le« jnlTactiont sociales, en infime tempt qaelai lïutei moralei.nouiut ofTerlpar c«* Sociélés àe («mpéranat, >i répandues en Angleterre.
' (3) Ce principe ei( Torniellement coniredil par l'irticle 6ï9 du Code Napoléon, aux termes du(|uel « les aeniludes établies par la loi ont pour objet VntilUé publique un communale, ou l'ulililrfdes partieuliera >, et par la loi du 3 mai ISdt lur l'Mpropritttan pour cause d'ufJfii^ publique. La constiiution du 3 septembre 17B1 avait ditcependant : • La constilutien garantit l'IndoUbllilé des propriélis, ou Il juile et préalable indemniié de oellei dont la nécMtUi publique, légaltment constatée, eiigerail la sacriltce. »
ou LOIS Dl POLIO. 159
aallre qu'elle entraîne toujoun à ta suite beaucoup de dureté et une usurpation sur la Bensibilitô et la personnalité d'autrui. Cette raieon fait que, la valeur donnée à l'un devant dtre identique aveo celle dont il a été privé, le dédommagement est souvent impossible, «t De peut presque jamaîi 6tre déterminé d'une ma* nière générale (1). A cet inconvénients des meilleures loia de Cette nature, se joint l'abus qu'an en peut bien Aisément faire. D'un autre côté, la sûreté — qui seule a le droit de tracer ii l'État les limites en deçii desquelles il doit retenir ton action — ne rend pas cet prescriptions nécessaires en général ; oar tous les cas où ellei le deviennent sont nécessairement des exceptions (2). Ajoutons que plus les bommes deviennent bienveillants lei uns pour les autres, plus ils sont prêts it se lecourfr mutuellement, moins leur amour-propre et leur sentiment d'indépendance se sontira blessé par le véritable droit de contrainte d'autrui; et* quand
(i) Ce qui hit qu'dn droit olvil lei lervitadt* téftIH élâblict Dioyennint indamnlIA, «ont illégitimement ImpMiti bon le*, oal M nteeUlté, tell que l'enoli*« (Coda Napolâon, art. SBS).
(S) Gett* dernitre nbjeclioa eonire le droit de oontriinla poiliiTt ds l'Kitt diiparatt il l'on admet la dlatinction iniradulie ici par M. Bertauld [LHuni VivUn, p. aoi). Suivant lut, pour rtsaudre ta qMaUoQ di uioit tl l'individu peut Stre aslraint par la *o«l«ti à ttin le blBn d'auiral, Il (sut diatingutr snira l'inMrAl IndlTlduel et l'InUrdt UClll. ■ L'Inlértt Indliiduel, en tant qu'inlArât individual, n'a lucun titre au atcrifloe d'un autre intérêt Indivtdual. Et aa litre,
b fioelèté ne Munil une uiurpailnn le attt Mais l'Etat peut
Uirelndrs l'Individu nan-aenletaent è de« abitanliona, msii t dea Mrtieat actlK ku proHI de Vmérét collectif. » J'admela dette diailno* Heu pleine de Juateaae, miia je loullgne eei deux demlera mata ptfct qu'ila Uiteent aubalatar une partie de la dimeu1t«.
Qu'enlendea-vou», diraia-joà H, Venwild, par VMtnt coUtoUfiê
même le caprice ou la bizarrerie tout à fait déraisonnable d'uD homme empftcherait une bonne entreprise, ce phénomène ne serait pas de ceux oii la puissance de l'État doit s'interposer. Dans l'ordre physique, cette puissance enlève-t-elle donc toutes les pierres que te voyageur trouve sur son chemin? Les obstacles réveillent l'énei^ie et excitent l'inlelligence ; seuls, ceuiqui viennent de l'injustice des hommes apportent l'entrave sans apporter l'utilité; mais ceux que soulève la biiai^ rerîe ne doivent pas être rangés parmi ceux-là; elle peut être vaincue dans un cas particulier par la loi, mais elle ne peut élre convertie que par la liberté. Ces principes résumés brièvement ici me paraissent assez forts pour oe plier que devant la loi d'airain de la nécessité. L'État doit donc se contenter de prot^ les droits qu'ont les hommes, en dehors de toute convention positive, de sacrifiera leur propre conservation la liberté ou la propriété d'autrui.
