XVII
(2) IV, 82. Le livre iv, où se trouve cette épigramme, et tous les livres de Martial, étoient en rouleaux, comme il seroit facile de le prouver au besoin.
(3) Æneid., v, 279.
(4) Med., v., 680.
(5) Eglog. III, i9.
(6) XI, 107. Nous verrons tout à l’heure ce que signifie le mot cornua .
(7) Adfamil,, IX, 25.
doute sur le vrai sens du mot explicare. C’est celle où, parlant du papyrus blanc, il dit qu’on le ploie en rouleau jusqu’à ce qu’on le déroule pour y écrire des livres : In se revoluta colligitur, dum magnis tractatibus explicetur (i). De là vient que le participe explicitus servit d’abord à marquer la fin d’un livre. Les copistes, au lieu du mot fn, écrivoient explicitus est liber ou explicitus liber . Dans la suite cette formule fut abrégée, et l’on ne mit plus que explicit liber , en faisant ainsi un verbe tout nouveau, ou même tout simplement explicit. Nous avons coutume, dit S. Jérôme, d’écrire à la fin de chaque opuscule, pour le distinguer du suivant, les mots explicit ou féliciter (2), ou quelque autre chose de ce genre. C’est le mot explicit qu’on rencontre le plus souvent dans les manuscrits latins et même françois du moyen âge.
Une autre dénomination des volumes devoit son origine à la substance sur laquelle ils étoient le plus ordinairement écrits : c’étoit ou du papyrus, ou du parchemin, ou de l’écorce, ou toute autre matière flexible comme la toile et les peaux tannées (3) ; mais le plus souvent on employoit le papyrus nommé en latin charta , ce qui avoit fait donner aux volumes le nom de chartœ , yjiçTcLi. L’usage avoit consacré cette appellation , in usu , dit Ulpien, plerique libros chartas appellant (Q). Catulle félicite en ces termes Cornélius Népos d’une histoire d’Italie qu’il avoit écrite en trois volumes :
Ausus es unus Italorum Omne ævum tribus explicare chartis Doctis, Jupiter ! et laboriosis (5).
L’esprit et le travail, dit Martial , ne sont pas pour un livre des gages certains d’immortalité :
Nescio quid plus est , quod donet sæcuia cliartis Victurus genium débat habere liber (6).
(1) Variar., XI, 38.
(2) Solemus , completis opusculis, ad distinctionem rei alterius sequentis , medium interponere explicit siutfeliciier aut aliud ejusmodi. Epist. ad Marcellam, olim i38.
(3) Librorum appellatione continentur omnia volumina , sive in charta sive in membrana sint, sive in quavis alia materia. . . in tilia ut nonnulli conficiunt, etc. Digeste, xxxn, Ô2, 4.
(4) Ibid.
(5) Carm. 1, et Vossius, h. 1.
(6) Epigr. VI, 60.
Ailleurs il parle d'un certain Urbicus, qui, sans avoir ses épi-* grammes, les sait par cœur, les chante, les récite à tout venant et peut tenir lieu du livre de Martial à celui qui voudroit le connoître sans l’acheter:
Sic tenet absentes nostros cantatque libellos Ut pereat charlis littera nulla meis (i).
Pline le jeune, si désireux de voir passer son nom à la postérité, dit dans une de ses lettres : « Les uns écoutent (dans les récitations « publiques), les autres lisent; écrivons donc des ouvrages dignes « d’être écoutés, dignes d’être publiés : Nos modo dignum aliquid « auribus , dignum chartis elaboremus (2). »
Enfin une dernière dénomination des volumes empruntée à leur forme est celle de cylindres , KvXivS'poi. Elle se trouve dans Diogène Laërce (3) , qui dit qu’Epicure avoit écrit jusqu’à trois cents cylindres, nvhivS'poi ph ykp ^poç tovç rptcixccriovç s/V/.
Si l’on fait attention à la forme des volumes, on jugera que c’étoientpour eux une condition d’élégance et une garantie de durée de n’être écrits que d’un seul coté. Ceux qui étoient écrits des deux côtés se nommoient opisthograplies o7n<rôoypa,qoi , c’est-à-dire écrits à l’extérieur. Saint Jean, dans l’Apocalypse, dit avoir vu à la droite de celui qui est étendu sur le trône, un rouleau écrit en dedans et en dehors, CiCxlov ysypctppévove<raôevKcùo^i(rôsv (4)* Pline le jeune cite comme une preuve des nombreux travaux de son oncle les cent soixante traités ou commentaires qu’il a laissés écrits très-fin et des deux côtés, opistographos (5). Chez les mauvais écrivains la coutume d’employer le papier des deux côtés étoit considérée comme la preuve d’une facilité de mauvais aloi, d’une stérile abondance, et devenoit matière à la critique. Martial, jouant sur les mots, reproche à Picens, qui écrit sur le dos du papier, de se mettre à dos le dieu de la poésie.
