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ont fourni un rouleau de cinquante doigts de longueur , et dont chaque feuille, longue de dix doigts, renferme quatre colonnes ; total des colonnes des volumes , vingt. Mais prenons du papier plus large , le papier Auguste, par exemple, qui est de treize doigts. Chaque bande du volume (fig. 3 et 4) aura treize doigts de longueur et six colonnes, et le volume entier sera long de soixante-cinq doigts et renfermera trente çolonnes!. Ainsi, en arrachant une bande dans une des feuilles du volume n° 2, on endommageroit quatre colonnes ; en l’arrachant dans une des feuilles du volume n° 4, qui est fait avec du papier plus large, on en gâteroit six. Nous supposons qu’on arrache la bande dans le sens de la longueur de la feuille , mais cette longueur étoit la largeur lorsque la feuille faisoit encore partie du rouleau de papier blanc.
La hauteur du volume, qui est de quatre doigts dans les deux modèles que nous avons fait représenter, poüvoit évidemment varier depuis un pouce jusqu’à trois ou quatre pieds, on n’avoit qu’à tailler les bandes en conséquence. Mais le format ordinaire des manuscrits anciens étoit généralement de moyenne grandeur. Parmi les nombreux manuscrits d’Hercuîanum, les greçs ont de six à neuf pouces de hauteur, les latins sont un peu plus grands, ils varient entre neuf pouces et un pied (i).
Dans les volumes comme dans les rouleaux de papier blanc, la première feuille se nommoit KrpcdToKchXcv. Sur cette feuille, et au milieu de la première colonne, dont le reste demeuroit en blanc, étoit écrit le titre du livre , zGriypouçb , tilulus , index , qui indiquoit le nom de l’auteur, le sujet de l’ouvrage et le numéro du livre ou division de l’ouvrage que renfermoit le volume. Sidoine Apollinaire appelle un ouvrage anonyme charta sine indice (2). Qu’as-tu besoin d’un titre ? dit Martial à son livre; qu’on lise deux ou trois vers et l’on reconnaîtra facilement l’auteur :
Quid titulum poscis ? versus duo tresve leganturl Clamabunt omnes te, liber, , esse meum (3).
Le même écrivain envoie son deuxième livre d’épigrammes à Régulus et s’excuse de ne pouvoir lui adresser le premier. Au reste,
(1) Jorio, Oj}\ de Papiri , p. 36, not. a.
(2) Epist., I, vers 11.
(3) Épigr. XII, 111, 17.
dit-il, si du livre II tu veux faire le livre I, la chose est facile ; efface un I dans le titre.
Tu tamen hune fieri si mavis, Régulé, primum ,
Unum de tilulo tollere iota potes (i).
Enfin Pline le jeune, envoyant un livre à Scaurus, sans lui en indiquer la matière, lui dit que le titre la lui apprendra, materiam ex titulo cognosces (2). Voici la teneur et la disposition du titre d’un des manuscrits d’Herculanum publié dans le 2e volume des papyrus, et dont l’original est au Musée britannique :
EniKOYROY riEPI t&YCEfiG B.
c’est-à-dire Traité d’Epicure sur la nature, livre II. Quelquefois les livres d’un même ouvrage portoient chacun un nom particulier. Chacun des livres de l’histoire d’Hérodote est désigné par le nom d’une muse, des deux derniers livres de Martial : l’un est intitulé Xenia , l’autre Apophoreta .
Dans le manuscrit d'Êpicure que nous venons de citer , et dans tous les manuscrits grecs d’Herculanum , le titre est répété , à la fin de l’ouvrage , sur la dernière feuille du rouleau qu’011 notnmoit \(nL&TQKQKXov , la dernière collée. Nous avons vu que, du temps de saint Jérôme, on marquait la fin du livre par les mots explicit ou féliciter. Les Hébreux se servoient , dans le même but , des mots amen , sala ou salem (3). Philoxène, ce philosophe de Syracuse qui paya si cher l’indépendance de sa critique, Philoxène, ayant à corriger une tragédie de Denys le Tyran , l’effaça , dit Plutarque (4), cWo rbç cep'/}? KopcoviS'oç depuis le commencement jusqu’à
la fin. Le mot grec coronis signifiait proprement le çomble d’un édifice ; de là l’expression (5) proverbiale KoçœviS'ei ê'vriTiôévcu , poser le comble , pour dire finir quelque chose , principalement un livre. Le mot passa dans la langue latine , ou du moins fut employa par des auteurs latins. Martial fait dire à son livre : si
(O Épig. II, 0 3.