l'Elair E*t-ce aa idreté I et je croi» que c'est bieo ta l'id«e de l'auteur. Alon point de doute, les impAls, la conscrq>tiaa, rintcripliiw maritime que vous citez comme exemples sont choses partsiteDua' légitimes, parce qu'elles sont les moyens de procurer la s^Arelé Mrieure et txtériture. Hais si par ces mots Mérét coUeetif, voua «olendei le bien positif à« U société entière, les motilï et les exemple invoqué* ne «uniraient point pour légitimer la conlraiute exercée pu l'Ëlat sur l'individu. L'opposition lumineuee que Humboldt élilihl entre le bien positif et la sûreté est d'une très-grande utilité pnor l'examen de celle question de principe et pour l'élude ds toutea les questions de résullance qui en découlent, pour celle-ci par exemple : L'État a-t-il le droit, pour le plus grand bien positif d\x commerct national en fénéral, d'empêcher un individud'importer ou d'exporter des marchandises, alors que la sûreté ne serait en rien menacée pu ces opérations! 11 est Tacile de voir que la néfalive est imposée pu 1m prémisses contenues au commencement de ce livre.
DES LOIS DE POUCE. Iftl
EnflD, une quantité considérable de lois de police naissent de ces actions que l'on entreprend en restant dans les limites du droit, mais du droit public, non du droit individuel. Là, les restrictions à la liberté sont bien motos dangereuses, car dans la propriété commune chaque copropriétairea un droit à réclamer. Ces propriétés communes sont, par exemple, les routes, les fleuves, soumis à la possession de plusieurs ; les places, les rues des villes, etc.
DU SOIN DE l'état POUR LA SUBETt AU HOTSN M U DÉTERMINATION DES ACTES INDIVIDUELS QUI TOCCHBNT AUTRUI d'une HANIÈKE IMUËDIATE ET DIRECTE (LOIS
civiles).
Actai qui blesaent lei droiU d'autruL — Devoir de l'Étal — d'aider rolTenaé k obtenir réparation, — et de protéger l'offenseur coDtre la vengeance de celui-ci. — Acte» gjnallagmatiques. — Déclarations de volonlé. — Double devoir de l'Ëlat lur ce point '. — il doit preoiièrenenl maintenir celles qui Eont valables ; — en kcond lieu il doit refuser la protection des lois à celles qui mal antijuridique a et laim que les hommes ne se lient point par des engagements trop lourds, quoique valables en soi. — ElticacilJ des déclarations de volonté. — De la résolution des contrats <ilalilement formés, comme conséquence du second des devoirs de l'État mentionnés plus haut, — seulement des contrats qui vpt trait i le personne des contractants ; — modillcations djvcrseï suivant la nature propre des contrats. — Dispositions i cause de mort. — Leur eCltcacité d'après les principes généraux du droit. — Leurs inconvénients. ^- Dangers des hérédités purement ab inteuat, et avantages des dispositions privées. — Moyen tendant à conserver ces avanta^s tout en éloignant ces inconvénients. — De l'hérédité ab inleslat. — Détermination de U réserve. — Dans quelle mesure les obligations actives et passives résultant ds contrais entre-vifs doivent-elles passer aux héritiers î — En tant seulement que le patrimoine laissé a été modifié par elles. — Précautions que doit prendre l'État pour empêcher les rapports qui portent atteinte A la liberté. — Des personnes morales. — Leurs inconvénients. — Causesdeces inconvénients. — Ils disparaissent
m UHB omii». los
qUniI tel ptrMDD*! monlH »oat eOiuldlfiM cotcaie U réuahw de» membrai qui \et eampotenl Mtueltemant. — Grand* priscipea tirés de ce chapitra.