Scribit in aversa Picens epigrammata charta ,
Et dolet averso quod facit ilia deo (6).
(1) Vil, 5i. Voy. aussi VII, 44; VIII, 24; X, 2.
(2) Épître, IV, xvi, 3. Voy. aussi Horace, Epttre , II, 1, iGï , iv, vm, 21. Qvid., Tristes, III, ï, 4.
(3) Éd. in -fol. de Londres, i664, p. 273 B.
(4) Apocal. VI, 1, 2, cf., Ezechiel in visione ; II, 9, 10.
(G) Epigr. VIII, 62. Aversa charta signifioitle verso du papier, adversa le recto.
Tout le monde connoît le vers de Juvenal qui est devenu proverbe pour désigner un ouvrage d’une longueur fastidieuse :
Scriptus et iu tergo necdum finitus Orestes (i).
Ces passages prouvent évidemment que, dans l’usage ordinaire, lesvolumes étoient écrits d’un seul côté (2). Aussi les livres de rebut étoient-ils vendus aux instituteurs, qui se servoient du verso blanc pour faire apprendre à écrire aux enfans. Si tu n’obtiens pas l’approbation d’Apollinaire , dit Martial à son livre , tu peux aller dans les boîtes des marchands d’épices, ou prêter ton verso aux écoliers qui apprennent à écrire.
Si damnaverit, ad salariorum Curras scrinia protinus licebit ,
Inversa pueris arande charta (3).
Horace prédit une destinée pareille à son livre trop pressé de paroître :
Hoc quoque te manet, ut pueros elementa docentem
Occ.upet extremis in vicis alba senectus (4).
Parmi les peintures d’Herculanum , plusieurs représentent des volumes tantôt isolément, tantôt entre les mains de personnes qui les lisent. Tous ceux qui sont ouverts se déroulent, à l’exception d’un seul, horizontalement et de gauche à droite dans le sens de leur longueur. L’écriture qu’on y a figurée est divisée en petites colonnes perpendiculaires. Le papier se déroulant dans la même direction que l’écriture, c’est-à-dire de gauche à droite, une ligne écrite d’un bout à l’autre du rouleau auroit été d’une longueur démesurée. Il auroit fallu rouler et dérouler le manuscrit autant de fois qu’il y auroit eu de lignes. De plus, dans le milieu de l’ouvrage , l’œil 11e pouvant embrasser à la fois les deux bouts de lignes si longues , il y auroit eu pour le lecteur une confusion perpétuelle. La division en colonnes remédioit à ces inconvéniens. Ces colonnes étoient nommées, par les anciens, pages , créhiS'sç, pa -
(1) Juvenal, satyr. I, 6. Cf. Lucien, dialog. j3<W 7, rçcLPlÇ * § 9.
(2) Il n’y a qu’un seul opistographe parmi les 1700 volumes trouvés à Herculanum. Jorio, Ojfficina de papyri, p. 75, note a.
(3) Épigr., iv, 86.
(4) Épîtr. I, 2.
ginœ. Martial reproche à Sévère de chercher la fin de son ouvrage* après en avoir lu à peine deux colonnes :
Lectis vix tibi paginis duabus Spectas £G''/j&TQ}to\\ov Severe(i).
Ailleurs il gourmande son livre, qui s’étend toujours, au risque d’ennuyer le lecteur fatigué peut-être dès la première page :
Sic tanquam tibi res peracta non sit Quæ prima quoque pagina peracta est (2).
Ovide j qui avoit , dit-il, écrit son Art d’aimer pour les courtisanes, en avoit interdit la lecture aux jeunes femmes vertueuses dès la première page ou colonne.
At procnl ab scripta solis meretricibus Arte Submovetingenuas pagina prima nurus (3).
Par extension, le mot de pagina étoit employé au moins en poésie avec la signification de livre. Martial, s’imposant, dans son cinquième livre, une réserve qu’il est loin d’observer dans les autres, le dédie aux mères, aux jeunes filles, aux enfans :
Matronæ, puerique virginesque Vobis pagina nostra dedicatur (4).
Ailleurs il se plaint que ses livres, si goûtés du public, ne lui rapportent que des invitations à dîner :
At nunc conviva est commissatorque libeilus Et tantum gratis pagina nostra placet (5).
Le même auteur dit à un certain Mamurra, lecteur passionné de légendes fabuleuses :
Non hic centauros, non Gorgonas Harpyiasque Invenies : hominem pagina nostra sapit (6).
Pour lire les volumes que nous venons de décrire, on les dérouloit petit à petit delà main droite, et, à mesure qu’on avançoit dans
(,) Épigr. II, 6. Le mot kirrx,cno}LoK\QV sera expliqué plus bas.