(2) Épître V, XIII, 1.
(3) S. Jérôme, epist. ad. Marcellum .
(4) De Fortun. Alexandri, or. II, tom. VII, p. 320, ad Reiske.
(5) Voy. Suidas.
je vous parois trop long, si ma fin se fait trop attendre, ne lisez que quelques pages , et je deviendrai un libelle.
Si nimius videor, et sera coronide longus Esse liber ; ïegilo pauca, libellas ero (i).
Ce mot n’étoit peut-être, dans le principe, qu’une expression métaphorique ; plus tard on lui donna une acception propre , en plaçant à la fin des livres un signe dans la forme d’un 7 ou d’un Y renversé , signe qui figuroit grossièrement le comble KopmiS'ot d’un bâtiment (2). Peut-être le nom de coronis s’appliquoit-il aussi à ces notes tyroniennes qu’on a trouvées à la fin de quelques manuscrits grecs d’Herculanum , et dont M. le chanoine Andr. de Jorio a publié un facsimilé (3).
Ausone a placé le distique suivant en tête de sa notice sur les professeurs bordelais (4) :
Quos legis a prima deductos nienide libros
Doctores Patriæ scito fuisse meæ.
Ce mot menis désigne bien évidemment le commencement du livre ; mais quelles sont sa signification propre et son origine? On a hasardé, à ce sujet, bien des conjectures. Turnèbe entend par menis un signe ou un ornement mis en tête du volume, analogue à l’autre signe placé à la fin , et qu’on nommoit coronis. Il ajoute que ce signe étoit peut-être en forme de lune , parce qu’en effet le mot grec p.nvn a cette signification. Nous croyons qu’il faut entendre simplement par ce mot la première feuille du livre , feuille à laquelle étoit souvent collée , comme nous le dirons plus bas , une pètite baguette portant à chaque bout des ornements en forme de croissant , qu’on nommoit ordinairement cornua. Il y avoit une autre baguette de même genre à la fin du rouleau , c’est pour cela qu’ Ausone a dit a prima menide , pour indiquer celle du commencement du volume. Ce qui sembleroit prouver, du reste , que le menis n’étoit pas simplement un signe du copiste , c’est qu’Isidore de Séville n’en fait aucune mention dans son vingtième chapitre du premier livre des Origines , où il énumère tous les signes qui
CO Epigr. X, I.
(2) Voy. Isid. de Seville. Orig. I, 20.
(3) Offîcina de P apiri. Tavol., II, f.
(4) Carm., 2i5.
étoient en usage dans les volumes , tandis que le coronis y est ex~ pli que et représenté.
Parmi les autres signes que fait connaître Isidore , nous citerons l’astérisque , au moyen duquel on indiquoit une lacune ; le trait horizontal par lequel on soulignoit les mots ou les pensées qui étoient inutilement répétés. Lorsque la correction étoit douteuse , le trait étoit surmonté d’un point. Dans les manuscrits moins anciens , le trait horizontal est remplacé par des points placés audessous des lettres à effacer. Un commencement de paragraphe , ou ce que nous nommons un alinéa, étoit marqué par une espèce de gamma majuscule r ; le même signe renversé J se plaçoit à la fin du paragraphe. Une flèche , nommée ceraunium , étoit dessinée à côté d’un passage, qu’on vouloit détruire en entier sans prendre la peine de souligner chaque ligne. Les fautes à corriger se notaient à la marge, au moyen d’un signe qui ressembloit à un G saxon. Isidore fait connaître plusieurs autres signes moins importants , pour lesquels nous renvoyons les curieux à son livre. On peut aussi consulter la Yie de Platon, par Diogène Laërce (i). La plupart de çes signes y sont aussi indiqués comme ayant été employés dans les ouvrages de Platon , mais leur signification n’est pas tout à fait la même.