Les actea qui se rapportent d'une manière directe et immédiate à autrui sont plus compliquéi, mail l'étude en est moins difficile que celle des faits qu'<m a examinés plus haut. En effet, lorsqu'ils violent an droit, l'État doit naturellement les empêcher, et forcer leurs auteurs k réparer le dommage causé. Hais, on l'a dit et prouvé (1), ils violent le droit seulement quand ils dérobent h autrui quelque chose de sa liberté ou de son bien , sans ou contre sa volonté. Si un homme a étâ lésé par un autre, il a droit à réparation; mais, dans l'état social, comm« il a transféré au pouvoir sa vengeance privée, son droit ne \& pas plus loin. L'offenseur est donc obligé, envers l'offensé, seulement à restituer ce qu'il a pris ; ou. quand cela n'est pas pos* Bible, à le dédommager. Il doit y oonsacrftr ses biens et ses loroes, en tant que l'emploi qu'il en fait peut le mettre h même d'acquérir. La privation de la liberté, par exemple, qui existe chez nous contre le débiteur insolvable, ne peut être appliquée que comme un moyen subordonné, sous peine d'exposer le créancier àperdre, avec la personne de l'obligé, ses acquisitions futures. A la vérité, l'État ne doit refuser k l'offensé aucun moyen pour arriver à se faire dédommager; mais il doit encore empêcher que des sentiments de veogeance contre l'offenseur ne se couvrent de ce
(l)ChapitreX, p. 156.
lfi& ras LOIS cirms.
prétexte. Il le doit d'autant plos que daas l'état eitra* social, la vindicte elle-même arrêterait l'offeosê qui voudrait dépasser les bornes du droit. Dans l'état social, au contraire, la force invincible da pouvoir l'atteint ; il le doit d'autaot plus encore que des dispo? sitions générales, toujours nécessaires quand un tiers doit décider, favorisent sans cesse de pareils prétextes. La garantie par l'emprisonnement de la personne des débiteurs, par exemple, pourrait bien exiger plus d'exceptions que n'en établissent sur ce point la plupart des lois (1).
Les actions entreprises en vertu d'une volonté réciproque sont entièrement semblables à celles qu'an bomme accomplit pour lui-même, sans aucun rapport immédiat avec autrui. Quant à ces actions, je pourrais donc me borner à rappeler ici ce que j'en ai dit plus haut. Toutefois, il en est parmi elles une classe qu'il fout déterminer rigoureusement : ce sont celles qui ne s'accomplissent pas en une seule fois, mais qui se prolongent dans l'avenir. A cette catégorie appartiennent les déclarations de volonté d'où découlent des deroirs parfaits pour ceux qui les ont énoncées, qu'elles soient unilatérales ou synallagmatiques. Elles transfèrent une
(1) CeU« courte critique de la contrainte par corpi et de* toÎm d'eiécutioD Mrait probablement plus radicale lî l'auteuT eût ieril ik Doa jour*. Set idéee, ai l'on eût tduIu en tirer parli pour la riraroe de notre lègitlalion, n'auraient pai pu noua conduire bien laiu ; tout au plus pourrail-on les invsquer pour demander t'adjonclion de qndquel noUTeanx cas d'insaiiiitabiUlé A ceux énuméréa par l'art. 391 du Code de procédure civUe. De nu jours, en France, l'opinion pu* bliqae demandait daviuitage, et il y a lieu d'applaudir â la Miitbction qu'elle vient de recevoir.
