‹ Essai sur les livres dans l'antiquitéChapitre 14 sur 23 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Des Libelli ei des Lettres .

rz a fait des lettres et de tous les écrits distingués , /antiquité latine , sous le nom de libelli , une classede àpart, qu’il a nommés livres à plis , libri plicatiles. Il a été conduit à ce résultat par une fausse interprétation des mots latins : plicare , complicare, explicare. Après avoir rendu à ces mots leur véritable acception , nous sommes déjà autorisé à faire rentrer les lettres et les libelli dans la classe des rouleaux. Justifions ce changement en recherchant quelles ont été, dans l’antiquité , la nature et la forme des écrits nommés libelli , et des lettres missives.

A proprement parler, le mot libellus n’est qu’un diminutif de liber ; par conséquent, lorsque nous avons prouvé que , chez les auteurs latins les plus anciens , le mot liber devoit s’entendre d’un volume, nous avons en même temps établi la synonymie de libellus et de volumen : seulement , le volume désigné par le mot libellus seroit de plus petite dimension.

Souvent même libellus est simplement synonyme de liber , et n’emporte aucune signification de dimension plus petite. C’est par ce mot que Catulle , Tibulle , Ovide A Martial , Pline le jeune désignent toujours leurs ouvrages; rarement ils se servent du substantif liber, « Yous semblez craindre, écrivoit l’empereur Auguste « à Horace , que vos livres ( libelli ) ne soient plus grands que vous. « Mais si la taille vous manque , vous avez, en revanche, un ventre h assez prononcé. Ecrivez donc sur un boisseau ; la circonférence « de votre volume ( yoluminis ) sera ainsi aussi vaste que celle de

« votre abdomen (r ). » La synonymie de libellus et d evolumen est ici incontestable.

Libellus signifiait aussi un écrit de peu d’étendue , une courte pièce de vers , un billet d’invitation. Stace désigne ainsi chacune des pièces qui composent son recueil de poésies, intitulé Silvœ (2). Pline le jeune se félicite d’avoir récité en public un ouvrage, devant un nombreux auditoire , quoiqu’il n’eût fait prévenir personne par des billets, comme c’étoit l’usage, non per codicillos , non per libellos admoniti (3). Ces deux sortes de libelli étoient-ils ployés en rouleau ? nous n’avons , pour l’affirmer, aucun témoignage positif; mais on peut le conjecturer sans invraisemblance, car les premiers étoient aux volumes ce que la brochure est chez nous à un livre ordinaire , et les seconds rentroient dans la classe des lettres , que nous prouverons tout à l’heure avoir eu la forme de volumes.

Il est naturel de penser que ces annonces , dans lesquelles on consignoit le jour, la durée et les détails des jeux du cirque, le nom de chaque gladiateur avec celui de son concurrent, ces libelli gladiatoriun , qu’on vendoit en public (4) , étoient transcrits sur des bandes de papier ou de parchemin , qu’on coîportoit ouvertes , et que l’acheteur ployoit ensuite en rouleau.

Les actes judiciaires étoient également désignés sous le nom de libelli. Martial se moque d’un avocat ignorant , qui , pour se donner de l’importance , se fait accompagner d’une foule de scribes, et dont la main gauche est écrasée sous le poids des libelli ,

Hic qui libellas prægrayem geritîævam Notariorum quem promit chorus levis, etc. (5).

" (i) Verdi autem mihi videris ne majores libelli lui sint quam ipse es. Sed si tibi statura deest, ventris abonde est. ïtaque licebit in sextarioillos scribas, quo circuitus tui voluminis sit oyxafée Tcltûç sicut est ventricnli tui. Suétone, Yie d’Horace, ch. 11.

(a) Dubitavi an hos libellos , qui mihi subito calore et quadam festinandi voiuptate fiuxerunt , cum singuli de sinu meo prodiissent, congregatos ipse dimitterem. Stat. proem. ad Stellam.

(3) Epîtres, III, xvm, 4.

(4) Cicér., Philipp., II, 38. Ces libelli n’étoient, sans doute, que la copie des grandes affiches en lettres rouges qu’on écrivoit sur les murailles , affiches dont on voit encore des modèles dans les ruines de Pompeï. Romanelli, Viag gio a Pompeï, a Pesto e di Ritorno ad Ercolano. Napoli, 181 1, in-8, p. 47-59.

(5) Epigr., X, 5j .

Or les dossiers des avocats de Rome ne ressembloient nullement, pour la forme , à ceux de nos avocats , quoiqu’ils dussent contenir des pièces de même nature ; ils étoient en forme de faisceaux.

« Dites-moi , dit Juvénal , ce que rapporte aux avocats la discussion des affaires d’autrui , et ces libelles en faisceaux qu’ils traînent sans cesse avec eux :

Et magno comités infasce libelli (i ) .