Les colonnes d’écriture n’atteignoient ni en haut ni en bas l’extrémité du papier, en sorte qu’elles étoient comprises entre deux marges horizontales qui régnoient dans toute la longueur du manuscrit. On trouve cependant parmi les peintures d’Herculanum un rouleau dans lequel la marge inférieure manque. Cette espèce d’infraction aux règles de la calligraphie ne devoit pas se rencontrer dans les copies faites par les libraires, car ceux-ci ne manquoient pas sans doute de mesurer la longueur du rouleau sur celle de l’ouvrage à transcrire. Mais on conçoit qu’un auteur, qui écrivoit lui-même l’original de son ouvrage , ait cherché à économiser le papier en remplissant la marge et même le dos du volume ; c’est un original de ce genre que Juvénal désigne lorsque , dans sa première satyre , il maudit la longueur d’une tragédie qui remplit la page et le verso :
summi plena jam margine libri
Scriptus et in tergo necdum finitus Orestes (2).
(1) Liv. III, p. 85, A.
(2) Satyr. I, 5, 6. -
Le premier vers pourrait aussi se rapporter à la dernière colonne du livre qui restoit ordinairement vide , et dans le milieu de laquelle on répétait le titre de l’ouvrage. Ce titre se trouvoit aussi, comme nous l’avons dit , en tête du livre , au milieu de la première colonne , qui , indépendamment de la marge latérale , avoit encore un espace blanc en haut et en bas (i). C’est dans cet espace blanc , extra ordinem paginarum , que Martial avoit sans doute écrit sur un de ses livres une épigramme adressée à Stertinius ; c’est la première du neuvième livre (2). Indépendamment des quatre marges que nous avons indiquées , il y avoit encore une étroite marge perpendiculaire entre les colonnes. Toutes ces marges se nommoient indistinctement margines , orœ> limites.
Les anciens divisoient leurs ouvrages en livres , qui formoient chacun un volume ; mais ces livres n’admettoient aucune subdivision On y suppléoit par des sommaires très-courts , qu’on écrivoit sur la marge. Tel est le procédé qu’avoit employé Optatien , en écrivant le panégyrique de Cpnstahtin , picto limite dicta notans , et saint*Jérôme , dans la traduction d’une lettre de S. Epiphane (3). Quelquefois on plaçoit en tête de l’ouvrage une table des divers paragraphes qu’il renfermoit : cette table se nommoit elenchus , e\eyx°fi ou index- Chez les latins, Valerius Soranus , savant médecin , contemporain et ami de Cicéron , dans un ouvrage intitulé Epoptidoni donna le premier exemple de ces tables préliminaires (4)- Il fut imité par Pline l’ancien. Celui-ci , autant pour la commodité de ses lecteurs que pour économiser* le temps de Yespasien , auquel il dédioit son ouvrage, composa son premier livre d’une table détaillée , dans laquelle il fit entrer, pour chaque livre, de courts sommaires , un tableau abrégé des faits rapportés , et les noms des auteurs latins et étrangers qui avoient traité la même matière. Ainsi , pour consulter l’ouvrage sur une seule question , il étoit inutile de le lire entier ; il suffisoit de parcourir la table afin de trouver facilement le livre et la partie du livre dont on avoit besoin (5). D’autres plaçoient cette table à la fin de l’ouvrage, comme
(1) Voy. les papyrus d’Herculanum publies.
(2) Voy. la préfacé de ce livre.
(3) Ad Pammachium , et Schwarz de ornam. libr. II, i3.
(4) Pline l’ancien, Epltre dédie, à Vespasien.
(5) Voy. l’épître à Vespasien en tête de l’histoire naturelle de Pline. Voy. aussi la préface de Solin.
• on fait ordinairement de nos jours. Telle étoit la table de l’ouvrage de Columelle sur l’agriculture , table dont il parle à la fin du onzième livre.
Ces tables se trouvent encore dans les manuscrits les plus anciens ; mais, après le ixe ou le xe siècle, les copistes s’avisèrent de les fractionner et d’en rapporter les fragments en tête des chapitres et des paragraphes. L’intention étoit bonne sans doute , mais ce remaniement a souvent été fait sans discernement.