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portion de la propriété appartenant à un homme sur la télé d'un autre hommes et la sûreté est détruite si le cédant, par l'inaccomplissement de sa promesse, cherche à reprendre la chose cédée. Sanctionner les déclarations de Tolooté, c'est donc là un des plus graves devoirs de l'État Toutefois, la contrainte qui maintient toute déclaration de volonté n'est juste et salutaire que dans deux cas : d'abord quand elle tombe sur celui-là seul qui l'a exprimée; ensuite quand celui-ci l'a adoptée librement, avec une capacité de réflexion suffisante, considérée tant en général qu'au moment précis où la volonté a été formulée. Partout où ces conditions n'existent point, la contrainte est ansai injuste que pernicieuse. Ajoutons que la prévoyance de l'avenir n'est que très-imparfaitement possible; et, d'un autre cAlé, il est beaucoup d'obligations qui enchaînent la liberté jusqu'à devenir un obstacle au développement de l'homme. Nous rencontrons ainsi le second devoir de l'État qui est de ■ refuser l'appui des lois aux déclarations de volonté anlijuridiques, et de n'avoir recours qu'à des mesures compatibles avec la sùrelé de la propriété, afin d'empêcher que l'irréflexion d'un moment n'engage l'homme dans des liens qui entraveraient ou étoufferaient son développement. On trouvera dans les théories juridiques l'exposition suffisante des éléments essentiels à la validité d'un contrat ou d'une déclaration de volonté. Au point de vue de l'objet sur lequel elles portent, je dois encore rappeler que l'État, d'après les principes ci-dessus développés, devant s'occuper
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IM ut LOIS fllVlLKl;
•zoluslvemenl du mainlien de la Bârel4, ne peut prohiber que les seuls objets qni conlrarieQt les idées générales an droit, ob dont la prohibition est justiliés par le aoin pour la lùreté. Bur oe points voici les seuls «as qui se présentent bien nettement : 1° quand le promettant ne peut donner aucane garantie sao» s'abaisser lui-même jusqu'à devenir UD moyen aux projets d'un autre, comme serait un contrat abooti»sant h l'esolavage; 3* quand la nature de la chose promise est telle que sa prestation échappe à. la force du promettant, comme par eiemple en matière de sentiment et de foi; S° quand la promesse en aoi ou par ses conséquences est, ou tout à fait contraire, ou dangereuse aux droits d'autrui. A ces cas, en effet, S'appliquent tous les principes développés plus bjiut à l'occasion des actes des hommes considérés isolémenti Mais il esiste une différence entre ces trois exemples : dans le premier et le second cas, l'État doit seulement - refuser la sanction des loîsj du reste, il ne doit empêcher ni les déclarations de volonté de cette nature, ni leur exécution, en tant que oelle-oi se produit du commun consentement des parties; dans le dernier cas, au contraire, il peut et doit interdire la simple déclaration de volonté ellO'mâme.
Msii supposons que la légitimité d'un contrat oU d'une déclaration de volonté soit inoonleetable; aflil de relflcber le lien dont sa libre volonté charge i'bomme vis-i-via d'autrui, l'Etat pourra cependant, en rendant moins difficile la dissolution du lien formé pat le contrat, empéoher que la convention conclus
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ou Um CITILU. tM
pour un certain temps n'enchaîne la libre volonté pendant une trop grande partie de la vie. Qnand un contrat ne porte que but la tranilation dea choses, sans autre rapport perRonnsl, je pense qu'une telle disposition n'est pas opportune. Il arrive rarement, en effet, que les choses aient une nature telle qu'elles influent d'une manière durable sur la situation des contractants; la réglementation prohibilive sur ce point attaque d'une ht<ion IrèE-Acheuse la s&reté des affaires. EoQn, h beaucoup de pointa de vue, surtout pour développer le jugement et pour favoriser la fermeté du caractère, il est bon que la parole, une fois donnée. De irrévocablement. On ne doit donc jamais reiftoher ce lien, en l'absence d'une absolue nécessité. Or, cette nécessité ne se produit point dans la translation des choses, qui peut bien gêner telle ou telle manifestation de l'aotlvité humaine, mais ne peut affaiblir que bien peu l'énergie. An contraire, dans les contrats qui Imposent des prestations personnelles, ou produisent des rapporta purement personnels, il en est tout autrement; le lien alors est préjudiciable aux plus nobles facultés de l'homme ; et, comme le succès des entreprises mêmes qui en découlent ne dépend que plus ou moins de la persistance de la volonté des parties, une restriction de ce genre est moins dommageable en pareille matière. Ainsi lorsque le contrat fait naître un rapport personnel qui non-seulement impose des actes isolés, mais encore porte sur la personne et la vie entière, dans le sens le plus strict du mot; quand ce que l'on promet; ou ce h quoi l'on Tenonce se rattache étroite-
iW DES LOISCLTILES.