Puisque la réunion des actes que portoient avec eux les avocats formoit un faisceau , il falloit bien que ces actes ployés eussent la forme cylindrique. Ainsi, partout où nous trouverons un acte judiciaire ou administratif, qui soit incontestablement de nature à faire partie du dossier d’un avocat , nous serons autorisé à regarder cet acte comme un volume propre à entrer dans la composition d’un faisceau de livres , et , s’il est nommé libellas , à regarder ce mot comme synonyme de volumen.

Plaute compare un rendez-vous à une citation en justice; et, en appelant libellas le billet qui renferme le rendez-vous , il donne clairement à entendre que ce nom s’appliquoit également aux assignations :

Ubi tu es qui me libello venerio citavisti? ecce me ;

Sisto ego tibi me (2).

Le mot libellas , seul et sans épithète , signifioit, en jurisprudence, un acte d’accusation. De libellis est le titre de la loi qui règle la teneur et les formalités des actes de ce genre (3).

Les notes que , dans l’intérêt de leurs affaires , les clients remettoient aux patrons ou aux avocats, les mémoires où ceux-ci développoient leurs moyens de défense portoient aussi le nom de libelli. Quintilien recommande aux avocats de 11e pas se croire suffisamment instruits d’une affaire par les mémoires ( libelli ) d’un plaideur ignorant , ou d’un de ces avocats qui , se reconnaissant inhabiles à porter la parole , se chargent néanmoins des travaux les plus délicats que comporte leur profession (4). Ailleurs,

( 1 ) Satir., VII, vers 107.

(2) Curculio, I, in, G.

(3) Digeste, XLVIII, ii# 3. Conf. J 11 vénal, satir. VI, a43.

(4) Pessimæ vero consuetudinis libellis esse contentum quos componit aut litigator. . . autaliquis ex eo genere advocatorum qui se non posse agere confit eut ur, etc. Inst, orator., XII, 8.

le même auteur enseigne que le propre d’un véritable avocat , c’est de maîtriser l’esprit des juges, et il ajoute : « Cet art, vous ne le trouverez ni dans les mémoires , ni dans les instructions du plaideur, hoc non docet litigator ; hoc libellis non continetur (i). »

Un plaidoyer écrit est aussi appelé libelle par Cicéron ,, dans ses lettres à Atticus : Silius ad me non vénérai : causam composai , eum libellum ad te misi (2).

C’est à ces mémoires , qui renfermoient les élémens de la plaidoirie , que Turnèbe (3) applique la dénomination de memoriales libelli , dénomination déjà citée par nous d’après Suétone, D’autres , avec plus de raison , entendent par ces mots un recueil où l’on consignoit les choses qu’on vouloit se rappeler, ce que nous nommerions un souvenir ou un agenda. Cicéron demande à Antoine s’il veut ranger parmi les actes de César les notes écrites par ce dernier sur son agenda , et en écarter les lois qu’il a soumises à l’assemblée du peuple : nisi forte si quid memoriœ causa relulit in libellum , id numerabitur in actis , etc. (4). On se souvient que ces sortes de livrets étoient divisés en colonnes. Au contraire , ceux qui renfermoient le compte rendu de la journée à la maîtresse de la maison, les journaux ou, comme disoient les Grecs , les éphémérides se déploy oient parfois du haut en bas , et étoient écrits d’une marge à l’autre :

Longi legit transversa diurni (5).

Les placets ou pétitions se nommoient libelli , supplices libelli , libelli supplicationum. Cicéron , devant souper avec César, se chargea d’un placet , par lequel Atticus demandoit au dictateur que le territoire de Butlirote , en Epire, ne fût pas vendu : eum libellum Cœsari dedi , probavit caussam : rescripsit Altico œqua eum postulare (6). Suétone raconte qu’Auguste, lorsqu’il sortoit, recevoit avecbeaucoup d’affabilité les salutations elles demandes du peuple. Il encourageoit même les citoyens à lui adresser leurs pétitions ; et , comme, un jour, un homme timide, tenant à la main un placet , hésitoit à le lui présenter, il lui en fit le reproche en plaisantant ,

(1) Inst, orat., VI, 2.

(2) Ad Attic., XV, 24.

(3) Dans son commentaire sur le passage cité de Quintilien.

(4) Philippiq., 1, 8.

(5) Jurénal, VI, 483.

(G) Ad Ailic ., XVI, 16.

et lui dit qu’il avoit Pair d’offrir un sou à un éléphant, quod sibi libellum porrigeret , quasi elephanto stipem (i).

Les requêtes à l’empereur, les appels faits à son autorité suprême par une autorité inférieure se nommoient aussi libelli ; la réponse impériale , par respect peut-être, étoit appelée liber. Nierions , tribun du peuple, se plaignit, dans un libelle grave et éloquent, qu’on achetoit le talent et la conscience des avocats, qu’on spéculoit sur l’événement des procès , qu’on négligeoit la gloire du barreau pour s’enrichir des dépouilles des citoyens , et , dans l’impuissance des lois et des sénatus-consultes à réprimer ces abus , il invoqua l’autorité du prince. Au bout de peu de jours , le livre de l’empereur arriva sévère, mais modéré; il fut inséré dans les journaux (2).