Que les anciens aient mis des préfaces et des épîtres dédicatoires en tête de leurs ouvrages , c’est ce qui n’a nullement besoin de preuves. Ces préfaces, proemia , prœfationes , commençoient avec la deuxième colonne du volume. Nous signalerons , à ce sujet, un fait peu connu , mais curieux , en ce qu’il révèle dans un auteur célèbre une habitude littéraire , à ce qu’il semble fort peu logique. Cicéron avoit un volume de préfaces composées à l’avance , et qu’il adaptoit ensuite aux ouvrages qu’il vouloit publier. Nous apprenons cette particularité d’une de ses lettres à Atticus (i) , dans laquelle on voit aussi que, par distraction , il avoit mis en tête de son traité de la Gloire une préface qui avôit déjà servi pour le troisième livre des Académiques. Ce livre et le suivant sont aujourd’hui perdus , mais on peut aisément se figurer le caractère de ces introductions, composées, pour ainsi dire , au hasard , de manière à pouvoir s’adapter ensuite à toutes sortes de sujets. C’étoient des lieux communs de morale ou de philosophie qu’on pouvoiî , après coup , adapter tant bien que mal à toutes sortes d’ouvrages. Au reste , cette bizarre coutume n’étoit point particulière à Cicéron ; nous n’hésitons pas à voir des préfaces composées d’avance dans les premiers chapitres des deux princi^ paux ouvrages de Salluste, l’histoire de la conjuration de Catilina et celle de la guerre de Jugurtha. Cet usage , si toutefois l’on peut déduire l’existence d’un usage des deux exemples que nous venons de citer , prit sa source dans une application mal entendue dé la méthode des rhéteurs , qui exerçoient sur des lieux communs l’éloquence de leurs élèves. Mais, en devenant inutiles pour l’intelligence du livre , les préfaces risquoient fort de ne plus être lues. Ce fut , en effet , ce qui arriva: du temps de Pline le jeune , elles étoient tombées dans un complet discrédit , et les livres qui pou-
(i) Ad Attic., xvi, 6.
voient s’en passer étoient ceux que le public accueilloit avec le plus de faveur (i).
Il y avoit , au moins pour les poésies légères et pour les pièces détachées, une autre coutume moins connue; c’étoit de terminer chaque livre par quelques vers au lecteur ou à l’ouvrage lui-même. Martial n’y manque presque jamais. On pourroit peutêtre en conclure que c’étoit une habitude particulière à cet écrivain. Cependant un de ces épilogues semble attester un usage plus général. Il dit à la fin de son livre onzième : « Lecteur ,
quoique vous puissiez être fatigué d’un livre si long , vous atten- •\ dez encore de moi quelques distiques. »
Quamvis tam longo possis satur esse libello,
Lector, adhuc a me disticha pauca petis (2).
On peut voir des traces de cet usage dans Ovide, à la fin de l’Art d’aimer et des Amours, ainsi que dans les Odes d’Horace.
Lorsque le livre étoit écrit et collé , on fixoit à l’extrémité de la dernière feuille un petit bâton , autour duquel s’enrouloit le volume , à peu près comme nos cartes géographiques. Ce bâton se nommôit , en grec buqaLhoç , en latin umbilicus, parce qu’il étoit placé au centre du volume enroulé , comme le nombril au milieu du corps humain. Martial (3) compare à un umbilic un très-mince rouleau.
Quid prodest mihi tam macer libellas Nullo crassior ut sit umbilico Si totus tibi triduo legatur?
Ce passage doit détruire toutes les difficultés qu’on a élevées sur la nature de l 'umbilicus dans les anciens volumes.
Lorsque le rouleau étoit déployé, Fumbilic se trouvoit à l’extrémité , de là l’expression proverbiale ad umbilicum perducere , qui répondoit au grec x.opwiS'ct èTriTiSévcti, et signifioit terminer quelque chose. Horace (4) s’excuse ainsi de ne pas terminer des poésies qu’il avoit autrefois commencées :
(1) Librum jam nunc oportet ita consuescere, ut sine præfatione intelligatur. Epist. V, xm, 3.
(2) Epigr., XI, 108.
(3) Epigr. II, yï, 10.
(4) Epod. i4. Voy. en cet endroit l’ancien scoliaste dans l’édit, de Gessner.
beus, deus nam me vetat
Inceptos olim , promissum carmen , iamboâ
Ad umbilicum perducere.
