CAPITE PRIMO. — INDE PAGINA VIII , KAPITE PRIMO
Dans quelques manuscrits du moyen âge , les cahiers qui les composent , quaterniones , ont un numéro d’ordre comme les feuilles de nos livres imprimés ; mais on ne trouve pas cette précaution dans les plus anciens manuscrits.
Nous avons, à dessein, réservé pour ce chapitre quelques observations qui s’appliquent également aux volumes et aux livres carrés. Les anciens , lorsqu’ils portoient les livres sur eux , les plaçoient dans le pli de leur toge (4). Martial , étant dans la Gaule citérieure , envoie à Rome son troisième livre , et l’adresse à Julius et à sa femme, qui l’accueilleront, dit- il, avec joie, lors même qu’il seroit couvert de poussière :
(1) Antliol. gr., cit. par Schwarz, ÏV, 12 .
(2) Satyr. VII, vers 98.
(3) Inscript, select , no 3787 .
(4) Il paroît que les plis formés par la toge, sur leur poitrine, leur servoient 4e poches ; ils y mettoient jusqu’à leur monnoie.
Et fiet vario sordidus ære sinus.
Martial, V, xvi, 8.
Est illi conjux quæ te manibusque sinuque Excipiet, vel si pulverulentus eas(i).
Ailleurs il reproche à Sévère de s’ennuyer à la lecture d’un livre d’épigrammes, tandis qu’il avoit avidement recueilli et colporté partout chacune d’elles, lorsqu’il les avoit séparément copiées avant leur publication :
Hæc surit singuîa quæ sinuferebas
Per convivia cuncta per theatra (2).
Ovide craint que personne ne veuille accueillir son livre, de peur de déplaire à Auguste , qui avoit exilé l’auteur :
Si quis erit qui te, quod sis meus, esse legendum Non putet, e gremio rejiciatque suo, etc. (3).
Souvent il arrivoit que le contact de la robe ébarboit les tranches des livres ; pour remédier à cet inconvénient , on leur donnoit une espèce de couverture en bois , et alors on les portoit à la main. C’est ce qu’il faut conclure de cette épigramme de Martial , que nous transcrivons avec le titre parce qu’il est de Martial luimême :
manuale.
Ne togabarbatos faciat, vel pænula libros Hæc abies chartis tempora longa dabit (4).
On a vu dans ce mot abies des tablettes de sapin formant la reliure d’un livre carré ; mais il nous semble qu’en émettant cette opinion on s’est mis peu en peine de faire accorder le titre manuale avec le distique dont il est suivi. Nous remarquons d’abord le mot chartis , qui , nous l’avons prouvé , est synonyme de voluminibus , ce qui pourroit exclure déjà l’idée d’une reliure carrée. En second lieu , il faut remarquer que tout ce quatorzième livre de Martial est uniquement composé de devises, ou, pour ainsi dire, de billets d’envoi pour les divers objets dont, à Rome, on se faisoit mutuellement présent à l’époque des saturnales. L’ustensile en sapin,
(1) Idem , III , v, 7.
(2) Idem , II, vi, 7. Voy. aussi I, 26; iv, 86, vi, 61 .
(3) Tristes, I, 1. Voy. aussi Pline le jeune, IX, xxv, 3.
(4) Épigr. xiv, 84 .
nommé manuale , étoit un de ces objets. Mais il ne viendra clans l’idée à personne que l’on ait été dans l’usage de se faire don d’une reliure , car la reliure se confectionne sur le livre même, et ne forme qu’un tout avec lui. Ce manuale étoit donc un étui dans lequel on renfermoit le volume pour le porter à la main. C’est , à notre avis, un instrument de ce genre qui est représenté, avec un roseau à écrire, des rouleaux et des tablettes, dans Je frontispice de la page 55 du deuxième tome des peintures d’Herculanum. Celui-ci est double; il se compose de deux tubes conjoints, ayant chacun au sommet un couvercle de forme conique. Au dos est une anse qui servoit à le transporter plus commodément. Ces étuis étoient évidemment faits exprès pour le volume, et c’est surtout aux livres qu’on y renfermoit qu’étoit nécessaire la petite courroie dont nous avons parlé plus haut (i) , et qui servoit à les retirer de la boîte.
Il ne faut pas douter que , lorsque l’usage des livres carrés se fut répandu pour les publications littéraires , on n’ait employé , afin de leur assurer une longue durée , les mêmes procédés que pour les volumes : les enveloppes , les linimens cl’huile de cèdre, les étuis. Les enveloppes des livres se nommoient , au moyen âge, des che^ mises , catnisiœ (2) ; elles étoient ordinairement en toile , mais les livres précieux étoient couverts d’étoffes de luxe : ainsi les Heures de saint Louis, que possède aujourd’hui la Bibliothèque royale, sont encore revêtues d’une chemise de sandaî rouge, espèce d’étoffe de soie peluchée, qui est aussi ancienne que le manuscrit. Lorsque les ouvrages écrits dans des codices ne valoient pas la peine d’être conservés , on ne pouvoit pas les livrer aux écoliers pour apprendre à écrire , puisqu’ils étoient déjà couverts d’écriture des deux côtés, et en cela ils valoient encore un peu moins que les mauvais volumes ; mais ils avoient , avec ces derniers , d’autres destinations qui leur étoient communes: ils étoient achetés par les cuisiniers, par les épiciers , par les marchands de poisson , et ser voient à envelopper des olives , du poivre et d’autres denrées (3). Martial presse son livre de se choisir un patron qui puisse le recommander et lui donner la vogue :
(1) Voy. plus haut, p. io3.
(2) Sacrista librorum camisias. . . lavat. Statut, cartus, I, xli, 36.
(3) Yoy. Horace, Epîtr. II, 1, 270. Stace, Situes, IV, ix, 11 .
Ne nigram cito raptus in culinam Cordyllas madido tegat papyro,
Vel thuris piperisve sit cucullus(i).
C’est par allusion à cet usage que Perse appelle de beaux vers des vers dignes de l’huile de cèdre, et qui ne craignent ni les petits poissons ni les épices :
Cedro digna locutus
Linquere, nec scombros metuentia carmina nec thus (2).
Les mauvais livres avoient encore une certaine utilité, que l’on fait assez connoître en s’abstenant de la désigner en termes exprès : Annales Volusii cacaia charta , dit Catulle (3). Sénèque applique la même épithète , sans l’exprimer pourtant , aux œuvres d’un autre annaliste : Vous savez, dit-il, combien cet ouvrage est lourd et comment on V appelle , quam ponderosi sint et quid vocentur (4).
(1) Epigramm. III, 2; cf., IV, 86, XIII, i;et Sidoine Apollinaire, Carm. IX» vers 317 .
(2) Satyr. I, 42 .
(3) Ed. Vossius, p. 86 et 87.
(4) Sénèque, épître 98 .
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