Enfin les jugements prononcés par les magistrats étoient aussi en forme de volumes. Ammien Marcellin rapporte le commencement de la sentence qui condamnoit Taurus , préfet du prétoire , à l’exil, parce que , à l’approche de l’empereur Julien, il s’étoit retiré auprès de Constance; et le volume public, dit-il , commenvoit ainsi ; cum id volumitiis publici conlineret exordium (3;.

Une dernière preuve que le mot libellus désignoit ordinairement un écrit ployé en rouleau , c’est l’emploi de ce mot pour désigner une lettre. Canacé, au moment de se donner la mort, écrit a son amant, et lui explique ainsi les taches ou ratures qu’il pourra trouver dans sa lettre :

Si qua tamcn cæcis errabunt scripta lituris,

Oblitus a domina; caede libellus erit (4).

Cicéron se plaint à Atticus d’avoir reçu de lui une lettre dans laquelle il ne lui donne aucun détail sur ses affaires privées : accepi a te signatum libellum , ex quo nihil scire potui de nostris domesticis rebus (5).

Or nous verrons tout à l’heure que les lettres missives étoient ployées en rouleau; nous faisons seulement observer d’avance que

1) Suétone, Vie d’August., c. 53. Cf. Macrob .Saturn., Iï, 4.

(2) Nigrinus tribunus plebis recitavit libellum disertum et graveni , quo questus est, etc. . . Pauci dics, et liber principis severus et tauieu moderatus. Leges ipsum ; est in publicis aetis. Plin. jim., V, xiv, C et 7 ,

(3) Ammien Marcell., XXII, 3 .

(4) Héroïdes, épître xi, vers 1 et 2.

5) Ad Atticum, XI, j.

Schwarz-, tout eu rangeant les lettres, en général, au nombre de ses livres à plis, est obligé d’admettre une exception pour quelquesunes qui ,de son propre aveu, rentrent dans la classe des volumes (i).

Les lettres s’écrivoient sur la même matière que les livres , c’està-dire sur le papier d’Egypte. Le papier auguste ou royal fut celui qu’on employa principalement à cet usage : Agusiœ in epistolis autoritas relicta (2). On le nommoit , comme chez nous , papier à lettres , char La epistolaris (3). Il paroît qu’on tailloit , pour les lettres , des feuilles de papier auguste , auxquelles on donnoit une très-petite dimension. On trouve une preuve de ce fait dans Sénèque, qui termine ainsi sa quarante-cinquième épître: « Pour «. ne pas dépasser les limites d’une lettre qui ne doit pas remplir la « main gauche de celui qui la lit , je renvoie à un autre jour ce qui « me restait à dire (4)- »

L’usage du papier d’Egypte , pour les correspondances , est, du reste, attesté par une foule de passages des anciens auteurs. Quant aux affaires publiques , écrit Cicéron Atticus , j’en dirai peu de chose , car je commence à craindre que le papier même ne nous trahisse : jam enim charta ipsa ne nos proclat pertimesco (5). Canacé, dans une épître que nous avons déjà citée , tient l’épée d’une main , le roseau de l’autre, et le papier déployé est dans le pli de sa robe, prêt à recevoir l’écriture.

Dextra tenet calamum strictum tenet altéra ferrum Et jacet in græmio charta soluta meo (6) .

Nous retrouvons l’usage du papier pour les correspondances dans des temps moins anciens. Aux ive et ve siècles, saint Jérôme écrivant à Chromace , Jovinien et Eusèbe commence sa lettre par ces mots : Le papier ne doit point séparer ceux qu’une amitié réciproque a réunis (7). Dans la même lettre le saint Père s’étonne de la brièveté des lettres des trois amis : Le papier ne peut vous

(1) De ornant. libror.Y, 6, p. 186.

(2) Pline, XIII, 24.

(3) Martial, liv. xiv, 8. * ,

(4) Sed ne epistolæ modum excedam , quæ non debet sinistram manura legentis implere, etc.

(5) Ad Atticum, 11, 20.

(6) He'roïdes, épître XI, 3 et 4.

(7) S. Je'rôme, epist. 7; alias 43. Non débet charta dividere quos amor niutuus copulavit.

manquer, dit-il, puisque l’Egypte continue son commerce ordinaire ; d’ailleurs, à son défaut, les rois de Pergame n’envoient-ils pas leurs parchemins ( i ) ?