ment aux sentiments intimes, ta dissolution dmt en être permise en tout temps, et sans qu'il soit besoin d'en donner de motifs. 11 en est ainsi pour le mariage (1). Sans doute si le rapport était moins étroit, bien que la liberté personnelle fût très-fort diminua l'Etat den-ait, suivant moi, Bxer un délai dont la durée se déterminerait, d'un c6té, suivant l'importance de la restriction, d'un autre c6té suivant la nature de l'atfeire; pendant ce délai, aucune des dens parties ne pourrait seule rompre le contrat; mais après qu'il serait expiré, le contrat, s'il n'était renouvelé, ne pourrait entraîner aucune sanction, quand même les parties, eu contractant, auraient renoncé à invoquer celte loi (2). En effet, si l'on venait à penser qu'une pareille disposition n'est qu'un pur bienfait de la loi, et que, pas plus que n'importe quel autre bienfait, on ne doit l'imposer à personne; il faudrait se rappeler qu'on n'enlëveia h qui que ce soit la faculté de s'engager dans des rapports devant durer autant que Is vie; seulement on retirera à l'une des parties le droit d'y contraindre l'autre quand celte contrainte serait
(1) Rapprocher csel de ce qui eit dll eu chapitre lit, p. 35 et 36, lur le mariage. — Comme Va Tort bien dit John Stuarl Hill (la £tberlé, cb. V, p. 281 de la traduslioo) : < Si la concision et la gtainlité de II disaertation de Ham^ldt ne l'avaieal pas obligé sur ce auj*! i ae cDolenter d'énoncer sa coacliuîon sans discuter lea prémiiMt, il aurait reconnu sans aucun doute que la question ne peut pal tira déeidde d'après de* raisons aussi simples que celles qu'il se borna i donner. ■ Lire l'eicelleate réfutation qui suit ces aett, et les cbapi- Irei 111 et VllI de U libtrlé civile de M. BerUuld.
(2) Applications de ce principe. Code Napolôoa, art. 686; SIS; 17SD ; 1S44 et 186B ; 630, 1911.
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un obslacle à l'accomplissement de destinées supérieures. Mais c'est si peu un pur bienfait que les exemples présentés, surtout celui du mariage (quand le rapport qu'il crée n'est plus accompagné de la libre volonté], différent seulement du plus au moins des cas où un homme se réduit lui-même, .et mieux encore des cas où un homme est contraint par autrui à n'être qu'un moyen pour la satisfaction des vues d'un autre homme. Le droit de fixer la ligne de démarcation entre la sanction qui découle légitimement, et celle qui découle illégitimement du contrat, ne peut être contesté à l'État, c'est-à-dire à la volonté générale de la société (t) ; car la question de savoir si le lien né d'un contrat de la part de celui qui a aliéné sa libre volonté, le réduit à n'être qu'un moyen aux mains d'autrui, ne peut être décidée avec une exactitude rigoureuse, que si l'on considère séparément chaque cas spécial. Enfin on ne peut pas dire que c'est imposer uii bienfait que de conserver à chacun dans l'avenir le droit d'y renoncer.
Les principes élémentaires du droit enseignent, et on a déjà dit expressément que personne ne peut valablement faire porter son contrat sur la chose d'autrui. L'homme ne peut en général déclarer sa volonté que sur ce qui constitue sa propriété, sei actes, «(possession. Il est encore certain que la part la plus importante du soin de l'État pour la sûreté des citoyens, en tant que
(l)Ces deux mots supposent admis lepriacipe démocraliitae de la souTerainetâ du peuple, pour lequel Humboldt, au début de cet ouvrage, exprime une iDdiASrence plut diplomalique que logique.