Un vieux commentateur explique, dans ce passage, la locution ad umbilicum perducere ou adducere par finir, terminer , parce que, dit-il, on a coutume de mettre à la fin des livres des umbilics en bois ou en os. Ceux qu’on a retrouvés dans les manuscrits d’Her- <;ulanum sont faits tantôt avec du bois blanc, tantôt avec une espèce de sureau ou de canne. Quelquefois on s’est servi d’un simple morceau de pâpyrus qu’on a serré et tordu de manière à lui donner la forme et la consistance d’un petit bâton (1). Du reste, on n’en a jamais trouvé plus d’un dans le même manuscrit. Il est néanmoins certain que , pour rendre la lecture des livres plus commode , on les garnissoit de deux umbilics , un au commencement et l’autre à la fin. Stace se plaint à Plotius d’un échange de livres où il avoit reçu un volume en très-mauvais état pour un rouleau tout neuf orné de deux umbilics,
JNoster purpureus, novusque charta Et binis décorât lis urhbilicis (2).
En traitant des ornements des volumes nous rapporterons plusieurs passages d’auteurs anciens où les umbilics sont constamment nommés au pluriel. Ils étoient quelquefois terminés par deux pommettes saillantes , eut? , cornua (3), destinées à protéger les tranches du volume. De là le mot ad cornua , qui avoit la même signification que ad umbilicum , c’est-à-dire jusquà la fin. Martial appelle un livre entièrement déroulé librum explicitum usque ad sua cornua (4).
Les tranches se nommoient en latin frontes , à cause de la disposition des rouleaux dans les bibliothèques , disposition que nous ferons connoître ailleurs. Il ne sauroit y avoir de doute sur la signification du mot frontes (5). La partie du volume qu’il désignoit
(1) Yoy. A. de Jorio O/Jic. de’ papiri, p. 18 stsüiv., et p. 69.
(2) Sylv. IV, ix, 7 .
(3) Voy. Martial, X, 107. Ovid. Tristes, I, 1, 8.
(4) Epigr. XI, 107 .
(5) Il ne faudroit pourtant pas , toutes les fois qu’il s’agit d’un livre, traduire le mot frons par tranche. Ce mot e'toit parfois employé métaphoriquement pour désigner le commencement du livre. Par exemple, Ovide, se dou-
etoit double, geminœ front es (i) , ce qui ne peut s’entendre que des deux bases parallèles du rouleau cylindrique. On rognoit ces tranches lorsque les bandes n’avoient pas été parfaitement égalisées ayant le collage, et cette opération s’exprirnoit par librum circumcidere. Elle n’étoit pas sans difficultés, et Aristote n’a pas dédaigné d’en tracer ou du moins d’en expliquer les procédés (2). On se servoit pour cela, ou de ciseaux , ou d’un instrument tranchant en forme de petite faux qu’on appeloit sicila. Ce mot, dans le glossaire de Phiîoxène publié par Labbc , est donné comme l’équivalent de (TjjJiXcL 'fcctçTûTow.cç, couteau ci couper le papier . Isidore de Séville dit que l’usage de rogner les livres naquit en Sicile (3) , contrée qu’aucun document historique n’autorise à îegarder comme ayant été plus anciennement que toute autre adonnée à la littérature. Peut-être aura-t-il confondu, dans un des auteurs qu’il a consultés, les mots sicila et S ici lia.
Lorsque les tranches avoient été rognées, elles n’étoient pas parfaitement unies. Il restoit encore des cheveux , comœ , ou, ainsi que nous le dirions aujourd’hui, des barbes au papier, qu’il falloit enlever avec la pierre ponce. Ovide, exilé, les vouloit laisser, en signe de deuil, au livre qu’il envoyoit à Rome.
Nec fragili geminæ poliantur pumice frontes Hit sut us pas-sis ut videare cornis ('4).
La même opération est indiquée dans ce vers de Tibulle :
Pumex et oanastondeat ante comas (5).
Et dans ce distique de Martial :
Dum novus est , neque adhuc rasa mihi fronte libellas Pagina dum tangi non bene sicca timet (G).
Quelquefois les tranches des volumes , comme celles de nos
tant bien qu’il existoit dans les mains de ses amis quelques exemplaires des Métamorphoses , dont il avoit brûlé l’original , pria quelqu’un de faire écrire en tête du premier livre, in primifronté libelli , un avertissement portant qu 0 l’auteur de l’ouvrage n’avoit pu y mettre la dernière main. Voy. Tristes , 1, vu, 33.
(1) Tristes, I, 1, n.
(2) Voy. Aristote. Problèmes XVI, G, et Vossius in Catull ., p. 55 .
(3) Orig., vi, 12.
(4) Tristes, I, 1, 12 .