Le parchemin commençoit donc, à cette époque, à être employé pour les lettres. On en trouve une nouvelle preuve dans la lettre suivante (2), où saint Jérôme dit qu’avant l’invention du papier et du parchemin , ante charlœ et membranarum usum , les premiers habitâns de l’Italie correspondoient entre eux par des tablettes de bois ou d’écorce. Saint Augustin, vers la fin du ive siècle, écrivoit aussi à Romanius sur du parchemin (3); mais, chose remarquable, il croyoit devoir s’en excuser sur ce qu’il n’a voit ni papyrus ni tablettes : « Si ma lettre, dit-il, prouve la disette de papier, elle « montre aussi que nous avons du parchemin en abondance. Mes « tablettes d’ivoire m’ont servi pour écrire à votre oncle; il faut « donc bien que vous me passiez le parchemin, car je ne pouvois « différer ce que j’avois à lui dire , et je sens qu’il auroit été in- « convenant de ne pas vous écrire à vous-même. Mais si vous avez « Là-bas quelques tablettes qui m’appartiennent, je vous prie de « me les renvoyer; elles me seront très-utiles en pareil cas (4). >» Enfin, au vie siècle, les évêques des Gaules correspondoient encore entre eux sur du papier d’Egypte, témoin la lettre injurieuse écrite à Grégoire de Tours par Félix, évêque de Nantes (5), et celle où Fortunat , attribuant la rareté des lettres de Flavus au manque de papier, lui suggère tous les moyens possibles de remédier à cet obstacle et finit en le priant de répondre au besoin sur le papier même qui porte sa lettre après l’avoir gratté. C’est du moins ainsi que nous entendons ce vers assez obscur

Pagina vel redeat perscripta dololile cliarta (G).

(1) Chartam defecisse non puto, Ægypto ministrante commercia, et si alicnbi rex Ptolæmeus maria clausisset, tamen rex Attalus membranàs à Pergamo miserat.

(2) Ad Nicæam, ep. 8; al. 42.

(3) S. August., epist. 1 5 ; alias 1 1 3 .

(4) Non hæc epistolasic inopiam chartæ indicat ut membranas saltem abundare testetur. Tabellaseburneas, quas habeo , avunculo tuo cnm litteris misi . Tu enim huic epistolæ facilius ignosces , quia differri non potuit quod ci scripsi, et tibi non scribere etiam ineptissimum existimavi. Sed tabellas,si qu<e ibi nostræ sunt, propter hujus modi nécessitâtes mit tas peto.

(5) Voy. plus haut, p. 34 .

(G) Biblioth. Patr., t. X, p. 5Cq.

Les lettres, qu’elles fussent écrites sur du papier ou sur du parchemin, étoient roulées en volume. Celte nuit, écrit Cicéron à Atticus, au moment où j’enroulois ma lettre, quum complicarem liane epistolam, votre courrier m’a apporté la vôtre (i). Ailleurs il dit à Appius Pulcher : « Les députés appiens m’ont remis de votre part « un volume plein d’injustes plaintes de ce que je me serois opposé « à l’érection de leur monument ; par la même lettre , vous deman- « diez qu’ils fussent de suite autorisés à bâtir pour avoir fini avant l’hiver (2). La synonymie de volumen et d ’epistola ne peut être plus clairement établie. Une dernière preuve tout aussi convaincante de la forme des lettres nous est encore fournie par Cicéron. Il s’étoit décidé à ne pas accompagner Pompée dans sa fuite , et , quoiqu’il n’eût pris ce parti qu’après de sérieuses réflexions , sa détermination lui causoit de vives inquiétudes ; pour se rassurer il relisoit les lettres d’Atticus qu’il conservoit avec soin' et en citoit tous les passages qui pouvoient justifier sa conduite : Quum acl hune locumvenissem e\ olvi volumen epistolarum tuarum quod ego sub signo habeo (3). Soit que Cicéron eût collé ensemble les lettres de son ami, soit qu’il les eût simplement réunies en les mettant les unes dans les autres, il est constant qu’elles étoient en forme de rouleau.

Les lettres missives avoient encore une similitude avec les volumes ; c’est qu’elles étoient divisées en pages ou colonnes. Je répondrai d’abord à la dernière page de votre lettre, écrit Cicéron à Atticus, postremœ tuœ paginœ (4). Une lettre collective de Cicéron, de son fils et de son frère à Tyron, commence ainsi : « Vos lettres m’ont diversement affecté; la seconde page a un peu calmé le chagrin que m’avoit causé la première (5).» Pline le jeune, après une longue lettre à Minutien : « Maintenant, dit-il, j’ai droit d’attendre des nouvelles détaillées de votre ville et des environs. Au reste, écrivez-moi ce que vorts voudrez, pourvu que ce soit une

(1) Ad Atticum, XII, 1.

(2) Legati A ppiairi volumen a tcplenum querelæ imquissimæ tradiderunt... Eadem autem epistola petebas. Ad familiales, lii, 7.

(3) Ad Atticum, IX, 10.

(4) Ad Atticum, VI, 2. Voy. aussi XV, 9.