CaRttlEH. 10
ITO i»l LOIS eiviui.
les eontrab ou les déolaralions de volonté ont sur elle de l'influence, consiste à veiller sur l'observation de ce principe. Cependant il existe plusieurs classes d'actes, pour lesquels on oublie entièrement de l'appU» quer. Il en est ainsi dans toutes les dispositions, k cause de mort, de quelque manière qu'elles se produisent, soit direclemeut ou indirectement, soit sen> lement à l'occasion d'un contrat, soit dans un conlrsl, ■oit dans un testament, ou dans tout autre acte de quelque nature qu'il soiL Un droit ne peut jamais se rattacher directement qu'A la personne ; dans son rapport avec les obosaÉ, on ne peut le concevoir qu'autant que oes choses se relient à la personne au moyen des actions. Lorsque la personpe cesse d'exister, ce droit s'éteint du mftme coup. A la vérité, Tbomme doit pou< voir pendant sa vie foire ce qu'il entend des choses qui lui appartiennent, les aliéner en tout ou en parlio, •n aliéner lasubsUnoe, la jouissanoeoula possession; il doit encore pouvoir limiter à son gré pour l'avenir, ses actions, la faculté de disposer de ces biens; mais Il n'a nullement le droit de décider d'une manière obligatoire pour autrui, comment on devra après u mort disposer de son bien, ou comment le possesseur futur devra agir ou ne pas agir. On a développé asiei d'argumeols en sens divers, k propos de la ftmeuse question de la validité des testaments, suivant le droit naturel ; en général, le point de vue Juridique n'a lei qu'une importance secondaire, car on ne peut contester h h société entière le droit d'accorder expressément aux déclarations de dernière voltmté la validité
ma LOIS ciTiLBi. '471
qni l«ur manque. Mais kt ou 1« considère avec Tertension que leur donnent la plupart de nos législations (1), qui, en cela, ûût suivi le système de notre droit commun où la subtilité des Jurisconsultes romains s'unit k l'ambition féodale, destructive de toute société, on voit que les dispositions de dernière volonté entravent la liberté nécessaire au développement de l'homme, et combattent tous les principes exposés dans ce chapitre. C'eî<t surtout au moyen de ces dispo- Plions qu'une (génération prescrit des lois 11 une autre génération. C'est par là que des abus et des préjugés, dont les causes disparaîtraient aisément, renaissent, subsistent inévitablement et le transmettent de siècles en siècles ; c'est par là enfin qu'au lieu de donner aux choses leur forme, les hommes sont soumis au joug des choses (3). Ce sont encore ces actes qui détournent le plus les vues de l'homme de son énergie et de son progrès, et les dirigent du côté de la possession des objets oxtérienrs, des biens, qui seuls en effet, peuvent môme après la mort, BBSurer à la volonté du mourant -une obéissance Ibrcée. Enfin la liberté des dispositions
(1 ) tnulile de hire obierver que Mci l'applique un[quAinent k la l^tUUon qui fâgiMail rAUami|aa au aotùmt où Biunboldt «erivait
(2) Ce marceau contient une excellente jul^flcalion des laïa qui preliitnal le* lubitituliona DdiieemmiNiina. La phUaiaphle, la droit, l'âcanomie poUlique, par leurs reprisenlante le« plui autorisâB, lonl aujourd'hui d'accord sur ce point, Voy. M. Bertauld, Philosophie polUIqu» d« i'hiitolre d« France, p. 1B9 et auiv. ; La l*«rW doite p. 222 ; QUMlions praliquei tt doctrinalti lur It Coi» NapoUoit, p. 300 et auiï. ; H. Demolombe, TraUé Ses doniUtoni entre-vifa il d«