II
incrustées d’ivoire. Tibulle faisoit peindre les cortiua d’un volume qu’il adressoit à Nérée :
Atquc inter geminas pingantnr cornua ironies (i).
Ovide , au contraire , ne vouloit pas que les umbilics de ses livres des Tristes fussent ornés de croissants d’ivoire :
Candida nec nigra cornua fronte géras.
Les umbilics eux-mêmes pouvoient être en ivoire ou en quelque bois précieux. Lucien parle deux fois de magnifiques volumes , €/£ajg v •zrciyKa.Kov , xccàâ/Vto/v £/£à«W , enveloppés dans des membranes couleur de pourpre , et enroulés sur des umbilics d’or,
'X'ÇUtroî bf/.<petXo7 (2).
Les expressions de Martial , umbilicis cultus alque membrana , prouvoient déjà que les parchemins avec lesquels on enveloppoit les volumes étoient quelquefois assez précieux pour leur servir d’ornement. Lucien nomme ces enveloppes cf/<pôgpct/ ‘wopqvçcù, des membranes de pourpre. Tibulle donne pour enveloppe au livre qu’il adresse à Nérée un parchemin teint en jaune.
Lutea sed niveum involvat membrana libellum (3).
Mais les vers et te purpura delicala velet , cedro... decorata purpuraque prouvent qu’on employoit aussi à cet usage des lambeaux d’étolfe de pourpre. Martial, envoyant à une dame romaine un livre de poésies encore inédites , l’avoit néanmoins couvert d’une robe de pourpre :
z Perfer Atestinæ nondum vulgata Sabinæ
Carmina, purpurea sed modo culta toga (4).
Le même auteur adresse à Artanus, près de partir pour Narbonne, un exemplaire de ses ouvrages , qu’il n’a pas eu le temps de faire orner comme il l’aurait voulu :
Nondum murice cultus, asperoque Morsu pumicis aridi politus,
Artanum properas sequi, libelle (5).
Une enveloppe de pourpre ornoit aussi les fastes , espèce de calen- (0 Ëleg., III, 1, 9.
(2) Advers. indoct., c. 4 ; de Mercede conductis, c. 4i .
(3) Eleg., III, 1, 9.
(4) Epigr., X, 98 .
(5) Ibid., VIII, 72.
chier que rédigeoit annuellement le grand pontife, et dans lequel étoient marqués les jours fastes ou néfastes , les jours supprimés ou intercalés , les fêtes , les marchés et les principaux événements (i ). Ovide , qui s’étudie à dépouiller ses livres des Tristes de tous les ornements qui pourroient contraster avec sa douleur, met l’enveloppe de pourpre au nombre de ces ornemens intempestifs (2).
Nec te purpureo velent vaccinia fucoj Non est conveniens luctibus iüe do!or.
il ajoute immédiatement:
Nec titulus minio , nec cedro charta notetur ,
prescription diamétralement opposée à celle de Martial , qui rend si bien l’effet d’un titre éclatant :
Et cncco rubeat superbus index.
Nous avons parlé ailleurs des encres de couleur, et particulièrement des encres rouges employées dans les titres des volumes. Il resteroit à décider si ces couleurs éclatantes servoient à orner le titre intérieur ou les titres extérieurs. Il est certainement question d’un titre extérieur dans ces vers de Tibulle , que nous avons déjà cités :
Summaque prætexat tennis fastigia chartæ Indicet ut nomen Iittera picta meum.
Les autres passages où l’on fait mention des encres rouges pour les titres sont moins formels; ils semblent, à la vérité, s’appliquer plus naturellement aux titres apparents qu’à celui qui est écrit dans le rouleau, en tête de l’ouvrage. Néanmoins, il est fort probable que dans les volumes où l’on prodiguoit les peintures et les encres d’or et d’argent , comme dans le panégyrique de Constantin par Optatien , le titre intérieur, qui , par sa nature et par la place qu’il occupoit dans le rouleau, attiroit aussitôt l’attention , avoit aussi sa part de ces ornements de luxe. On ne peut douter, du reste, que dans les livres de moindre prix, écrits simplement à l’encre noire , on n’ait distingué le titre par une encre d’une autre couleur; c’est dans cet usage, comme nous l’avons déjà fait observer, que le mot rubrica, signifiant titre de lois , a pris son origine.
(1) Martial, XI, 4; XII, 26. Voy., pour la composition des Fastes , M , Leclerc , des Journaux chez les Romains, p. i43.
(2) Tristes , I, 1, 5.