(5) Varie sum affectas tuislitteris : valde priore pagina perturbatus, paullum altéra recrcatus. Ad familial'., XVI, 4.

longue lettre; j’en compterai non-seulement les colonnes, mais encore les lignes et les syllabes (i). »

Enfin Cicéron termine ainsi une lettre écrite à Brutus et qui forme environ douze lignes d’impression : « Je n’iinite pas votre laconisme, car voilà que je commence la seconde page, altéra jam pagella procedit (2).» Dans une autre lettre tout aussi courte, Cicéron raconte à Atticus une anecdote déjà vieille; mais, dit-il, j’ai voulu remplir la page, sed complere paginam volai (3).

Les pages des lettres n’étoient donc pas bien longues. La première pouvoit être raccourcie par la suscription, que peut-être on écrivoit en vedette, comme chez nous le mot monsieur. Cette suscription portoit d’abord le nom de la personne qui écrivoit au nominatif, ensuite au datif le nom de la personne à qui étoit adressée la lettre. Quelquefois cet ordre étoit interverti; ai nsi Martial, écrivant à Domitien, place son propre nom après celui de l’empereur (4). La même interversion avoit lieu dans les lettres en vers lorsqu’on assujettissoit la suscription à la mesure. La preuve en est dans ce distique d’Ausonne , qui démontre en même temps la règle à laquelle il fait exception ;

Paulino Ausonius. Metrum sic suasit, ut esses Tu prior et nomen prægrederere meuni (5).

Le nom de la personne à qui l’on écrivoit étoit ordinairement suivi du pronom suo , qui équivaloit à notre locution mon cher . De là l’épigramme de Martial intitulée chartœ epistolares:

Seu leviter noto, seu charo missa sodali Omnes ista solet charta \ocaie suos (6).

Quelquefois au pronom suo on ajoutoit encore une ou deux épithètes ; ainsi une lettre du fils de Cicéron à Tiron est intitulée : Cicero filius Tironi suo dulcissimo ; une autre porte : Tironi humanissimo et optatissimo (7).

(1) Ego non paginas tantum, sed etiam versus et syllabas numerabo. Epist. IV, xi, 16.

(2) Ad famil., XI, 25.

(3) Ad Attic., XIII, 24.

(4) Épîtr. dédie, du liv. 8.

(5) Ausonne, Carm. 4 10.

(6) Epigr. , XIV, 8.

(7) Ad famil., XIV, 6,21,

Un des noms étoit souvent exprimé par de simples initiales , comme M. T. G. (Marcus Tullius Cicéro) Terentiæ suæ ; D. Brutus M. T. G. (Marco Tullio Ciceroni). A ces noms se joignoient parfois les qualités des personnes, par exemple Marcüs Tullius Cicero imp. (imperator) M. Coelio, ædili curuli.

Après les noms et le pronom suo , lorsqu’il étoit employé, venoient les sigles S. ou S. D., ou S. P. D., qui signifioient salutem , ou salutem clicit , ou salutem pluviniamdicit, en grec ’fc&'içeiv, sv ^rpûrrsiv, sv Siccyeiv- La formule si voies hene est ego valeo , qu’on trouve assez souvent employée par Cicéron dans les Lettres familières, étoit surannée du temps de Pline le jeune (i) ; mais elle étoit encore en usage du vivant de Sénèque (2).

La suscription étoit dans les lettres des anciens ce que la signature est dans les nôtres. Néanmoins on voit rarement , chez nous , de simples lettres d’amitié portant plusieurs signatures ; nous trouvons, au contraire, dans l’antiquité, des suscriptions en nom collectif, en tête de certaines lettres qui sont ordinairement écrites par une seule personne. Cicéron, écrivant à Tiron , en son nom et au singulier , joignoit à son nom , dans les suscriptions de ses lettres, tantôt les noms de sa femme et de sa fille, tantôt ceux de son frère et de son neveu (3). Peut-être cette insertion de noms étrangers, dans la suscription des lettres, équivalait-elle à ces formules banales par lesquelles nous transmettons à nos correspondans les marques d’intérêt.et les témoignages d’attachement d’une tierce personne.

Cicéron 11e datoit pas toujours ses lettres; Atticus, au contraire, avoit l’habitude de le faire, et y manquoit rarement (4)- La date se plaçoit à la fin de la lettre ; elle indiquoit ordinairement le lieu où elle avoit été écrite et le jour du mois.

Lorsque la lettre avoit été ployée en volume , on la cachetoit ; cette opération s’exprimoit par epistolam signare ou o^signare. Pour cela, 011 entouroit la lettre avec un étroit ruban ou uùe ficelle, dont les deux bouts, réunis, étoient collés au papier au moyen d’un peu de cire ou d’une espèce d’argile qu’on appeloit creta. Au-dessus on étendoit une couche plus large de l’une ou de l’autre decesdeuxsub&-

( 1 ) Epî très, l,n.

(2) Épître i5.

(8) Voy. le 16e livre des Lettres familières

(4) Ad Altie., III, 28 .

tances, et sur cette couche on imprimoit le cachet. Tantôt le rouleau que formoitla lettre n’avoit qu’un seul lien dans le milieu de sa longueur, tantôt on le serroit à chacune des extrémités ; dans ce cas, la lettre portoit deux cachets , un à chaque bout. Bans la collection égyptienne du musée du Louvre, il existe cinq ou six petits rouleaux que nous croyons être des lettres. Le plus volumineux a la longueur et la grosseur de l’index d’un homme ordinaire ; il est encore lié et cacheté à chaque extrémité. Tous les autres ne présentent qu’un seul lien. On trouve, d’ailleurs, dans les anciens auteurs, plusieurs passages relatifs à la manière de cacheter les lettres.

Dans les Baccliides de Plaute , Chrysale , après avoir dicté un billet à Mnesilochus : « Allons vite, dit-il, de la cire , du fil, attache et cachette promptement. »

Cedo tu ccram ac linum actulum âge, obliga, obsigna cito (i)-

Ce passage s’applique à des tablettes de cire, mais le procédé poulies cacheter et les décacheter étoit le même que pour les lettres sur papier.

L’usage de la cire à cacheter, que les Athéniens appeloientpuTrV (2), est encore attesté par Cicéron dans son plaidoyer pour Flaccus. Le même discours nous apprend qu’au lieu de cire on employoit communément une espèce d’argile nommée craie asiatique. Cette substance étoit connue de tout le monde et servoit non-seulement pour les actes publics , mais encore pour les lettres particulières et les billets, tels que les avertissemens qu’envoyoient, chaque jour, aux citoyens les collecteurs d’impôts (3).

La préparation de ces deux substances n’avoit pas été poussée à une bien grande perfection, car elles s’attachoient au cachet, si on n’avoit eu soin de le mouiller avec de la salive avant de l’appliquer. Nous trouvons, dans Ovide, une allusion à cette précaution nécessaire. Lorsque Biblis ferme la lettre criminelle qu’elle adresse à son frère Caunus, la douleur a desséché sa langue, elle mouille avec ses larmes la pierre précieuse qui porte son cachet .

(1) Bacchid., IV, iv, 96.

(2) Hesychius et Pallus, X, i4.

(3) Laudatio obsignata erat creta ilia asiatica quæ fere est omnibus nota nobis : qua utuntur omnes non modo in publicis, sed etiam in privatis litteris, quas quotidie videmus mitti a publicanis sœpe unicuiquenostrum. Pro Flacco c. 16 ; cf Servius, ad Æneid., VI, 3üi .

Protiuus impressa signât sua crimina gemma Quarn tinxit lacrymis : linguain defecerat humor (i).

Les cachets des anciens étoient , comme on sait , gravés sur l’anneau qu’ils portoient habituellement à leur main gauche ; quelquefois sur l’or de l’anneau , souvent sur une pierre qui s’y trouvoit enchâssée. L’usage des anneaux d’or fut d’abord exclusivement réservé aux sénateurs et aux chevaliers (2) ; ceux des plébéiens étoient en fer (3). Néanmoins, une action d’éclat à la guerre , un service important rendu à l’Etat , valoient , parfois , à un homme du peuple, le droit de porter l’anneau d’or (4) ; mais cette distinction perdit peu à peu de son prix par la facilité avec laquelle elle fut accordée; jusqu’à Justinien qui permit, par une loi, l’anneau d’or à tous les citoyens romains (5).

Le prix des anneaux étoit encore rehaussé par le travail de la gravure, mox et effigies varias cœlando (6). Le propriétaire de l’anneau y faisoit quelquefois graver son portrait. Le cachet d’Auguste, après avoir porté d’abord la figure d’un sphinx , puis le portrait d’Alexandre, reçut enfin celui de l’empereur lui-même (7). O11 faisoit graver sur son anneau les traits d’un parent ou d’un ami (8) ; l’emblème d’un événement mémorable (9). Qui ne connoît le fameux anneau de Sylla? César avoit sur son cachet l’image de Vénus, et Pompée trois trophées, symboles de ses victoires dans les trois parties du monde (10).

Outre les anneaux, les anciens avoient encore, comme nous, des cachets ronds , carrés , oblongs , de formes diverses , sur lesquels étoient le plus souvent tracés leurs noms. Ils consistoient ordinairement dans une plaque de fer ou de bronze de moyenne épaisseur, dans laquelle étoit gravée l’inscription ; au dos de la plaque , une

(1) Métamorpli. IX, ix, 565. Voy. aussi les Amours, II, xv, i5.

(2) Dion Cassius, XLVII1, 45. Pline, XXXIII, 1-7.

(3) Stace, 8ylv.t III, 11, i44.

(4) Cicéron , Verrin. III, 80. Suetone, Vie de Jules Ce'sar, ch. 39.

(5) Auth. collât., YI, tit. vi. Novell., 78, c. 1 .

(G) Pline, XXXIII, 6.

(7) Sue'tone, Vie d’Auguste, c. 60. Dion, LI, 3.

(8) Cicéron, Catilin., III, 5. Ovide, Tristes, I, vii, 5. Macrob. Saturn. Vil c. i3.

(9) Martial, X, 70. Dion Cassius, XLIII, 43.

(10) Dion, XLII. 18, cf. Cic. proSextio, 61, in Pison., i3, proBalbo 4 et 6, Plin. l’anc. YII, 27.

petite anse , de la même matière , servait à saisir le cachet pour former l’empreinte : on peut voir, au musée grec du Louvre , des originaux de ces sortes de cachets. Montfaucon , dans son Antiquité expliquée, et les auteurs du nouveau Traité de diplomatique, en ont fait représenter un certain nombre de divers modèles.

Lorsqu’on vouloit ouvrir une lettre , on coupoit le fil qui l’entouroit : « Nous montrâmes le cachet à Céthégus , dit Cicéron ; il le reconnut ; nous coupâmes le fil, nous lûmes les lettres (i). » Mais, dans cette occasion, Cicéron avoit peut-être des raisons pour conserver le cachet. Il paroît qu’ordinairement le sceau n’existoit plus lorsque la lettre étoit ouverte, et que, par conséquent, on rompoit le sceau pour délier le fil. Dans le Trinumus de Plaute, deux personnages, après avoir fait une fausse lettre, se décident à ne pas la » sceller, dans la crainte que le faux cachet ne fasse découvrir la fraude. Celui qui la portera , disent-ils , expliquera l’absence du sceau en disant qu’elle a été décachetée et ouverte à la douane (2). Plutarque, dans son Traité sur les ïnconvéniens de la Curiosité , veut qu’on s’habitue, lorsqu’on reçoit une lettre, à ne pas l’ouvrir à l’instant et avec précipitation , comme certaines personnes qui rompent le fil avec leurs dents , si leurs mains ne peuvent le défaire assez tôt. eiv eu %s7p£ç (èpaS'vvœcrt , toiç ôS'ovm t oiiç S'strpovç S'tcLCiCpvtT&ovTeç (3). Ovide fait à sa femme de tendres reproches sur l’inquiétude que lui cause son exil : « Tu pâlis , dit-il, lorsqu’une lettre t’arrive du Pont , et tu la délies d’une main tremblante :

Ecquid ! ut e Ponto nova venit epistola, pâlies !

Et tibi sollicita solvitur ilia manu (4).»

Le secret des lettres pouvoit être quelquefois violé ; un cachet qui portoit quelques marques d’altération se nommoit turbala cera (5). L’imposteur Alexandre, dont Lucien a écrit la vie, dut la vogue dont il jouit dans la Paphlagonie et le Pont à l’habileté avec laquelle il savoit contrefaire un cachet ou l’ouvrir sans le rompre. Il avoit créé un Esculape qui devoit rendre des oracles :

(1) Piimum ostendimus Cethego signum ; cognovit : nos linuni incidimus, legimus, Catil. III, 5.

(2) Si obsignatas epistoîas non feret , dici hoc potest, apud portitores eas resignatas sibi inspectasque esse. Trinumus, III, m, 65, 66.

(3) De Curiositate, t. VIII, p. 73, ed. Reiske.

(4) Tristes, V, II, 1 .

(5) Voy. Quintilien, Inst. orat.} XII, 8.

la foule crédule accouroit au temple du nouveau dieu : chacun écrivoitce qu’il vouloit savoir sur un livret, CiCkiov, qu’il remettoit ployé, ficelé et cacheté avec de la cire ou de l’argile à un prêtre , et celui-ci le transmettoit à Alexandre , qui s’étoit posté d’avance au fond du sanctuaire. Chaque livret revenoit bientôt soigneusement enroulé et cacheté comme auparavant, de sorte qu’il ne sembloit pas avoir été ouvert ; et néanmoins les bons Paphlagoniens y trouvoient toujours écrite en vers la réponse de l’oracle. Alexandre avoit plusieurs manières d’ouvrir une lettre sans laisser aucune trace de la violation du cachet. Quelquefois , au moyen d’une aiguille rougie au feu, il enlevoit la couche de cire qui portait l’empreinte de l’anneau , et mettoit à nu les deux bouts du fil. Après avoir lu le billet et écrit la réponse, il lioit de nouveau la lettre, y colloit les deux bouts du fil en liquéfiant, avec son aiguille, la cire qui se trouvoit sur le papier; et, faisant la même opération au revers de l’empreinte, il réunissoit de nouveau parfaitement les deux parties de la cire et reconstituoit le cachet en son entier (i). D’autres fois il brisoit le sceau, mais il avoit soin , auparavant , de prendre l’empreinte du cachet avec une espèce de pâte de sa composition , qui, étant chauffée, devenoit molle et ductile , mais prenoit , en se refroidissant , la dureté de la corne ou même du fer. ïl improvisoit ainsi un cachet qui lui fournissoit une empreinte toute, pareille à celle qu’il avoit détruite (2).

Les Romains nommoient fascicule ce que nous appelons un paquet de lettres. V elim cures fasciculum ad V estorium deferendum, écrit Cicéron à Atticus (3). Le même avoit adressé une lettre à César ; mais le fascicule où elle se trouvoit fut remis tellement mouillé, que le dictateur 11e se douta même pas qu’il contînt une lettre de l’orateur romain : Scripsit Cœsar ad B album fasciculum ilium episto larumy in quo fuerat et mea etBalbi totum sibi aqua madidum redditum esse , etc. (4). Les lettres réunies en fascicule étoient , comme les

(1) l<es sceaux contrefaits par la Divion et ses complices , dans l’intérêt de Robert III, comte d’Artois , furent détachés des actes auxquels ils appartenoient , et reportés sur les actes fabriqués, au moyen du procédé qu’indique ici Lucien.

(2) Lucien, Alexander pseudomantis, c., 19-21.

(4) Ad Quintum fr ., XI, 10. Voy, aussi ad Attic., II, i3. — v, 11, 17 >*1,22, xn, 53.

volumes , retenues par un lien qui les embrassoit toutes. Chacune d’elles portoit une adresse à l’extérieur. « J’ai reçu un fascicule , » dit Cicéron , je l’ai délié pour voir s’il « contenoit une lettre pour « moi ; je n’en ai point trouvé. J’ai fait portera Yatinius et à Li- « gurius celles qui leur étoient adressées (i). » Nous trouvons dans Plutarque un exemple d’adresse exactement semblable à la suscription intérieure , c’est-à-dire qui renferment l’indication de la personne à qui elle étoit adressée et le nom de celui qui l’avoit écrite. Des députés, dit-il, arrivèrent de la part de Denys, apportant à Dion des lettres écrites par les femmes de sa famille; une de ces lettres portoit à l’extérieur cette suscription : « Hipparinus à son père (2). » Etoit-ce là la forme en usage chez les Grecs? c’est ce qu’011 ne peut affirmer d’après un seul exemple. Chez les Latins, il paroît que l’adresse ne renfermoit, comme chez nous, que le nom de la personne à qui 011 écrivoit. Ovide, se plaignant d’un ami qui le néglige depuis qu’il est exilé, lui dit : Toutes les fois que je déliois le fil d’une lettre, j’espérois y trouver ton nom:

Cur quolies alicui chartæ sua vincula demsi Illam speravi nomen habere tuum (3).

Il n’auroit pas eu besoin d’ouvrir la lettre pour connoître celui qui la lui envoyoit , si le nom de la personne qui l’avoit écrite se fût trouvé sur l’adresse.

Il y avoit sur les grandes routes des relais , mansiop.es , où les courriers publics , publici cursorcs, veredarii , changeaient de chevaux. Ces chevaux, entretenus aux frais de l’empereur, n’étoient employés qu’au service des dépêches gouvernementales ; les simples citoyens ne pouvoient s’en servir qu’en vertu d’une permission délivrée par l’empereur ou ses délégués, et qu’on nommoit diploma (4). Le transport, par des courriers attitrés, des dépêches intéressant le gouvernement ou l’administration fut imaginé par Cyrus (5). Auguste introduisit ce système de communication dans l’empire romain (6);

(1) Delà tus estad mefasciculus : solvi si quid ad me esset lifterarum, nihil erat. Epistola Vatinio et Ligurio altéra : jussi ad eosreferri. Ad Atticum, XI, 9,

(2) M ici ijv g jçcûïïev è<z!riysypu,pLpt.évn' Ta <wccrp) ‘m&p (l7rr/ra.çiVQV * Plutarque, Vie de Dion, ch. 3i, tom. 5, p. 3o6, ed. Reiske,

(3) Tristes, IV, vu, 7.

(4) Voy. Pline jun., X, i4, 121 .

(o) Xënophon, Cyropëd., ch. 8.

(6) Sue'lone, Vie d’Auguste, c. 4q

mais personne, dans l’antiquité, n’eut l’heureuse idée de faire servir ces courriers aux relations privées. Les postes aux lettres ne datent , en Europe, que du xve siècle. Les anciens avoient des esclaves qu’ils employoient au transport de leurs lettres; ils les nommoient tabellarii( i), cursores (2 ), portitores (3) : il falloit même qu’il y en eût plusieurs dans la même maison , car les correspondances étoient parfois très-actives. Ainsi Pline le jeune , forcé de rester à Rome tandis que la santé de sa femme la retenoit dans la Campanie, la supplioit de lui écrire chaque jour, et même deux fois par jour. Rogo ut timori meo quolidie singulis vel etiam Unis epistolis consulas (4).

(1) Cicéron, ad Attic.,XII, 1. Ad QuinUim, II, i3 et passim, — >(2) Pline jim., VII, xii, 4. — (3) S. Jérôme ad Nicæam, ep. vin, al. 42 .

(4) VI, iv, 5.

Page 1